Quinze ans depuis l'adhésion de la République tchèque à l'OTAN

Photo: ČTK

Le 12 mars 1999, la République tchèque, en même temps que la Pologne et la Hongrie, rejoignait l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, l’OTAN, alliance militaire entre les Etats-Unis, le Canada et la plupart des pays européens. Cette adhésion, dont est célébrée ce mercredi le quinzième anniversaire, signifiait surtout pour la République tchèque son ancrage dans le monde occidental. Depuis la dissolution du Pacte de Varsovie, actée à Prague en 1991, la raison d’être de l’OTAN et son rôle sont toutefois critiqués et l’alliance militaire est aujourd’hui l’un des enjeux géopolitiques autour de la crise politique qui secoue l’Ukraine.

De 150 000 soldats au début des années 1990, l’armée tchèque compte à présent près de 21 000 militaires, une force réduite mais qui s’inscrit dans le cadre d’une alliance militaire plus large, celle de l’OTAN. Annoncée en juillet 1997 lors du sommet de Madrid, l’adhésion de la Hongrie, de la Pologne et de la République tchèque à l’organisation atlantiste, effective le 12 mars 1999, a changé la donne géopolitique en Europe. Le président tchèque de l’époque, Václav Havel, grand partisan du rapprochement avec l’Ouest et les Américains, ne s’y est pas trompé :

« Jamais nous n’avons fait partie d’une alliance de défense aussi large, aussi forte et aussi obligeante et qui en même temps respecte notre indépendance, notre volonté, notre nation. »

Le président tchèque ajoutait :

« Après bien des années dramatiques d’existence de notre Etat, sa sécurité est désormais garantie et solide car il devient un membre solidaire de la sécurité de tout le monde américano-européen. »

Alexander Černý, photo: ČT24
Si cette adhésion semble aujourd’hui largement acceptée par la population tchèque, à en croire un sondage publié récemment, elle fait face également à certaines critiques. Accusée de servir les intérêts américains et de n’avoir plus de raison d’être depuis la fin de la Guerre froide, l’alliance serait aussi pour ses détracteurs un facteur d’instabilité plus que de résolutions des conflits.

En République tchèque, ce sont principalement les communistes qui élèvent la voix contre le projet atlantiste. Le président de cette formation, Vojtěch Filip, soutient l’idée d’une organisation de défense à l’échelle strictement européenne, quand un de ses collègues, le député Alexander Černý, conteste les apports de la participation tchèque à l’OTAN :

« Nous avons payé cette adhésion à un prix non négligeable principalement parce que, ces dix à quinze dernières années, nous avons construit notre armée, plutôt pour les besoins de cette alliance avec la mise en place de corps expéditionnaires qui ont aidé l’OTAN dans le cadre de différentes régions de tensions, qu’en prenant réellement en considération notre propre sécurité. »

L’élargissement progressif de l’alliance militaire à ses portes inquiète largement la Russie, des inquiétudes qui ne sont sans doute pas étrangères au comportement offensif de Moscou vis-à-vis de l’Ukraine, où un projet de loi sur l’adhésion à l’OTAN vient justement d’être déposé au parlement. La proposition du sénateur républicain et ancien candidat à la présidentielle américaine John McCain de réétudier la possibilité d’installer un « bouclier antimissile » en Pologne et en République tchèque n’apaise assurément pas la situation. Le ministre des Affaires étrangères tchèque, Martin Stropnický (ANO), a écarté cette option qui avait largement divisé la société tchèque :

Martin Stropnický, photo: ČTK
« Il faut d’abord rappeler qu’il était question du radar dans le cadre de la possible menace que constituaient l’Iran et son programme nucléaire. Dans ce sens, j’aurais tendance à prendre ce thème avec prudence. Et il faut également dire qu’il s’agit d’une technologie aujourd’hui dépassée. »

Depuis 1999, des soldats tchèques ont pris part à sept missions dans le cadre de l’OTAN. La participation à cette alliance atlantiste a aussi des implications financières. Selon ses statuts, les Etats membres s’engagent à dépenser au moins 2% de leur PIB dans le secteur de la défense. En 2013, la République tchèque a mobilisé 1,08% de son PIB dans ce domaine.