Presse : l’écologie, la grande absente du débat politique en Tchéquie

Grèce

L’écologie en marge du débat politique en Tchéquie est le premier thème de cette nouvelle revue de presse. Au sommaire également : le discours préélectoral du président Petr Pavel, la situation économique dont pourrait profiter le prochain gouvernement tchèque ou encore une phase active de la guerre hybride menée par la Russie.

« Dans le discours public, l’angoisse climatique a cédé la place à la lassitude climatique. Dans un monde où la Russie finance la guerre grâce aux ventes de combustibles fossiles et où un climatosceptique siège à la Maison Blanche, le sujet semble avoir perdu de son importance », peut-on lire dans l’hebdomadaire Respekt. En ce qui concerne la Tchéquie, rares sont ceux, selon l’auteur, qui rappellent que les changements causés par l’activité humaine risquent de rendre certaines régions du monde inhabitables et de provoquer des vagues migratoires :

« Durant la campagne électorale, les représentants d’ANO, le principal mouvement d’opposition, ou des partis de la coalition gouvernementale Spolu (Ensemble) ont parlé du climat exclusivement en termes négatifs, et ont utilisé des expressions telles que ‘folie verte’ ou ‘activisme fanatique’. D’autres partis de l’opposition, comme le SPD et les Motoristé, remettent carrément en cause le consensus scientifique selon lequel l’activité humaine est la cause principale du dérèglement climatique. Ils diffusent des informations erronées et maintes fois réfutées. Seuls le parti STAN et les Pirates n’ont pas eu peur d’évoquer la question du climat avant les élections. »

Toujours selon Respekt, l’incapacité des médias à traiter pertinemment du sujet contribue également à cette situation. En effet, leur habitude est de proposer un débat opposant un expert averti à une personnalité convaincue du contraire et aux idées arrêtés tout en laissant la liberté à chacun d’eux de dire ce qu’il pense. Souvent, le sujet climatique est complètement évité : « Cet été, la Télévision tchèque, de la Bulgarie au Texas, a suivi chaque mission à l’étranger des pompiers tchèques lors des incendies et des inondations sans jamais mentionner dans ses reportages que la fréquence et la puissance de ces événements augmentent précisément en raison du dérèglement climatique », explique ainsi l’hebdomadaire libéral, qui préfère néanmoins conclure sur un ton optimiste :

« Dans le cadre de la lutte contre la désinformation, des chercheurs tchèques et britanniques testent le chatbot Ninja, qui sera capable de détecter rapidement les fausses informations sur le climat. L’espoir que nous sortirons un jour de la lassitude climatique est toujours vivant. »

Petr Pavel : ne pas aller voter serait extrêmement imprudent

Le discours préélectoral que le président de la République, Petr Pavel, a prononcé mardi soir à la Télévision tchèque a été court. Il n’a pas duré plus de cinq minutes, et aux yeux du commentateur politique du quotidien Hospodářské noviny, cette concision est peut-être bien la raison pour laquelle il s’agissait du meilleur discours qu’il a prononcé depuis sa prise de fonctions de chef de l’État :

Petr Pavel | Photo: Bureau du Président de la République tchèque

« Le président a dit tout ce qui devait être dit de manière objective. Surtout, il a montré qu’il comprenait qu’être ‘au-dessus des partis’ ne signifie pas être ‘neutre’ en toutes circonstances. Il a donc compris quand il convient de renoncer à une neutralité politique artificielle pour s’exprimer clairement sur ce qui est le plus important pour la Tchéquie dans le cadre des élections. Et ce, même si cela a déplu à une partie de la scène politique, comme l’a montré, par exemple, la réaction irritée de (la leader du Parti communiste) Kateřina Konečná. »

L’auteur met en relief deux points essentiels, à ses yeux, du discours de Petr Pavel :

« Le président s’est avant tout positionné en faveur du système démocratique. Et aussi, sans nommer personne, il a clairement indiqué quels partis il considère comme dangereux. Le deuxième point important du discours concerne le fait que Petr Pavel a indiqué quel type de gouvernement il souhaitait après les élections. Un gouvernement qui continue à assurer la sécurité de notre pays, que nous devons aujourd’hui à notre ancrage solide dans l’Union européenne et surtout dans l’OTAN. Un gouvernement qui protège notre souveraineté au sein de la communauté des pays démocratiques et ne nous laisse pas à la merci de la Russie et de sa volonté de rétablir sa sphère d’influence en Europe centrale et orientale. »

Pour sa part, l’éditorialiste du journal en ligne Lidovky.cz souligne qu’il est inhabituel qu’un président s’adresse aux Tchèques juste avant des élections qui doivent permettre la formation d’un nouveau gouvernement. « Petr Pavel s’est exprimé activement et il l’a bien fait. Il a appelé les citoyens à aller voter, car c’est le seul moyen de changer ou de soutenir le gouvernement, et rejeté tout à la fois les craintes que ces élections pourraient entraîner un changement de système et l’idée selon laquelle il s’agirait des élections les plus importantes de l’histoire. Il a également rejeté la possibilité que les élections puissent être truquées », écrit-il.

Une situation économique qui pourrait profiter au prochain gouvernement

« Le prochain gouvernement jouera un rôle essentiel pour ce qui est de la politique et de l’orientation économiques de la Tchéquie », estime Seznam Zprávy.

Photo illustrtive: wagg66,  FreeImages

« Quels que soient les partis qui formeront le prochain gouvernement, ils hériteront d’une situation économique relativement favorable, avec un taux de croissance actuellement d’environ 2,5 %. Certes, c’est toujours un peu moins qu’avant la pandémie, le pays ne s’en situe pas moins dans le premier tiers des pays de l’UE. Cette croissance est tirée essentiellement par la consommation des ménages, celle-ci étant favorisée par la forte augmentation des salaires réels et la réduction progressive de l’épargne. Légèrement supérieure à 2 %, l’inflation reste stable, tandis que le chômage, malgré son augmentation constante au cours des deux dernières années, reste très faible, à 4,5 %. Les taux d’intérêt ont également baissé. »

De manière générale, comme l’indique encore Seznam Zprávy, on peut donc affirmer que l’économie tchèque traverse une période de conjoncture favorable et que sa croissance actuelle est légèrement supérieure à celle du reste de l’Europe : « C’est là une occasion rare de mettre en œuvre d’importantes réformes structurelles afin de renforcer le potentiel de croissance sur le long terme et de relancer la convergence avec les pays occidentaux. »

Quand la guerre hybride de la Russie entre dans une phase active

« La Russie mène une guerre hybride. Quand les pays européens commenceront-ils à s’attaquer au problème de manière proactive ? » Voilà une question qui préoccupe un chroniqueur du magazine Reflex suite aux fréquentes violations de l’espace aérien des pays membres de l’OTAN, aux attaques de pirates informatiques dont sont la cible les aéroports ou d’autres installations de défense antiaérienne ou les visites inattendues de la flotte de guerre au large des côtes des pays occidentaux, comme cela s’est produit récemment près du Danemark. Autant d’actions qui, selon l’auteur, prouvent que la guerre hybride contre l’Occident menée par la Russie est entrée dans une phase active :

Un navire ressemblant fortement au bateau de débarquement russe Alexandr Shabalin a été photographié au large de Langelandsfortet,  Danemark,  le mercredi 1er octobre 2025 | Photo: Thomas Sjoerup,  Ritzau Scanpix/AFP/Profimedia

« L’empire de Poutine agit tout à fait dans l’esprit de l’ancienne école soviétique de provocation. Son but est à la fois de tester la détermination de l’adversaire et de préparer l’acte final de la confrontation, le déclenchement d’un conflit armé. Seul un fou pourrait croire que l’incursion d’une vingtaine de drones russes en Pologne puisse être le résultat d’une erreur technique ou d’une intervention malveillante de saboteurs ukrainiens qui auraient détourné les drones. La haute école de provocation, telle que la pratiquait l’Union soviétique, comprenait toujours l’enseignement de formes hybrides de pression à long terme en utilisant divers aspects, politiques, religieux, ethniques, culturels. Dans pratiquement tous les cas, ceux-ci ont servi à préparer des invasions militaires, depuis la guerre russo-finlandaise de 1939 jusqu’à la demande d’aide fraternelle à son régime formulée l’année dernière par Bachar al-Assad en Syrie. Dans la réalité actuelle, le Kremlin utilise les mêmes méthodes tout en les adaptant aux défis d’une guerre hybride contemporaine. Mais l’objectif reste le même : tester les réactions de l’OTAN à des actions directes, ainsi qu’à des attaques contre les sources d'information, les plateformes médiatiques, la cohésion de la communauté sociale. »

Le chroniqueur considère que jusqu’à présent, la réaction pratique de toutes les entités occidentales aux provocations de Moscou a été très hésitante. « Cela incite manifestement Vladimir Poutine à tester la résistance de l’Occident de manière toujours plus effrontée. Il est bien conscient que, depuis la fin de la guerre, l’Union soviétique et son héritière, la Russie, n’ont encore jamais été punies sévèrement pour leur agressivité », prévient-il...