Quand la presse tchèque s’inquiète de la multiplication des drones dans le ciel de l’OTAN et de l’UE
Cette nouvelle revue de la presse tchèque s’intéresse d’abord aux réactions qui ont suivi les récentes inscursions de drones et d’avions dans l’espace aérien des pays de l’OTAN. Autres sujets au sommaire : les résultats des « élections étudiantes », l’absence de règlement pour l’utilisation des téléphones portables dans les écoles ou encore les ventes record du dernier roman de Dan Brown « Le secret des secrets » dont l’intrigue se déroule à Prague.
« Il est temps d’avoir le courage de recourir à une démonstration de force visible contre la Russie. » Tel est le titre percutant d’un texte publié dans le quotidien Deník N après que des avions et des drones russes ont survolé l’espace aérien de pays de l’OTAN ou de l’Union européenne. Un commentaire dans lequel on peut lire :
« Ces actes tout comme l’incursion de navires et sous-marins russes dans les eaux territoriales d’un Etat membre de l’OTAN ou de l’UE n’ont malheureusement rien de nouveau ni de surprenant. Notre inaction pendant et après la guerre russo-géorgienne de 2008 était, peut-être, encore compréhensible. A l’époque, la plupart des Européens étaient convaincus qu’un monde sans guerres ni violence était possible, comme semblait le confirmer leur expérience tirée de plusieurs décennies. Mais aujourd’hui, nous vivons dans une Europe complètement différente. Pourtant, beaucoup d’entre nous refusent de se réveiller et de prendre conscience de la réalité crue et brutale de la situation. Après l’annexion de la Crimée, sans parler de l’invasion de l’Ukraine, il ne fait aucun doute que nous sommes confrontés à un régime agressif à Moscou qui est insensible à la logique de la raison, mais pas à celle de la force. »
Pourquoi, donc, continuons-nous de faire preuve de prudence et de réserve face à un régime qui a déclenché une guerre ? Une question à laquelle il est difficile de répondre, selon l’auteur. « Il est grand temps que nous nous décidions à faire comprendre à la Russie que, à défaut d’autre chose, nous défendrons au moins nos frontières. Sans démonstration ostensible de force, nous n’avons aucune chance de convaincre le régime russe actuel d’accepter la logique de la raison », insiste-t-il.
A ce même propos, un chroniqueur du site Novinky.cz remarque que « Petr Pavel a été le premier président d’un pays membre de l’OTAN à déclarer clairement que les avions russes présents dans l’espace aérien de l’Alliance devraient être abattus. »
Toujours en lien avec les dernières manœuvres aériennes de la Russie, le journal en ligne Forum24.cz s’intéresse à la défense civile tchèque qui, selon elle, a pris du retard :
« Il y a quelques mois, le ministère de l’Intérieur a présenté solennellement une sorte de manuel à l’intention des citoyens, mais qu’en est-il aujourd’hui ? Les dirigeants tchèques se contentent de déclarer que la Russie représente une menace, qu’il faut s’armer et soutenir l’Ukraine. Or, depuis l’agression de l’Ukraine par la Russie en février 2022, le public aurait dû être bombardé d’informations pratiques. S’il existe bien des sites web contenant des instructions auxquelles il est possible d’accéder en cliquant, cela ne suffit pas. Des informations devraient nous être transmises dans nos boîtes aux lettres, sur nos messageries électroniques, nos téléphones et dans les médias. »
Il existe des pays où les politiciens ne craignent pas de perdre des points en parlant de préparatifs de guerre. L’auteur prend ici un ton alarmiste : « Face à l’agresseur, les Tchèques se retrouveront sans instructions, sans équipements et surtout sans être prêts mentalement. Réagiront-ils autrement qu’en paniquant et faudra-t-il s’étonner si leur instinct de survie leur dicte de se lier d’amitié avec l’agresseur ? »
La polarisation chez les jeunes
Les résultats des récentes élections dites étudiantes qui, à l’instar des années précédentes, ont été organisées pour plus de 90 000 jeunes Tchèques âgés d’au moins quinze ans ont fourni plusieurs informations intéressantes, mais plus encore constituent une mise en garde très importante. C’est du moins ce que constate le quotidien Hospodářské noviny :
« Les élèves des lycées retenus ont voté complètement différemment de ce que prédisent les sondages pour l’ensemble de la population. Chez les jeunes, en effet, les partis de l’actuelle coalition gouvernementale ont signé une victoire écrasante. En revanche, les partis qui formeront probablement prochainement le bloc victorieux ont totalement failli. Certes, il ne s’agit pas là d’une position représentative de toute une génération. Néanmoins, tout en restant prudent, on peut affirmer que la jeune génération souhaite vivre dans une Tchéquie différente de celle que lui préparent les générations plus âgées. C’est un constat inquiétant dans la mesure où ce sont principalement les jeunes qui seront concernés par cet avenir. »
Toujours aux yeux du même auteur, l’information plus importante encore est l’énorme différence d’opinions politiques qui existe au sein de la jeune génération :
« Chez les apprentis, le mouvement ANO a recueilli 24 % des suffrages. La différence d’attitude entre les lycéens et les apprentis à l’égard du nouveau parti (conservateur et anti-européen) Motoristé sobě (‘Les automobilistes pour eux mêmes’) est également frappante. Dans les lycées, ce dernier n’a réalisé qu’un score de 7 %, contre 23 % parmi les apprentis. Cela montre à quel point la société est profondément divisée, et ce, dès le lycée. En résumé, les personnes qui bénéficient d’un niveau d’éducation générale de qualité et qui possèdent de meilleures perspectives d’avenir votent pour les partis traditionnels, tandis que ceux qui sont moins favorisés votent pour les partis populistes et contestataires. Or, l’avenir proche sera façonné par cette génération divisée, pour ne pas dire polarisée. »
Téléphones portables : des écoles tchèques toujours sans règlement
La Tchéquie est l’un des derniers pays en Europe à ne pas disposer de règlement pour l’utilisation des téléphones portables à l’école. C’est ce que constate le journal en ligne Deník Referendum, avant d’envisager la chose dans un contexte plus vaste :
« Ces dernières semaines, les résultats de deux études internationales ont été publiés dans les médias. La première révèle que les jeunes Tchèques figurent parmi les ‘champions’ d’Europe en matière de surutilisation des réseaux sociaux. Selon une autre étude, nous ‘excellons’ également en matière de santé mentale, plus de la moitié des élèves de troisième souffrant de différentes formes de troubles psychiques. Seuls les jeunes Ukrainiens se sentent plus mal encore. Bien que l’on ne puisse pas chercher de lien direct entre ces diverses études, rares aujourd’hui sont ceux qui contestent le fait qu’une utilisation excessive des réseaux sociaux et des smartphones a des effets néfastes sur la santé mentale. »
La Tchéquie hésite à se ranger parmi les pays qui ont compris que les écoles peuvent être un lieu sûr où les enfants pourraient se passer des réseaux en ligne. « L’initiative civique Une enfance sans téléphone portable, qui a lancé un appel visant à une règlementation des téléphones portables dans les écoles et destiné aux responsables actuels et futurs du ministère de l’Education, pourra-t-elle faire évoluer la donne ? », s’interroge Deník Referendum.
« Le secret des secrets » enregistre un record de ventes en Tchéquie
Rien qu’au cours de la première semaine qui a suivi sa sortie dans les librairies, le thriller « Le secret des secrets » de l’écrivain américain Dan Brown, dont l’intrigue se déroule en grande partie à Prague, a dépassé les 100 000 exemplaires vendus en Tchéquie. Le livre, dont une réimpression est déjà prévue, est devenu le numéro un des ventes. Selon le site Seznam Zprávy, le récent passage de l’auteur dans la capitale tchèque a également contribué à ce succès commercial :
« Le programme de la visite de Dan Brown à Prague comprenait des conférences de presse pour les journalistes et les influenceurs, une rencontre avec le public au palais Lucerna, une réception par le président Petr Pavel au Château de Prague, une rencontre avec le maire Bohuslav Svoboda et un accompagnement pour les maisons d’édition partenaires qui publient ‘Le secret des secrets’ dans d’autres langues. Prague City Tourism participe également à la promotion du livre. Par exemple, l’agence propose désormais des visites guidées des lieux mentionnés dans le livre. »
A ce même propos, Seznam Zprávy cite Martin Vopěnka, directeur de l’Union des libraires et éditeurs tchèques, qui porte un regard quelque peu critique sur l’emballement médiatique autour du livre ‘Le Secret des secrets’. « Même si c’est une bonne nouvelle pour le marché du livre, cela témoigne aussi de l’absurdité du monde actuel, où le succès ne dépend pas de valeurs réelles, mais de nombreux autres facteurs », regrette-t-il ainsi, tout en remarquant que si certains best-sellers tchèques peuvent eux aussi s’écouler à plus de 100 000 exemplaires, jamais encore cela ne s’est produit en l’espace d’une seule semaine.






