Presse : quelle leçon tirer des événements de Ceuta ?
Cette nouvelle revue de presse revient sur les réactions des dirigeants européens aux récents événements de Ceuta. Au sommaire également : les tensions entre le pouvoir et les médias, le lien entre les vagues de chaleur et les énergies fossiles, ainsi que la nature tchèque confrontée au manque d’eau. Enfin, un mot sur les manifestations en Ukraine.
« Les événements de Ceuta sont véritablement choquants. Mais pas parce que l’Europe est menacée ». Voilà le titre d’un texte publié dans le quotidien Deník N qui se penche sur la réaction des hauts responsables des États membres de l’Union européenne, y compris le Premier ministre tchèque Andrej Babiš, à la crise migratoire qui a duré un peu moins de quarante-huit heures dans l’enclave espagnole de Ceuta. Son auteur estime qu’elle est non seulement dépourvue de solidarité, mais aussi « populiste, injuste, tout à fait lâche et profondément inhumaine ». Il explique pourquoi :
« Les Européens considérent que l’Espagne aurait mis en péril la politique migratoire de l’UE et mériterait, du moins selon certains, la fermeture de ses frontières. Pourtant, s’il y a quelque chose de véritablement ‘choquant’ dans les images de Ceuta, comme l’a déclaré la Première ministre italienne Meloni, ce n’est pas le fait que les Espagnols aient perdu le contrôle de la situation pendant quelques heures. Ce qui est effrayant, c’est la mort d’environ 70 personnes, décédées en tentant, par des moyens très risqués, d’accéder à une vie meilleure en Europe. Cette crise, rapidement maîtrisée, a ainsi surtout montré à quel point la droite nationaliste domine le débat sur l’immigration en Occident et à quel point toute cette question a dépassé les limites de la réflexion rationnelle. L’Europe veut sa tranquillité et entend la préserver par la force. »
« Vue la déclaration commune des responsables politiques européens, on peut estimer que l’intimidation généralisée et des gestes démagogiques sont devenus en quelque sorte le courant dominant de la pensée occidentale qui touche désormais même les politiques non populistes qui craignent une approche plus nuancée des questions migratoires », ajoute encore Deník N. Le fait que les Espagnols s’efforcent toujours de trouver une approche plus globale de la question migratoire est pourtant, comme il le souligne, plutôt digne d’admiration. « Le reste de l’Europe devrait alors ajouter à son indignation face aux scènes de Ceuta la tristesse suscitée par la mort de dizaines de personnes qui, tout comme eux, aspiraient au bonheur », conclut-il.
En Tchéquie, la tension monte entre le pouvoir et les médias
L’actuel gouvernement de Babiš s’en prend aux médias critiques, tant publics que privés, et s’efforce de les affaiblir. C’est du moins ce qu’estime l’éditorialiste du quotidien Hospodářské noviny selon lequel « l’attitude du gouvernement envers les médias a dépassé les limites du populisme habituel » :
« Certes, il existe des médias qui ignorent les normes journalistiques et qui méritent d’être critiqués, voire condamnés. Mais le gouvernement tchèque actuel ne critique rien de tout cela. Au contraire, il s’en prend aux médias qui respectent ces normes, vérifient leurs informations, et qui disposent de codes de déontologie ainsi que d’organismes chargés de veiller à leur respect. Les représentants du gouvernement n’hésitent pas à affirmer que tel ou tel média critique est ‘mensonger’, ‘corrompu’, et que ses rédacteurs ‘devraient avoir honte’. On entend des insultes et des tentatives de ridiculisation des médias ainsi que de certains rédacteurs critiques. Dans les cas extrêmes, ceux-ci ne sont pas autorisés à assister aux conférences de presse ».
L’éditorialiste du journal économique rappelle que déjà dans le passé, des conflits entre le pouvoir et les médias ont existé en Tchéquie. Mais jusqu’à présent, à quelques exceptions près, la vision dominante en politique était que les médias critiques, travaillant selon les normes journalistiques, sont indispensables à la survie de la démocratie. De son avis, la situation actuelle s’inscrit dans un contexte plus large :
« Les attaques du gouvernement contre les médias vont de pair avec celles menées contre les tribunaux, y compris la Cour constitutionnelle, contre la société civile, en somme, contre tout ce que les populistes ne peuvent pas totalement contrôler. L’attitude sélective et hostile du gouvernement envers les médias est un signe alarmant et il n’est pas raisonnable de s’y habituer. »
Le lien entre les vagues de chaleur et la combustion des énergies fossiles
Le journal en ligne Deník Referndum constate que l’Europe est confrontée à sa quatrième vague de chaleur. L’occasion de souligner qu’il ne s’agit pas d’un hasard, mais d’une conséquence du changement climatique alimenté par la combustion des énergies fossiles, dont les grandes entreprises du secteur continuent de tirer profit :
« En effet, les vagues de chaleur qui font des victimes et provoquent des incendies dévastateurs, ne sont pas des catastrophes naturelles aléatoires qui arrivent, tout simplement. Elles ont des responsables et des victimes bien précis. La responsabilité des dirigeants des entreprises du secteur réside dans le fait que, malgré les connaissances scientifiques et les alternatives disponibles, elles poursuivent des activités qui aggravent la crise climatique. Aujourd’hui, la plupart des habitants de la planète utilisent, dans une certaine mesure, de l’énergie issue du charbon, du pétrole ou du gaz. Il est donc facile d’en conclure que l’humanité dans son ensemble est responsable du changement climatique. Un tel point de vue occulte pourtant une différence fondamentale entre la consommation des individus et les décisions des entreprises du secteur des énergies fossiles. »
Le journal rapporte que le débat public tchèque ignore totalement le lien de causalité entre l’industrie des énergies fossiles et les températures dépassant les 40°C. Or, tant la scène politique que les médias seraient dominés par des politiciens et des climatosceptiques professionnels qui gardent le silence sur ceux qui tirent profit de la détérioration des conditions de vie. Pour éviter la catastrophe, il est selon lui indispensable de réduire considérablement les émissions et de limiter le pouvoir des entreprises du secteur des énergies fossiles. « Dans le contexte tchèque, cela signifie commencer par Sev.en, la société de Pavel Tykač, et EPH, celle de Daniel Křetínský », précise le journal.
Quand les ruisseaux et les fontaines disparaissent
Le site Info.cz rapporte pour sa part que dans de nombreuses régions tchèques, dans le sud de la Bohême, par exemple, les ruisseaux s’assèchent et les fontaines disparaissent. Selon les experts auxquels le site se réfère, ce phénomène n’est pas seulement dû au manque de précipitations, mais aussi à un gaspillage des sols et de l’eau sans précédent dans notre histoire :
« Cette année est véritablement celle où les problèmes liés à l’eau se sont accumulés dans les campagnes tchèques. D’une part, les terres de qualité capables de retenir l’eau diminuent toujours rapidement en Tchéquie. Depuis 1990, environ 260 000 hectares de terres arables ont disparu du territoire national. Et, d’autre part, au lieu de faire preuve d’une gestion parcimonieuse de l’eau en période de pénurie, on continue littéralement à piller les nappes phréatiques et les eaux de surface. »
Le site Info.cz constate également que les Tchèques seraient, en termes de nombre de piscines par habitant, une véritable puissance mondiale. Selon certaines statistiques, la Tchéquie compterait jusqu’à 200 000 piscines privées. « Si chacune contenait en moyenne 10 m³ d’eau, cela représenterait au total environ un tiers du plus grand étang tchèque, le Rožmberk », précise-t-il avant d’exhorter les Tchèques à économiser l’eau autant que possible, et non à la gaspiller. Un avertissement qui, évidemment, ne concerne pas uniquement les piscines familiales.
Les manifestations en Ukraine
Les Ukrainiens continuent de manifester. Pourtant, comme le déplore l’auteure d’une note publiée sur le site Novinky.cz, les médias étrangers n’en parlent plus guère, la priorité étant donnée aux violentes attaques aériennes russes :
« Malgré la menace de mort venue du ciel, les rues des villes ukrainiennes continuent d’être envahies par des milliers de personnes qui exigent que le président commence enfin à leur parler. Et il ne s’agit pas seulement de la destitution, toujours inexpliquée, du ministre de la Défense Mykhailo Fedorov. Zelensky doit des dizaines de réponses à son peuple. Qu’il s’agisse des défaillances fatales au sein de l’armée, de la corruption non élucidée, des restrictions à la liberté d’expression ou d’un style de gouvernance de plus en plus autocratique. »
Depuis cinq ans, les Ukrainiens souffrent, se battent et meurent pour une Ukraine démocratique et libre. Mais aujourd’hui, d’après ce que suggère l’article, ils ont le sentiment de la perdre, car au lieu de dialoguer avec eux, le président poursuit son monologue plein d’assurance.




