Presse : les Tchèques toujours plus nombreux à recourir à la procréation médicalement assistée
Cette nouvelle revue de la presse tchèque se penche tout d’abord sur l’intérêt croissant des Tchèques pour la procréation médicalement assistée et sur le contexte dans lequel la marche du Mouvement pour la vie s’est récemment déroulée à Prague. Autres thèmes au menu : le bouleversement possible au sein de la droite tchèque et le déclin des partis politiques traditionnels.
« Au moment où la Tchéquie est confrontée à une très faible natalité, l’importance des différentes formes de procréation médicalement assistée ne cesse de croître », constate le site Info.cz. Celui-ci s’intéresse également à une publication d’une équipe d’experts tchèques dans les domaines de la médecine, de la médecine de la reproduction, de la sociologie et de l’éthique, qui explique ce qui attend les couples qui souhaitent concevoir un enfant en recourant à la fécondation in vitro. Une procédure sur laquelle les jeunes Tchèques sont de plus en plus nombreux à miser. L’idée qui prévaut selon laquelle cette technique de procréation médicalement assistée serait « facile d’accès » semble être l’une des raisons pour lesquelles les Tchèques repoussent la parentalité à plus tard :
« Pour la première fois dans l’histoire du pays, cette publication dresse un panorama de tous les aspects possibles de la procréation médicalement assistée. Néanmoins, elle ne se prononce pas sur la question de savoir si la maternité de substitution devrait exister ou si, outre les couples hétérosexuels, les couples homosexuels et les personnes vivant seules devraient elles aussi y avoir droit. Il s’agit avant tout de fournir des informations à ce sujet, car leur manque conduit de nombreux jeunes à considérer la procréation médicalement assistée comme un moyen leur permettant d’avoir un enfant en toutes circonstances, même s’ils reportent la parentalité à plus tard. »
Le fait qu’en 2025, le nombre d’enfants nés en Tchéquie ait été le plus faible de l’histoire moderne du pays inquiète à la fois les politiciens et les experts. Or, sans la procréation médicalement assistée, comme l’explique encore Info.cz, la baisse de la natalité, déjà très rapide, serait encore plus marquée. « Alors qu’en 2014 elle n’était encore que de l’ordre de 3 %, la part des enfants nés en Tchéquie grâce à la procréation médicalement assistée a plus que doublé en 2025. Cela signifie que d’ici quelques années, il n’y aura plus une seule classe dans les écoles maternelles en Tchéquie qui ne comptera pas au moins un ou deux enfants ayant vu le jour de la sorte », précise encore l’article.
Les ultraconservateurs tchèques contre l’interruption de grossesse
Samedi 11 avril, une marche organisée par le Mouvement pour la vie s’est tenue dans les rues de Prague. Officiellement, l’objectif de cette manifestation est de soutenir les femmes enceintes contre leur gré, ainsi que leurs enfants en cours de gestation. Bien que cet objectif soit en apparence louable, l’auteure d’un texte publié sur le site Seznam Zprávy le considère d’un œil différent. « À première vue, le Mouvement pour la vie apparaît comme une organisation à but non lucratif dont les activités sont financées par les modestes contributions de donateurs privés et de sympathisants issues des milieux chrétiens. Mais la réalité est différente », écrit-elle d’abord, avant d’expliquer :
« Le Mouvement pour la vie est aujourd’hui la plus grande organisation ultraconservatrice tchèque luttant contre les interruptions de grossesse, rejettant dans sa forme la plus extrême même celles qui sont recommandées par les médecins pour des raisons de santé. Or, dans une société civilisée, l’avortement devrait faire partie des droits fondamentaux des femmes, et donc des droits humains. La marche qui s’est déroulée à Prague n’était pas organisée par de bienveillants défenseurs des femmes enceintes, mais par des lobbyistes conservateurs bien organisés et formés de manière professionnelle. Plutôt que les droits des femmes confrontées à une situation difficile, ils défendent leurs propres intérêts, la propagande du Kremlin, le mouvement MAGA (Make America Great Again) ou encore l’organisation polonaise Ordo Iuris. Et aspirent à un monde où seuls certains d’entre nous ont droit à la liberté. »
En Tchéquie, l’avortement est légal jusqu’à la douzième semaine de grossesse. Selon les données de l’Office tchèque des statistiques, reprises par Seznam Zprávy, le nombre d’avortements dans le pays est en baisse sur le long terme. Il est ainsi passé de 27 000 à 24 000 entre 2022 et 2025, alors que leur total annuel était supérieur à 100 000 au tournant des années 1980 et 1990. L’âge moyen des femmes qui décident de recourir à l’avortement est légèrement supérieur à trente ans, la majorité d’entre elles figurant dans la tranche d’âge 30-39 ans.
Un bouleversement au sein de la droite tchèque ?
« Au bout de treize ans, l’ODS (le Parti civique démocrate, principale formation de l’ancienne coalition gouvernementale de centre-droit dirigée par Petr Fiala) risque de perdre sa place de premier parti de droite en Tchéquie », peut-on lire dans un commentaire d’Aktualne.cz. Son auteur s’appuie sur le dernier « sondage des sondages » que la rédaction du site d’actualité a compilé en se basant sur toutes les enquêtes d’intentions de vote menées depuis le début de l’année par les agences renommées :
« Martin Kupka, qui a remplacé l’ancien Premier ministre Petr Fiala à la tête du parti, n’a pour l’instant pas réussi à lui rendre l’éclat qu’il avait. Entre fin janvier et début avril, l’ODS est passé de 15,1 % à 14,2 % d’intentions de vote et se retrouve désormais talonné par STAN, parti dirigé par Vít Rakušan. Ainsi, pour la troisième fois seulement en l’espace de trente-cinq ans d’existence, l’ODS pourrait perdre sa place de premier parti de droite. En 1998, l’Union de la liberté (un parti disparu depuis) l’avait détrôné pour la première fois. L’ODS s’est toutefois rapidement relevé de cette perte de popularité. Aujourd’hui, le parti perd de nouveau du terrain face à la concurrence d’une nouvelle formation issue de ses propres rangs, le mouvement ‘Naše Česko’ (Notre Tchéquie), une variante tchèque du « Make America Great Again » de Donald Trump fondée par Martin Kuba le président de la région de Bohême du Sud. Dans les sondages, ‘Naše Česko’ recueille 3,3 % des intentions de vote. »
Toutefois, comme l’estime encore Aktualne.cz, la situation actuelle diffère à plusieurs égards des deux crises précédentes. « D’une part, l’ODS ne traverse pas de crise profonde, elle stagne davantage qu’elle ne chute. Et son premier poursuivant n’est cette fois pas un nouveau venu, car Vít Rakušan entame sa huitième année à la tête de STAN. L’histoire n’a donc aucune raison de se répéter, ce qui, paradoxalement, pourrait constituer un problème plus grave encore pour l’ODS. »
Le déclin des partis politiques traditionnels et la fin du combat d’idées
« Les partis politiques tels que nous les connaissions jusqu’à présent ont disparu. Bienvenue dans l’ère de la téléréalité politique », peut-on lire en titre d’une chronique d’Hospodářské noviny. « Les principaux partis traditionnels sont en train de rendre leur dernier souffle et que quelque chose de tout à fait différent prend leur place. Et ce, bien que cela semble similaire à première vue », observe le quotidien, qui développe sa pensée :
« Les congrès des partis, les conférences de presse des groupes parlementaires, les rites parlementaires, tout cela n’est plus qu’un décor du passé. Ce qui s’impose aujourd’hui, ce sont les vecteurs de la communication marketing et les plateformes pour les influenceurs. La politique n’est aujourd’hui plus un combat d’idées mais avant tout une émission de téléréalité, et tout porte à croire qu’un retour en arrière n’est plus possible. »
Les chiffres sur les effectifs des différents partis en disent d’ailleurs très long sur l’intérêt qu’ils suscitent aujourd’hui :
« Dans les années 1990, des partis traditionnels comme l’ODS (conservateur), le ČSSD (social-démocratie) ou le KDU-ČSL (chrétien-démocrate) comptaient ensemble plusieurs centaines de milliers de membres. Aujourd’hui, le KDU-ČSL, qui est historiquement le parti le mieux loti dans ce domaine, ne possède plus qu’un quart environ des 80 000 membres qu’il comptait par le passé. L’ODS a quant à lui perdu deux tiers de ses membres depuis ses années de gloire, tandis que la social-démocratie a sombré dans l’insignifiance et n’est même plus représentée au Parlement. Le mouvement ANO, qui domine la scène politique tchèque avec seulement 3 000 membres, n’a même pas cherché à devenir un parti de masse. En résumé, les partis se sont littéralement éteints. Le nouveau projet ‘Naše Česko’ (Notre Tchéquie), qui mise avant tout sur le marketing, de grandes affiches ou encore la diffusion d’un podcast pour attirer les électeurs, est un exemple parfait de cette évolution, tout comme le sont également par exemple les Automobilistes (‘Motoristé’, en tchèque - une des trois formations de l’actuelle coalition gouvernementale). »
Toujours selon Hospodářské noviny, la consommation à long terme de contenus sur les réseaux sociaux et d’informations sur TikTok ou la culture des émissions de téléréalité ont « reprogrammé » non seulement les partis politiques mais aussi la façon de penser des électeurs. Une observation qui amène à conclure sur ces mots :
« Bien que lents et compliqués, les partis traditionnels ont fonctionné pendant des décennies parce qu’ils pouvaient compter sur le soutien d’électeurs éduqués et actifs. Mais ceux-ci ne dominent plus l’espace public. Et il est inutile de souligner que cette tendance constitue un énorme problème pour un système démocratique comme le nôtre. »
Hommage aux tramways de Prague
Le dernier numéro de l’hebdomadaire Respekt rend un bref hommage au système des transports en commun de Prague :
« Le 8 avril, les tramways de Prague ont arboré de petits drapeaux roms. De manière symbolique, ils ont ainsi participé à la célébration de la Journée internationale des Roms, qui commémore le premier Congrès mondial des Roms, qui s’est tenu il y a 55 ans à Orpington, près de Londres. »






