Révocation de la directrice de la Galerie nationale : le ministère de la Culture veut « changer de cap »
Le ministre tchèque de la Culture Oto Klempíř (Automobilistes) a démis de ses fonctions la directrice de la Galerie nationale de Prague Alicja Knast. La musicologue et conservatrice polonaise a dirigé la prestigieuse institution, qui fête ses 230 ans cette année, depuis 2021. Son mandat de six ans devait s’achever d’ici quelques mois.
C’est le quotidien indépendant Deník N qui a rapporté en premier l’information, jeudi après-midi. Relayée immédiatement par tous les médias, la révocation de la directrice a été par la suite confirmée par la porte-parole de la galerie et, quelques heures plus tard, par le ministre de la Culture : Oto Klempíř a déclaré sur Facebook que la galerie avait besoin d’un développement professionnel plus marqué et devait avoir l’ambition de se hisser parmi les principales institutions européennes du genre. « L’institution a vraiment besoin d’un vent de renouveau. Il est temps de changer de cap » a encore ajouté le ministre du parti automobiliste, dont la décision de réduire le budget alloué aux arts vivants a récemment suscité des remous sur la scène culturelle tchèque.
« Je suis surprise par cette décision, car les résultats de la Galerie nationale sont excellents. Notre fréquentation est en hausse et nous collaborons avec des institutions du monde entier », a déclaré, pour sa part, Alicja Knast, qui s’est également dite surprise par le comportement du ministre qui ne lui a pas annoncé sa décision personnellement.
L’ancien ministre de la Culture Martin Baxa (ODS) a, lui-aussi, critiqué son successeur Oto Klempíř pour cette « révocation silencieuse », tout en évoquant de possibles similitudes avec la situation en Slovaquie où, l’année dernière, la révocation des directeurs d’institutions culturelles importantes par la ministre Martina Šimkovičová a provoqué l’indignation d’une partie de l’opinion publique.
Toutefois, dans le contexte tchèque, le limogeage de la directrice de la plus ancienne institution culturelle du pays n’est pas vraiment surprenant.
Lorsqu’en 2021, Alicja Knast a pris les rênes de la galerie, en tant que troisième femme et première étrangère à ce poste, c’était pour elle un défi de taille.
Elle était censée stabiliser l’institution après une période difficile. Celle-ci avait débuté par la révocation du très respecté chef de la galerie Jiří Fajt, remplacé par deux directeurs intérimaires.
Confrontée aux obstacles liés à la pandémie de coronavirus, Alicja Knast a dû, en même temps, surmonter un handicap lié à la barrière linguistique et à sa connaissance insuffisante de la scène artistique locale. Une partie de celle-ci, a critiqué sa manière de gérer la galerie dès 2021, lorsque les artistes renommés tels que Jiří David, Jaroslav Róna ou František Skála, ont apporté eux-mêmes leurs œuvres au Palais des foires (Veletržní palác), principal lieu d’exposition de l’art contemporain, pour protester, soi-disant, contre « ses salles vides ».
Tout au long de son mandat, la directrice polonaise a été critiquée par de nombreux professionnels qui lui reprochaient de ne pas suffisamment profiter du potentiel de la Galerie nationale et ne pas la faire rayonner sur la scène artistique internationale, en y organisant des projets d’envergure, capables d’attirer le public tchèque et étranger.
La barre magique d’un million de visiteurs
Même si Alicja Knast s’est fixé comme objectif d’atteindre la barre d’un million de visiteurs, la réalité, pour l’instant, est tout autre : en 2025, la Galerie nationale a accueilli 555 000 visiteurs, soit environ 25 000 de plus que l’année précédente, mais toujours nettement moins qu’en 2018, où, sous la direction de Jiří Fajt, la fréquentation avait dépassé les 711 000 personnes.
« Au cours de ces cinq dernières années, la Galerie nationale a mis en place plusieurs exposition remarquables. Hélas, elles n’ont pas été réalisés et présentées de manière à dépasser le cadre de la République tchèque », estime Anežka Bartlová, rédactrice en chef du magazine d’art Artalk. Parmi les projets à succès, la presse nationale rappelle des expositions consacrées au sculpteur Aleš Veselý, à l’artiste contemporaine Eva Koťátková, à la photographe Libuše Jarcovjáková, ou encore au peintre baroque Petr Brandl, sans oublier les grands projets « Femmes, maîtresses, artistes 1300–1900 » et « L’École de Paris : artistes tchèques et Paris de l’entre-deux-guerres ».
LIRE & ECOUTER
Pour cette année anniversaire, où la Galerie nationale fête ses 230 ans d’existence, Alicja Knast a prévu deux expositions majeures : l’une sera consacrée aux grands noms du surréalisme tchèque tels Toyen, Jindřich Štyrský ou Jan Švankmajer, tandis que l’autre présentera la personnalité et l’époque de la reine Anne Jagellon.
Comme l’a récemment constaté Alicja Knast, soutenue sur ce point par la plupart des professionnels, le sous-financement de la Galerie nationale, dépendante entièrement du budget qui lui est alloué par le ministère de la Culture, reste le problème majeur.
« Bien sûr que le soutien de l’État est faible dans ce domaine. Je pense néanmoins que les 51 millions de couronnes (2 millions d’euros) alloués au programme d'expositions de cette année (comparé aux 110 millions de CZK – 4,4 millions d’euros – investis dans des expositions en 2019, ndlr) auraient pu être mieux investis », estime Jan H. Vitvar, journaliste culturel de l’hebdomadaire Respekt. Il remarque encore : « Si la directrice avait eu suffisamment d’énergie et d’inventivité, elle aurait pu imaginer plusieurs projets au lieu de deux grandes exposition et inviter au Palais des foires par exemple de jeunes artistes débutants (…).
Le ministère de la Culture a annoncé que la direction de la Galerie nationale serait assurée temporairement par Olga Kotková, jusqu’ici responsable des collections d’art ancien. Un appel à candidatures pour le poste de directeur devrait être lancé dans les prochains mois. Parmi les favoris à ce poste figure, selon les médias, Marek Pokorný, directeur de la galerie d’art contemporain PLATO d’Ostrava.







