Recensement, protection, conservation : la Société ornithologique tchèque célèbre ses cent ans

La Société ornithologique tchèque fête son centenaire ce mois d’avril. Ce qui autrefois était une simple association de passionnés aimant observer les oiseaux est devenu avec le temps une véritable organisation de protection et de sauvegarde qui compte aujourd’hui plus de 8 000 membres et des dizaines de milliers sympathisants.

Station de terrain de la Société ornithologique dans la région de Třeboň,  en Bohême du Sud | Photo: Société tchèque d’ornithologie  (ČSO)

C’est le 5 avril 1926 qu’est née la Société ornithologique tchécoslovaque, soit quelques années après la création d’un Etat tchécoslovaque indépendant. Dans la foulée des passionnés d’ornithologie, souvent simples amateurs à l’origine, et du boom plus global de l’intérêt pour les sciences naturelles au XIXe siècle, il n’est pas étonnant d’avoir vu ces hobbies se transformer et se professionnaliser avec le temps. La création d’associations voire de sociétés spécialisées allait justement dans ce sens.

L’atlas consacrés à la répartition des oiseaux nicheurs | Photo: Academia

Les premiers travaux des membres de la Société ornithologique tchécoslovaque  étaient principalement axés sur le recensement des espèces d’oiseaux vivant sur le territoire ainsi que sur l’étude de leur cycle de vie. Grâce au grand nombre de ses membres, il a été alors possible de rassembler des informations dont la collecte aurait pris plusieurs siècles à une poignée de scientifiques professionnels. C’est aussi grâce à leurs observations que des atlas consacrés à la répartition des oiseaux nicheurs ou encore des ouvrages de référence en tchèque consacrés à la faune aviaire ont pu voir le jour.

Observer et répertorier les oiseaux sont des activités qui se poursuivent jusqu’à nos jours, et même avec l’aide du grand public : depuis plusieurs années déjà la Société ornithologique tchèque organise régulièrement ce qu’elle appelle « L’Heure des oiseaux » qui invite les Tchèques à observer et recenser les oiseaux de leurs jardins ou ceux qui visitent les mangeoires de leur balcon, comme s’en félicite son directeur Zdeněk Vermouzek :

Zdeněk Vermouzek | Photo: Jana Rychterová,  ČRo

« La Société ornithologique tchèque organise de nombreux programmes de ce type. Au début du mois de janvier, nous avons en effet organisé l’Heure des oiseaux, un des plus importants rendez-vous de l’année auquel tout un chacun peut participer. L’hiver, il est facile d’observer et de déterminer les oiseaux aux mangeoires, d’autant qu’il n’y en a pas tant que cela. Faire la même chose au printemps, quand les arbres sont à nouveau feuillus, c’est bien plus compliqué : outre les yeux et des jumelles, il faut aussi utiliser son ouïe et savoir déterminer l’espèce des oiseaux en fonction de leur chant. »

Photo: Barbora Němcová,  Radio Prague Int.
Des cigognes blanches | Photo: Libor Šejna,  ČRo

Un niveau d’expertise dont tout le monde n’est pas pourvu et qui nécessite également l’implication des membres de la Société ornithologique tchèque, suffisamment expérimentés dans ce domaine. Cartographier la présence des oiseaux, mais aussi obtenir une vue d’ensemble de leurs effectifs font partie de ces activités, tout comme le suivi des routes migratoires. Car bien que celles-ci soient connues, ces migrations évoluent. Aujourd’hui, il arrive que les cigognesblanches de Tchéquie ne migrent plus vers le sud et restent sur le territoire durant l’hiver.

Bagueage des oies sauvages | Photo: Jitka Cibulová Vokatá,  ČRo

Avec le réchauffement climatique et le dérèglement des écosystèmes, mais aussi en raison de la pollution lumineuse qui bouleverse les rythmes biologiques, beaucoup de choses ont changé en 100 ans, souligne Zdeněk Vermouzek :

« Nous savons que certaines espèces ont totalement disparu de notre écosystème. Nous savons quelles espèces se sont au contraire démultipliées sur notre territoire, celles-là mêmes que nos aïeux n’auraient jamais croisées en leur temps. Sur les cinquante dernières années, nous en savons plus sur le nombre d’oiseaux car il y a cent ans, on les étudiait de façon plus basique : de quel oiseau s’agit-il, où vit-il etc. ? Mais leur nombre n’a commencé à être étudié que plus tard, à partir des années 1970-1980. Depuis, les statistiques sont beaucoup plus précises en la matière. »

Intégré au réseau de l’ONG internationale BirdLife depuis 1994, la Société ornithologique tchèque s’implique dans la création de réserves privées, soit des sortes de parcs ornithologiques, et sur des programmes de conservation ciblés, axés sur les oiseaux des champs en général, mais aussi sur des espèces spécifiques, comme l’aigle royal ou la chouette chevêche. Celle-ci a d’ailleurs été désignée Oiseau de l’année en 2018, dans le cadre d’une campagne toujours très suivie qui permet, tous les ans, d’attirer l’attention du grand public sur les oiseaux tout particulièrement menacés.

A noter enfin qu’en Tchéquie, il est fréquent que la petite histoire croise la grande : fin 2023, la réédition par les éditions Revolver Revue, en collaboration avec la Société ornithologique tchèque, du livre Les Oiseaux de Prague a permis de mettre en lumière le destin tragique d’un étudiant en droit tchèque, passionné d’ornithologie, Veleslav Wahl, résistant contre le régime nazi puis contre le régime communiste qui le condamna à la peine capitale.

'Les Oiseaux de Prague' | Photo: Ondřej Přibyl,  Revolver Revue
Source: Société tchèque d’ornithologie  (ČSO)

Durant sa courte vie, il a été pionnier dans son domaine, s’intéressant à l’urbanisation et son impact sur les oiseaux, menant, 80 ans avant que cela ne devienne un véritable sujet, une réflexion sur la conservation des habitats des oiseaux plutôt que sur leur simple protection. Une vision qui est aujourd’hui au cœur des activités de la Société ornithologique tchèque désormais centenaire.

Auteur: Anna Kubišta | Source: Český rozhlas Olomouc
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