Presse : l’alliance électorale entre sociaux-démocrates et communistes, très remarquée et fortement critiquée

La liste Stačilo! regroupe désormais, hormis les communistes et les sociaux-démocrates, le ČSNS et le SD-SN

Cette nouvelle revue de presse se penche sur l’alliance électorale entre les sociaux-démocrates et les communistes et, dans ce même contexte, sur la position difficile des femmes tchèques dans la sphère publique. Elle rappellera  également que la Tchéquie demeure un allié solide d’Israël. Un mot enfin sur certains points de la stabilité économique tchèque.

Jana Maláčová | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Le projet d’alliance entre les sociaux-démocrates et les communistes sur les listes des candidats de la formation Stačilo ! (Ça suffit !), confirmée il y a quelques jours par la cheffe du parti SOCDEM Jana Maláčová, est l’un des événements majeurs de la campagne électorale tchèque. Un constat partagé par la majorité des médias locaux. Selon l’éditorialiste du site Seznam Zprávy, la tentative de créer une liste commune et les critiques qui fusent tant au sein du SOCDEM que parmi les communistes, ainsi qu’auprès d’une grande partie de la population, mérite d’être retenue ne serait-ce que parce qu’elle s’inscrit dans une tendance qui conduit l’ensemble de la gauche européenne vers l’insignifiance et la disparition :

« En juillet dernier encore, il semblait que la gauche pourrait se relever après la crise de la dernière décennie. Les travaillistes britanniques ont connu un moment de gloire lorsqu’ils ont remporté deux tiers des sièges à la Chambre des communes. La coalition de gauche en France, quant à elle, pouvait se plaindre que le président ne lui ait pas confié la formation du gouvernement après les élections, alors qu’elle était également le parti le plus fort en nombre de mandats. Mais au cours des douze mois qui ont suivi, les voies établies se sont de nouveau imposées. »

Photo: René Volfík,  iROZHLAS.cz

L’éditorialiste rappelle que les partis sociaux-démocrates ont longtemps gouverné en Autriche, en Allemagne et au Portugal, mais lors des dernières élections, ils ont terminé troisièmes, battus non seulement par les partis du centre-droit, mais aussi par les partis d’extrême droite. « En d’autres termes, la gauche devient inutile, car la politique est déterminée par la lutte entre la droite conservatrice, qui propose un retour à la normale en ces temps troublés, et les radicaux de droite, qui expriment le mécontentement des classes populaires face aux effets de la mondialisation », résume-t-il avant de conclure :

« La gauche, qu’il s’agisse des sociaux-démocrates, des socialistes ou des verts, ne peut qu’aider à faire passer les politiques de centre-droit en tant que partenaire minoritaire. La Tchéquie, quant à elle, ne déroge pas le moins du monde à cette tendance. »

A ce même propos, le journal de gauche Alarm remarque que, malgré les déclarations de Jana Maláčová, l’alliance avec Stačilo ! n'a pas été conclue pour satisfaire l’électorat supposé de gauche. « Elle soutiendra principalement le bloc autoritaire dirigé par Andrej Babiš, avec lequel la cheffe du SOCDEM coopère depuis longtemps et sans problème », souligne-t-il.

La sphère publique, un milieu toxique pour les femmes tchèques ?

L’hebdomadaire Respekt retient un autre point lié à l’alliance entre les sociaux-démocrates et les communistes. Celui qui montre « à quel point il est difficile d’être une femme dans l’espace public » :

Lubomír Zaorálek et Jana Maláčová | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« Jana Maláčová a décidé de rallier les sociaux-démocrates à des individus qui prônent un référendum sur la sortie de la Tchéquie de l’UE ou de l’OTAN. Dans le cadre de la campagne électorale, son parti sera désormais aux côtés non seulement des communistes, mais aussi de personnes appartenant à l’extrême droite ou à la scène de la désinformation. Ceux qui s’opposent à sa décision peuvent donc trouver de nombreux sujets de critique. »

Pourtant, comme l’observe le magazine, une partie du public a choisi comme principal sujet de critique l’apparence de la présidente  du SOCDEM. Et comme les interventions sur les réseaux sociaux qui critiquaient le physique de la politicienne ont été vues par plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs, il ne s’agit certainement pas d’un phénomène mineur. Un constat qui amène l’éditorialiste du magazine à conclure :

« Si, même lorsqu’il s’agit de questions importantes, tout se résume finalement à l’apparence physique, cela ne présage rien de bon pour les femmes qui souhaitent se lancer en politique. On parle depuis longtemps de l’environnement toxique et intenable pour les femmes dans la sphère publique. L'exemple de Jana Maláčová illustre clairement ce problème. »

Au sein de l’UE, la Tchéquie demeure un allié solide d’Israël

« Appartenons-nous à l’Occident ? » Telle est la question percutante que soulève l’auteure d’un texte publié sur le site Aktualne.cz en lien avec la position de la Tchéquie quant à la situation humanitaire dans la bande de Gaza. Elle explique :

Photo: APAImages / Shutterstock Editorial / Profimedia

« Malgré les critiques internationales croissantes à l’égard de la guerre à Gaza, Israël trouve un allié solide : la République tchèque. La plupart des Etats membres de l’Union européenne font pression pour que soit réévaluée la coopération avec Israël ou signent en masse une déclaration appelant à la fin rapide des combats à Gaza. Lundi, en effet, une vingtaine d’Etats, dont la Grande-Bretagne et la Pologne, a publié une déclaration commune appelant à l’arrêt immédiat de la guerre dans la bande de Gaza, à la libération immédiate des otages israéliens encore détenus et critiquant le mode actuel de distribution de l’aide humanitaire. Et à laquelle s’est même jointe, un peu plus tard, la Slovaquie. La République tchèque, quant à elle, ne fait pas partie des signataires. Elle n’a d'ailleurs pas été invitée à la signer. »

Le silence de la diplomatie tchèque est critiqué par le sénateur Pavel Fischer (TOP 09), président de la commission des Affaires étrangères du Sénat. « A Gaza, nous assistons depuis plusieurs mois à une véritable apocalypse. Si nous restons silencieux, nous devenons complices », a-t-il déclaré pour Aktualne.cz, estimant que la Tchéquie se retrouvait ainsi isolée. Pavel Fischer n’est pas le seul homme politique tchèque à critiquer l’action d’Israël à Gaza. Le site web rappelle encore une récente déclaration du président du Sénat Miloš Vystrčil (ODS), selon laquelle la défense d’Israël a dépassé les limites de l’acceptable.

La Tchéquie aux temps de la stabilité économique

« Malgré les crises géopolitiques, la Tchéquie retrouve sa stabilité économique. Ou presque. » Tel est le titre d’un article publié dans le quotidien économique Hospodářské noviny dans lequel on peut lire :

Photo illustrative: Lukas,  Pexels,  CC0 1.0 DEED

« Malgré des problèmes de croissance lente et de vieillissement de la population, la Tchéquie reste un pays dont le cadre macroéconomique est stable à long terme. Certes, l’inflation a échappé à tout contrôle pendant un certain temps, ce à quoi des facteurs externes ont largement contribué. Avant la pandémie et les bouleversements qui ont suivi, l‘inflation était stable, se situant  légèrement au-dessus de 2 %. Un état auquel elle revient aujourd’hui. Les relations extérieures tchèques sont également stables depuis longtemps. La dette extérieure par rapport au PIB diminue et, après trente ans, la Tchéquie pourrait devenir un pays qui détient plus d’actifs à l’étranger que les investisseurs étrangers n’en détiennent chez nous. »

Toutefois, comme l’ajoute l’auteur du texte, les finances publiques ne sont pas en bonne santé :

« Depuis 1990, le budget de l’Etat n’a été excédentaire que cinq fois, tandis qu'il a été déficitaire trente fois. La moitié de la dette publique actuelle est à mettre sur le compte des cinq dernières années. Avec la politique budgétaire actuelle, les déficits publics dépasseront systématiquement les limites fixées par la loi sur la responsabilité budgétaire. Ainsi, dans environ dix ans, la dette par rapport au PIB dépassera le seuil du frein à l’endettement. Et encore, la prévision ne tient pas compte de l’augmentation des dépenses dans le domaine de la défense, des coûts de construction d’une centrale nucléaire et d’autres investissements nécessaires dans le secteur de l’électricité et dans d’autres domaines. Si, pendant deux décennies, la Tchéquie a pu servir d’exemple de stabilité macroéconomique, au cours des cinq dernières années, sa discipline budgétaire s’est considérablement relâchée. »