Presse : l’impossibilité pour les politiques tchèques de faire face à leurs responsabilités
La responsabilité politique compte-t-elle encore en Tchéquie ? Une question soulevée dans cette nouvelle revue de presse. Autres sujets à son menu : le choix difficile de « l’oiseau national », la situation des sans-abris en hiver, la construction du métro de Prague, il y a 60 ans et aujourd’hui. Un mot, enfin, en rappel du décès du poète Jaroslav Seifert, il y a 40 ans, qui reste l’unique lauréat tchèque du prix Nobel de littérature.
« La culture politique en Tchéquie a considérablement changé au cours des dix dernières années », constate Hospodářské noviny. Ce qui constituait, récemment encore, un motif de démission n’est désormais souvent plus qu’un test de résistance à la pression médiatique et sociale. Le quotidien économique fournit quelques exemples :
« Entre les années 1990 et le milieu des années 2000, malgré tous les traits négatifs de cette période, il n’était pas rare de voir des politiciens démissionner de leurs fonctions en raison d’une simple perte de confiance. Tel a été le cas, par exemple, de l’ancien ministre des Affaires étrangères Josef Zieleniec qui avait démissionné en raison d’un potentiel conflit d’intérêts lié aux activités commerciales de son épouse. Le changement survenu ensuite est bien illustré par le cas de Vratislav Mynář, qui a occupé pendant de nombreuses années le poste de chef du cabinet du président de la République Miloš Zeman sans avoir fait l’objet d’une habilitation de sécurité. Un fait signalé et confirmé par les institutions chargées de la sécurité qui, pourtant, est depuis progressivement devenu la norme. Non pas parce qu’il a été résolu, mais parce que le système politique s’y est habitué. »
Il y a quelques années encore, le débat public actuel autour de Filip Turek, le président d’honneur du parti des Automobilistes, dont le passé est associé à des symboles et des déclarations extrémistes, aurait eu un aboutissement univoque. Or, aujourd’hui, comme l’indique le journal, le débat porte sur le contexte, l’interprétation et les « erreurs de jeunesse » du personnage. Selon l’auteur, le contraste est frappant en comparaison avec les pays où la responsabilité politique continue de fonctionner comme un moyen de protection des institutions, notamment les pays scandinaves. En Tchéquie, le fait de rester en poste est plutôt une preuve de résilience :
« Cette évolution n’est pas la conséquence de l’action d’un seul gouvernement ou d’une seule génération politique. Il est le résultat d’un environnement de crises permanentes, de médias fragmentés et d’un public fatigué. La politique tchèque s’est habituée à un modèle dans lequel quitter une fonction est considéré comme un aveu de faiblesse et non comme une preuve de la conscience de ses responsabilités. »
Choisir un « oiseau national »
Choisir un « oiseau national qui serait ensuite intégré à la symbolique de l’État : telle est une des promesses que l’ancien gouvernement de Petr Fiala n’a pas tenue. C’est du moins ce que remarque le site Novinky.cz en lien avec le recensement annuel des oiseaux qui s’est tenu ces derniers jours. Tout en admettant qu’il ne s’agit pas là d’un problème crucial pour le pays, l’auteur suggère qu’il y aurait peut-être lieu d’organiser un sondage officiel pour régler cette affaire :
« La coalition gouvernementale actuelle n’a, quant à elle, rien de tel en projet. L’initiative devrait donc provenir de la société civile, car les amateurs d’oiseaux sont nombreux dans notre pays. Il y a trois ou quatre ans, en réaction à l’annonce de l’intention du gouvernement, divers bénévoles s’étaient emparés de ce sujet attrayant. Les sondages et discussions informels de l’époque avaient donné lieu à toute une liste de propositions remarquables. Si l’on fait abstraction des suggestions ironiques, comme celle de faire du canard domestique le symbole de notre pays, on trouve des projets intéressants. Le faucon pèlerin, qui symbolise l’héroïsme, avec en plus une référence claire à la tradition du mouvement gymnique Sokol (‘le Faucon’, en français), la mésange, le cigogne blanche, le merle noir ou l’aigle, autant d’oiseaux parmi beaucoup d’autres qui ont marqué le plus de points. »
Le site rapporte que des dizaines de milliers de personnes participent à ce recensement annuel appelé « L’heure des oiseaux ». La place reste donc ouverte, selon lui, à l’action et à l’imagination, tout comme à la question de savoir qui, cette fois, se chargera de cette tâche.
Quand le froid tue
« Combien de personnes doivent encore mourir pour que l’État commence à se préoccuper sérieusement du problème des sans-abris ? », s’interroge le journal en ligne Deník Referendum. En effet, suite au grand froid qui a frappéé le pays ces derniers jours, les informations faisant état de décès de sans-abris se multiplient. Au moins six personnes sont ainsi décédées au cours de la semaine dernière. « C n’est qu’une personne de moins que lors des inondations de 2024 et autant que lors de la tornade la plus tragique de l’histoire moderne de notre pays, qui a frappé le sud de la Moravie en 2021 », précise le journal. Selon lui, ce n’est pourtant pas le froid qui est en cause :
« C’est le système qui en est responsable, car il est incapable de garantir que les personnes les plus vulnérables n’aient pas à vivre dans la rue. Les données révèlent que 161 000 personnes en Tchéquie actuellement, dont 62 000 enfants, sont en situation de précarité de logement. Ce sont précisément ces personnes qui risquent le plus de se retrouver dans la rue et de devenir les prochaines victimes du froid dont on entend parler chaque hiver dans les médias. Dans le cadre de la Déclaration de Lisbonne de la Plateforme européenne de lutte contre le sans-abrisme, la Tchéquie s’est engagée à mettre les moyens en œuvre pour y mettre fin d’ici 2030. Hélas, les mesures nécessaires qui permettraient d’atteindre cet objectif font défaut. »
Deník Referendum explique qu’il n’est pas difficile de se retrouver à la rue aujourd’hui, en raison notamment de l’inaccessibilité croissante du logement et d’autres besoins essentiels, de l’augmentation des maladies psychiques et d’autres facteurs. « Il est difficile de trouver un logement à louer dans de nombreux endroits. Il suffit d’avoir plusieurs enfants, un chien ou d’être Rom », écrit-il. Et de conclure que c’est au nouveau gouvernement qu’il appartient de soutenir la loi sur l’aide au logement afin que celle-ci fonctionne comme il le faudrait.
Jaroslav Seifert, un prix Nobel de littérature guère apprécié du régime communiste
Le 10 janvier dernier, 40 ans se sont écoulés depuis le décès de Jaroslav Seifert, le seul lauréat tchèque du prix Nobel de littérature. L’occasion pour un chroniqueur du quotidien Deník N de commémorer le poète et de rappeler l’arbitraire dont il a été victime de la part du régime communiste après avoir reçu son prix en 1984. Une année où la concurrence était forte, car Graham Greene, Jorge Luis Borges et Günter Grass, entre autres, étaient eux aussi en lice :
« Au lieu de célébrer ce triomphe, la presse tchécoslovaque de l’époque s’est contentée de publier un communiqué honteux de quelques lignes, dans un coin discret des journaux. Le régime de normalisation détestait ouvertement Jaroslav Seifert. Il était incapable de lui pardonner, par exemple, son intervention lors du IIe congrès de l’Union des écrivains tchécoslovaques en 1956, où il avait réclamé que tous les auteurs puissent publier leurs textes et surtout abordé le sujet épineux et tabou des écrivains emprisonnés. »
Le chroniqueur raconte que Seifert lui-même avait adhéré au Parti communiste lors de sa création au début des années 1920, qui était l’âge d’or de l’avant-garde artistique tchèque, réunie au sein du groupe Devětsil. Exclu quelques années plus tard tant du groupe que du parti, sa voix n’a eu ensuite de cesse d’irriter les communistes. Ce n’est qu’avec le dégel politique dans les années 1960 que Jaroslav Seifert a retrouvé temporairement sa place dans la vie littéraire officielle :
« Seifert a obtenu le titre d’artiste national, mais sa condamnation de l’occupation de la Tchécoslovaquie en 1968 a fini de le ranger parmi les ennemis du socialisme. Toutefois, les autorités ne pouvaient pas réduire le poète au silence, car il était aimé du public tchèque. Les communistes lui ont donc proposé de publier, voire de rééditer son œuvre, à condition qu’il ne s’oppose plus au régime. Mais Seifert a refusé. Lorsque le manifeste de la Charte 77 a été créé, il a ainsi été l’un de ses premiers signataires. »
Les 60 ans du métro de Prague
Le journal en ligne Lidovky.cz rappelle qu’il y a soixante ans commençait la construction du métro de Prague et qu’en moins de dix ans, deux lignes avaient été mises en service. Actuellement, ses trois lignes possèdent une longueur totale de quelque 65 kilomètres et comptent 61 stations. Il indique également que les travaux d’une partie de la nouvelle ligne D, qui reliera Pankrác à Nové Dvory et Písnice, sont en cours de réalisation. Seul problème : ces travaux n’avancent pas beaucoup :
« Les politiciens aiment déclarer que la construction du métro représente le plus grand chantier du pays en matière de transports. Mais le dernier tronçon du métro de Prague a été mis en service en avril 2015 à l’hôpital de Motol. Et l’achèvement de la ligne D tant attendue n’est pas en vue. Selon les plans d’origine, au moins sa première partie aurait dû être mise en service en 2029, puis c’est la date de 2031 qui a été évoquée. À présent, on admet que le projet coûtera probablement plus cher et nécessitera davantage de temps. »






