Primé à Annecy, le court-métrage tchèque Hurikán dans la shortlist des nominations aux Oscars

'Hurikán'

Le court-métrage d’animation Hurikán, du réalisateur tchèque Jan Saska, figure dans la shortlist des Oscars dans la catégorie « Meilleur court-métrage d’animation », a annoncé l’Académie. Un autre film tchèque est également retenu : I Died in Irpin, journal documentaire tchéco-ukrainien d’Anastasia Falilejeva sur les premiers jours de l’occupation russe. En revanche, le documentaire de Klára Tasovská consacré à la photographe Libuše Jarcovjáková ne figure pas dans la shortlist, contrairement à la coproduction tchèque Mr Nobody against Putin. Coproduction tchéco-franco-slovaque, Hurikán est un film de 13 minutes en noir et blanc, situé dans le quartier pragois de Žižkov. Il a remporté le Prix du public au Festival d’Annecy et a été saluée par la critique tchèque. Son réalisateur, Jan Saska, a confié au micro de Radio Prague Int. sa joie d’avoir franchi une étape vers les Oscars.

Jan Saska | Photo: Adam Kebrt,  ČRo

« Cela nous a fait énormément plaisir, c’est évident. Nous en sommes très heureux, parce que ce film a été réalisé dans des conditions assez difficiles, ou plutôt sa production a été exigeante. Le fait que le film ait vu le jour, et que les personnes qui y ont travaillé puissent aujourd’hui inscrire dans leur CV qu’elles ont participé à un projet qui est allé aussi loin que les Oscars, jusqu’à ce deuxième tour et que cela puisse éventuellement les aider dans leur carrière future c’est vraiment formidable. »

Pourquoi ce titre Hurikán, qui veut dire « ouragan » en français ?

Photo: MAUR film

« Hurikán, c’est le nom du personnage principal. Il porte ce nom parce que c’est un gars qui a un peu vécu ses meilleures années au début des années 1990, et qui y est resté coincé. Son surnom vient d’ailleurs de la chanson à succès de Dalibor, dans laquelle il se reconnaît. Il m’a semblé que cette chanson lui allait bien, parce que dans le texte, il est question d’un jeune gars qui vit à fond, qui pousse tout à l’extrême, mais qui finit par en payer le prix, et dont l’histoire ne se termine pas très bien. Il y a ce motif de quelqu’un qui poursuit quelque chose avec acharnement tout en étant en train de perdre : cela correspond bien au personnage de Hurikán, parce que c’est très souvent aussi l’arc narratif des aventures qu’il traverse. »

Le court-métrage se déroule dans le quartier de Žižkov à Prague ? Pourquoi l’avoir choisi comme toile de fond ?

'Hurikán' | Photo: MAUR film

« Le choix de Žižkov découle en fait d’une réflexion similaire : de la même manière que Hurikán est un écho de temps révolus, le quartier de Žižkov, à mes yeux, conserve encore une atmosphère bien à lui, qui disparaît peu à peu des autres quartiers de Prague. A mesure que Prague se gentrifie progressivement, Žižkov résiste encore. C’est pourquoi il m’a semblé que c’était un territoire qui lui convenait bien. C’est aussi un quartier connu pour le nombre de ses bars : je crois que, rien que dans la rue Bořivojova, il y en a énormément. La rue est longue, et il existe même une sorte de ‘sport’ qui consiste à la parcourir en s’arrêtant dans chaque bar pour y boire une bière : c’est un défi plutôt éprouvant ! »

Le film est en noir et blanc, pouvez-vous expliquer ce choix esthétique ?

« Nous partons de l’esthétique de la bande dessinée. Hurikán est à l’origine un personnage de BD, et les deux bandes dessinées étaient en noir et blanc. La seconde, en particulier, faisait déjà référence à l’esthétique du film noir. Cela nous a semblé être un très bon point de départ pour le court métrage aussi, parce que nous savions dès le départ que nous voulions faire basculer ce récit, situé en fin d’après-midi, vers la nuit. Cette esthétique des rues sombres, des néons allumés, des contrastes lumineux et du travail sur les ombres portées nous convenait donc parfaitement : ce sont précisément des attributs formels du film noir. Et puis, en l’ancrant aussi dans un léger registre rétro, on ajoute encore une autre couche qui aide à maintenir de manière cohérente cet univers visuel. »

'Hurikán' | Photo: MAUR film

Hurikán a remporté le Prix du public au Festival du film d’animation d’Annecy, une référence pour ce genre cinématographique, et donc on imagine, une belle récompense pour votre film…

« C’était vraiment une joie. C’est à Annecy, qui accueille le plus grand festival de cinéma d’animation au monde, que s’est d’ailleurs déroulée la première de notre film. Obtenir d’emblée le prix du public a été pour nous un excellent départ, ça a dépassé toutes nos attentes. De manière générale, nous sommes aussi très contents que la majorité des prix que le film a remportés dans les festivals aient été des prix du public : pour nous, c’est une récompense formidable. Nous y tenons beaucoup, parce que cela confirme que le film est compréhensible à l’échelle internationale. C’était justement un aspect que nous avons beaucoup travaillé pendant la production. D’un côté, nous voulions l’ancrer fortement dans un environnement local, et nous jouons d’ailleurs avec des éléments très locaux, comme le fait de chercher de la bière, de traîner un fût vide pour l’échanger contre un fût plein, et ainsi de suite. Autant de choses pour lesquelles nous nous demandions si elles seraient compréhensibles au-delà des frontières. En même temps, nous avons essayé de garder cela sous contrôle et de trouver le bon équilibre. Alors si ça a effectivement fonctionné, nous en sommes vraiment très heureux. »