Presse : les priorités et la stratégie du nouveau Premier ministre Andrej Babiš
Cette nouvelle revue de presse revient sur les réactions suscitées par la nomination d’Andrej Babiš au poste de Premier ministre, tout en dressant un premier bilan du gouvernement sortant de Petr Fiala. Elle analyse également les conséquences potentielles, pour l’Europe, de la nouvelle stratégie nationale présentée par Donald Trump.
« Je vais m’efforcer de faire de la République tchèque le meilleur endroit où vivre sur toute la planète ». La phrase qu’Andrej Babiš a prononcée lors de sa nomination au château de Prague conduit l’éditorialiste du quotidien Hospodářské noviny à constater que le nouveau Premier ministre tchèque ne manque pas d’ambitions. Mais sa tâche ne sera pas facile, estime-t-il :
« Bien que la Tchéquie fasse incontestablement partie des pays où il fait le mieux vivre à l’échelle mondiale, nous sommes encore loin du sommet. Dans le dernier classement du World Happiness Report 2025, la République tchèque se classe vingtième sur 147 pays en termes de qualité de vie. Le classement Global Citizen Solution la place à la 32e position. Bref, l’idée qu’en quatre ans la Tchéquie puisse devenir numéro un mondial dans tous les domaines a de quoi faire sourire. Il s’agit ni plus ni moins que d’une tentative de susciter l’enthousiasme et de créer une atmosphère aussi favorable que possible pour le nouveau gouvernement. »
Il est souhaitable que le gouvernement Babiš parvienne à maintenir les tendances macroéconomiques positives amorcées au cours de la dernière année du gouvernement de Petr Fiala. D’un autre côté, comme le suggère également l’éditorialiste du journal économique, le gouvernement Babiš devrait déroger progressivement à son programme, car ses promesses n’étaient pas ancrées dans un cadre économique réaliste. « On peut également espérer qu’au niveau européen, Babiš se comporte de manière rationnelle et qu’il augmente les dépenses de défense à 5 % du PIB », écrit-il avant de conclure :
« Il suffit que le gouvernement d’Andrej Babiš fasse en réalité quelque chose d’un peu différent de ce qu’il a promis. La République tchèque ne sera certes pas le meilleur endroit où vivre sur la planète, mais nous pourrions rester un pays européen standard avec une économie en croissance raisonnable, des finances publiques plus ou moins stables et, surtout, protégé des menaces extérieures. »
La nomination du nouveau chef de gouvernement sous tous ses angles
Les autres médias commentent à leur tour largement la nomination d’Andrej Babiš à la tête du nouveau gouvernement. Seznam Zprávy rappelle que Babiš est le premier en Tchéquie à réussir à revenir au poste de Premier ministre après avoir été dans l’opposition. Et ce, malgré le fait qu’il ait affirmé à plusieurs reprises dans le passé qu’il ne se représenterait plus aux prochaines élections :
« Dans un an, Andrej Babiš deviendra le Premier ministre resté le plus longtemps en fonction dans l’histoire de la Tchéquie. Il a par ailleurs occupé pendant trois ans les postes de vice-Premier ministre et de ministre des Finances. La chronologie de son parcours montre qu’il façonne depuis longtemps, de manière décisive, la situation du pays. Babiš n’est donc pas un opposant à l’establishment politique : il en fait pleinement partie. »
L’article de Seznam Zprávy souligne également qu’Andrej Babiš est le premier dans l’histoire du pays à promettre de « respecter la Constitution et les lois » tout en étant lui-même poursuivi pour un délit pénal. A ce sujet, le site HlídacíPes.org remarque que le conflit d’intérêts que le nouveau Premier ministre a fini par régler avec le président de la République masque en réalité des enjeux bien plus importants :
« Le souci minutieux de chaque couronne de la fortune de Babiš et de son éventuelle expansion grâce aux subventions de l’Etat éclipse des questions plus importantes. Par exemple, celle de savoir quelle position Babiš et son gouvernement adopteront dans un monde géopolitiquement fragmenté et où les liens euro-atlantiques et les anciennes certitudes de la sécurité européenne commune sont en train de s’effondrer. »
A ce propos, le journal en ligne Forum24.cz remarque :
« Alors que le président Petr Pavel a clairement souligné que la République tchèque, l’Europe et le monde libre étaient confrontés à une crise sécuritaire mondiale nécessitant du courage politique et civique pour être surmontée, le Premier ministre Andrej Babiš continue, dans le cadre de sa campagne électorale permanente, à faire croire au public tchèque que tout va bien. Ou que si quelque chose se passe, cela ne nous concerne en rien. »
Le quotidien Deník observe pour sa part qu’Andrej Babiš souhaite ardemment que son mandat soit couronné de succès, afin que dans quatre ans, les gens puissent dire que c’était une bonne chose et qu’ils en redemandent :
« S’il veut atteindre son objectif, il devra devenir ce qu’il n’a jamais réussi à être jusqu’ici : un non-populiste. Un véritable homme d’Etat doit savoir prendre des décisions impopulaires lorsque celles-ci servent, sur le long terme, l’intérêt du pays. Et il doit aussi être capable de les faire accepter, voire reconnaître, par la population. Dans toute l’histoire tchèque, rares sont ceux qui y sont parvenus. Souhaitons qu’Andrej Babiš puisse rejoindre ce cercle — ou au moins s’en approcher. »
Le cabinet sortant de Petr Fiala : tentative de bilan
« Si l’on évalue objectivement les résultats du cabinet sortant de Petr Fiala, il faut reconnaître qu’il n’a pas été si mauvais. De toute façon meilleur que ne le décrivait la propagande populiste. » C’est du moins ce qu’estime l’éditorialiste du site info.cz qui va jusqu’à prétende que la situation du pays est bien meilleure à tous points de vue que celle dans laquelle le gouvernement Fiala a pris le pouvoir, il y a quatre ans, après Andrej Babiš :
« Peu de gouvernements ont été confrontés à des conditions extérieures aussi difficiles dès leur prise de fonction. Le cabinet de coalition de Petr Fiala a néanmoins réussi à gérer la crise militaire et énergétique, à contenir l’inflation galopante et à réduire les déficits hérités de son prédécesseur, tout en assurant l’indépendance du pays vis-à-vis du gaz et du pétrole russes. Il a également veillé à ce que de larges pans de la population ne basculent pas dans la précarité. »
Le principal défaut du cabinet sortant, selon le site info.cz, était finalement son incapacité à présenter au public ses décisions et à faire face à la propagande massive et continue de l’opposition et de ses partisans.
Pour confirmer la bonne condition de l’économie locale, la revue Forum24.cz cite de son côté le magazine britannique The Economist selon lequel, elle se porte très bien à l’échelle mondiale, se classant sixième parmi les 36 économies les plus performantes. « C’est vraiment un miracle, d’autant plus que ces quatre dernières années, l’opposition radicale menée par le mouvement ANO a dépeint un tableau apocalyptique de l’économie tchèque sous le gouvernement sortant », indique la revue.
Inquiétudes face à la Nouvelle stratégie nationale de Donald Trump
S’agissant de l’agenda international, les médias tchèques retiennent tout particulièrement la Nouvelle stratégie nationale de Donald Trump. L’hebdomadaire Respekt indique que, depuis quelques jours, l’Europe tente de se remettre de la nouvelle gifle infligée par l’administration américaine :
« Dans un document de plus de trente pages, la Maison Blanche avertit que l’Europe est en crise et que si elle continue sur cette voie, elle cessera d’être un allié. Plus de six mois après le discours du vice-président J. D. Vance à la conférence de Munich, l’Europe est à nouveau, et cette fois officiellement, avertie que les Etats-Unis ne sont plus ce qu’ils étaient. La question de savoir ce qu’il est possible de faire à ce sujet est à nouveau plus urgente que jamais. »
« Donald Trump et ses collaborateurs n’auraient pas pu envoyer un message plus éloquent aux Européens pour qu’ils commencent à s’occuper davantage d’eux-mêmes ! » , renchérit le journal Hospodářské noviny :
« Ce document stratégique, qui, dans la diplomatie traditionnelle, servait à faire connaître aux alliés et aux ennemis les priorités à long terme du gouvernement, attaque les Européens libéraux, constitue à la fois une ingérence dans les affaires intérieures et une menace, et avertit que l’Amérique ne s’intéresse plus seulement à l’Europe, mais aussi au monde en général. Les Européens n’ont pas connu une telle attitude anti-européenne au plus haut niveau de la politique américaine depuis plus d’un demi-siècle. L’Europe se trouve à un tournant de son histoire et ne devrait pas se laisser dicter son destin. »
Dans le même esprit, Seznam Zprávy souligne :
« Le président américain Donald Trump a affirmé que l’objectif officiel de sa doctrine de sécurité était de maintenir une Europe faible et fragmentée. Une position en totale contradiction avec les intérêts fondamentaux de la République tchèque. »







