En Tchéquie aussi, un débat sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans

D’après une récente étude de l’agence NMS, 9 Tchèques sur 10 ont salué la recommandation du Parlement européen de fixer à 16 ans (à 13 ans avec l’accord parental) l’âge minimal pour accéder aux réseaux sociaux. Après le Premier ministre Andrej Babiš, le président tchèque Petr Pavel s’est dit favorable, lui aussi, à une éventuelle restriction d’âge au niveau national, préparée par plusieurs pays, dont la France, le Danemark ou l’Espagne. Toutefois, les opinions en Tchéquie sont partagées.

Andrej Babiš | Photo: Bureau du Gouvernement tchèque

« Je suis pour [l’interdiction], car les experts que je connais affirment que cela est extrêmement nocif pour les enfants. Nous devons protéger nos enfants », a déclaré le chef du gouvernement dans une vidéo publiée début février sur Facebook, plateforme qu’Andrej Babiš utilise, lui-même, très régulièrement pour s’adresser à ses concitoyens.

Petr Pavel | Photo: Jan Zátorský,  MFDNES/LN/Profimedia

Ce mercredi, lors d’un débat organisé à Prague, le président Petr Pavel a remarqué qu’outre leurs aspects positifs, les réseaux sociaux, présentaient aussi « de nombreux inconvénients pour les enfants ». « Je dirais que ces derniers temps, les aspects négatifs se sont multipliés. Les réseaux sociaux faussent la perception du monde. Nous, les adultes, nous comparons ce que nous lisons en ligne à notre propre expérience. Or, ce n’est pas le cas des jeunes. Les réseaux sociaux peuvent déformer leur vision du monde et l’image qu’ils se font d’eux-mêmes », estime le président qui a notamment mis en garde contre les algorithmes et contenus nocifs qui, selon lui, aggravent les problèmes psychiques des jeunes.

Photo: Profimedia

En Tchéquie, où, par ailleurs, les établissements scolaires peuvent eux-mêmes décider de l’interdiction ou de l’autorisation des téléphones portables dans leurs locaux, l’âge minimal de 15 ans pour les utilisateurs des réseaux sociaux est évoqué. Pourtant, la limite d’âge existe déjà : théoriquement, les adolescents entre 13 et 15 ans ne peuvent créer un compte sur les réseaux sociaux qu’avec le consentement de leurs parents.

Cependant, cette règle n’est pas appliquée dans les faits : une récente étude menée par le Safer Internet Center et l’Université Palacký auprès de plus de 50 000 adolescents a révélé que la grande majorité d’entre eux contournaient la limite d’âge.

Martin Kožíšek | Photo: Jana Přinosilová,  ČRo

Spécialiste des comportements à risque sur Internet, Martin Kožíšek a participé à l’élaboration de cette étude. Il estime que l’absence d’outils pour contrôler l’âge des utilisateurs des réseaux sociaux est le problème majeur de ce projet.

Au lieu d’interdire les réseaux sociaux, il propose des campagnes axées sur les parents qui offrent des téléphones portables ou des tablettes à leurs jeunes enfants, de surcroît sans limite de temps. Il dénonce aussi la pratique de nombreuses écoles tchèques qui obligent leurs élèves à créer un compte WhatsApp, pour faciliter la communication avec les professeurs. « Enfin, je m’attacherais à restreindre, voire à interdire, les algorithmes pour les utilisateurs de moins de 15 ans », a encore déclaré Martin Kožíšek pour l’hebdomadaire Respekt.

David Šmahel | Photo: Université Masaryk de Brno

Un groupe de spécialistes de l’Université Masaryk à Brno s’est également opposé à l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs. « Il faut surtout éduquer les enfants, éduquer les parents, éduquer à l’école et faire pression sur les entreprises. Dans cette même optique, il convient de s'intéresser à l’intelligence artificielle », a déclaré David Šmahel de cette même université.

« Il est très facile d'imputer les problèmes psychiques des enfants aux téléphones portables et aux réseaux sociaux. Je pense qu’il nous manque un vrai débat à ce sujet », a encore indiqué le spécialiste des nouvelles technologies de l’Université Masaryk.

Photo illustrative: Gaelle Marcel,  Unsplash

Sur la scène politique, le projet d’interdiction des réseaux sociaux a été vivement critiqué par le Parti pirate dans l’opposition. Faire une distinction entre « le monde sûr hors ligne » et « le monde dangereux en ligne » est trompeur et contre-productif ; les enfants vivent tout simplement dans un monde numérique », ont déclaré les Pirates. Selon eux, « la conception addictive des plateformes est au cœur du problème ». « La pression devrait être exercée sur les opérateurs de réseau, et non sur les utilisateurs », ont-ils encore déclaré.

Robert Plaga | Photo: Zuzana Jarolímková,  ROZHLAS.cz

Pour sa part, le ministre tchèque de l’Éducation, Robert Plaga (ANO), estime qu’une éventuelle interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les enfants devrait être discutée et négociée au niveau de l’Union européenne, et non décidée uniquement en Tchéquie. Selon lui, les grandes plateformes étant exploitées par des entreprises internationales, Prague ne dispose pas d’un levier suffisant pour imposer seule des règles efficaces.