Presse : l’affaire Kuciak au cœur d’une nouvelle mini-série coproduite par la TV tchèque

'Naši lidé'

Cette nouvelle revue de presse s’intéresse aux raisons qui ont conduit la télévision publique tchèque à coproduire une série consacrée à l’assassinat, en 2018, du journaliste slovaque Ján Kuciak et de sa fiancée Martina Kušnírová. Elle revient également sur le discours prononcé par le président tchèque Petr Pavel à l’ONU, qui faisait écho, plus de trente ans plus tard, à celui de Václav Havel. Au sommaire également : la polémique autour des lectures obligatoires à l’école et l’évolution des échanges commerciaux entre la Tchéquie et l’Allemagne.

Au printemps prochain, la Télévision tchèque diffusera la mini-série en six épisodes intitulée « Naši lidé » (« Les nôtres ») de la réalisatrice slovaque Tereza Nvotová. Celle-ci retrace l’histoire de l’assassinat du journaliste d’investigation slovaque Ján Kuciak et de sa fiancée Martina Kušnírová, qui a bouleversé en 2018 non seulement la Slovaquie, mais aussi toute l’Europe. Ce projet, comme l’indique le journal en ligne Forum24.cz, a dû être réalisé en coproduction tchèque, car  en Slovaquie, personne n’a eu le courage de soutenir cette histoire sur le clientélisme et la corruption dans le pays. En effet, la série ne se contentera pas de reconstituer cet événement tragique. Elle entend mettre en lumière un système clientéliste profondément enraciné, ainsi que les liens entre le crime organisé et les plus hautes sphères du pouvoir politique. « Le fait que toutes les chaînes slovaques, publiques comme privées, aient tourné le dos à ce projet est alarmant », observe le journal, avant d’ajouter :

« C’est précisément cette absence qui montre à quel point des médias publics forts et indépendants sont essentiels à la démocratie. Raconter des histoires dont nous ne sommes pas fiers, mais qu’il est important de connaître, est l’une de leurs missions fondamentales. Dans ce contexte, l’implication de la Télévision tchèque comme coproductrice ne constitue pas une simple collaboration artistique. »

Le journal rappelle par ailleurs que ce n’est pas la première fois que des cinéastes s’intéressent à ces événements survenus en Slovaquie. Il cite notamment le documentaire danois coproduit Kuciak : The Killing of a Journalist, qui rendait compte du choc provoqué par l’assassinat et de l’espoir de changement qu’il avait suscité. La mini-série en préparation intervient, elle, dans un contexte radicalement différent. « Pour nous, en République tchèque, cette histoire doit servir de véritable signal d’alarme », souligne le journal.

A l’ONU, Petr Pavel fait écho au discours de Václav Havel de 1995

« Petr Pavel est devenu un homme politique qui connaît sa place et sait tirer parti de l’espace qui lui est accordé sur la scène internationale. » C’est ce qu’indique un texte publié sur le site Novinky.cz qui revient sur le discours prononcé à la 81e Assemblée générale de l’ONU par le président tchèque :

Petr Pavel | Photo: Mehmet Eser,  Reuters

« Dans un discours concis, il a résumé les principaux défis auxquels le monde est aujourd’hui confronté : prévenir les conflits, faire respecter le droit international, les droits de l’homme et les principes démocratiques, lutter ensemble contre le changement climatique et garder le contrôle sur l’intelligence artificielle. La Tchéquie souhaite apporter sa contribution et entend pour cela tirer parti de son siège au Conseil de sécurité de l’ONU. »

L’éditorialiste remarque que, évidemment, Petr Pavel ne peut pas s’attendre à ce que chacun de ses discours suscite le même écho que ceux de l’ancien président tchèque Václav Havel. Toutefois, comme il l’indique, le président actuel a ses propres thèmes, notamment en matière de sécurité. « C’est d’ailleurs sur la question de la sécurité que porte l’appel de Petr Pavel à une réforme de l’ONU », écrit l’auteur, avant de relever un arrière-goût amer dans le discours du président tchèque. Il s’en explique :

« Le discours prononcé par Havel à l’occasion de son 50e anniversaire, en octobre 1995, abordait des thèmes très similaires. Le président tchèque y évoquait déjà la nécessité de réformer l’ONU pour qu’elle représente mieux l’humanité dans son ensemble. Il proposait notamment la création d’une force militaire permanente commune ou encore la mise en place d’un impôt mondial. Dans l’atmosphère d’euphorie qui avait suivi la chute du rideau de fer, ces propositions semblaient moins utopiques qu’aujourd’hui. La nécessité de réformer l’organisation pour l’adapter aux défis du XXIe siècle reste pourtant d’actualité. »

L’auteur de l’article publié sur Novinky.cz estime que, parmi les successeurs de Havel, Petr Pavel est celui qui reste le plus fidèle à ces thèmes fondateurs. « Il a prononcé un discours en phase avec son époque et s’est également distingué par sa volonté de faire revenir la République tchèque au Conseil de sécurité de l’ONU », conclut-il.

Polémique autour des lectures obligatoires à l’école 

L’enseignement primaire tchèque ne dispose pas d’une liste nationale contraignante des lectures obligatoires. Ainsi, le choix revient aux enseignants ou aux établissements scolaires, conformément au Programme-cadre d’enseignement. D’après le chroniqueur du site Info.cz, cette approche est discutable. Il explique pourquoi :

Photo: Michaela Danelová,  ČRo

« Bien sûr, la liste des lectures obligatoires ne devrait pas être la même qu’il y a cinquante ans ni s’arrêter au milieu du XXe siècle. Elle devrait être établie après une discussion approfondie, en tenant compte des valeurs linguistiques, culturelles et morales des œuvres sélectionnées. L’affirmation souvent répétée selon laquelle les jeunes ne lisent pas est tout simplement fausse, car les gens lisent aujourd’hui peut-être plus que jamais dans l’histoire. Le volume d’informations textuelles que nous absorbons chaque jour, notamment sur les écrans de nos ordinateurs et de nos smartphones, est énorme. Le problème ne réside donc pas dans le fait que les gens ne lisent pas, mais dans ce qu’ils lisent, dans la nature de ces informations et dans leur forme. Et c’est précisément pour cette raison qu’il est irresponsable de laisser le choix aux différentes écoles, voire aux enseignants. »

Comme toujours, deux extrêmes se font face. D’un côté, comme le souligne le chroniqueur du site, il y a le canon rigide des « classiques », que les enfants et les jeunes n’ont souvent pas les moyens de comprendre ; de l’autre, une anarchie totale et le renoncement à toute forme de discipline. « C’est aussi pourquoi l’Etat ne doit pas se décharger de sa responsabilité de définir, d’une manière ou d’une autre, un socle culturel commun, un point d’ancrage qui, loin de se limiter à la littérature, puisse servir de référence. Cela n’exclut évidemment pas la créativité des enseignants, bien au contraire : elle est même vivement souhaitable. Sans cela, la liberté risque de se transformer en arbitraire », résume le texte.

Les échanges commerciaux tchéco-allemands solides malgré les turbulences

« Les relations commerciales entre la Tchéquie et l’Allemagne évoluent ». Voilà ce que rapporte le site Seznam Zprávy qui constate que la Tchéquie affiche de plus en plus d’assurance dans ce domaine :

Photo illustrative: Pexels

« Bien que les deux économies soient étroitement liées, le rôle des Tchèques ne se limite plus à fournir une main-d’œuvre bon marché à l’industrie de leur voisin. L’Allemagne reste de loin le principal partenaire commercial de la République tchèque, mais l’économie tchèque en a également trouvé d’autres. Et surtout, elle se forge un nouveau rôle. Si les exportations vers l’Allemagne continuent de prospérer, leur part dans les exportations totales diminue néanmoins, car les entreprises exploitent de nouveaux débouchés. Les entrepreneurs tchèques peuvent ainsi suivre les difficultés économiques de l’Allemagne avec plus de sérénité que par le passé. L’industrie et la production tchèques sont en réalité extrêmement flexibles et adaptables. Les entreprises tchèques ont réussi à réorienter très rapidement une partie de leurs flux d’exportation vers d’autres territoires et de nouveaux clients. »

Les entreprises tchèques commercent désormais principalement avec la Slovaquie, tandis que l’Allemagne occupe la deuxième place. En termes de volume des marchandises importées et exportées, l’Allemagne reste toutefois, comme l’indique Seznam Zprávy, un partenaire clé. « C’est dans l’industrie et la production que les liens avec notre voisin le plus puissant sur le plan économique restent les plus étroits. Selon les données de l’Office tchèque des statistiques, les machines et les moyens de transport représentent plus de la moitié des exportations tchèques vers l’Allemagne », précise-t-il.