Médias : à Prague, grande mobilisation pour un audiovisuel public à l’indépendace menacée

Plusieurs milliers de Tchèques ont défilé dans le centre de Prague, depuis la place de la Vieille-Ville jusque devant le bâtiment de la Radio tchèque, mardi 5 mai en fin d’après-midi, pour exprimer leur crainte de voir les médias de service public être transformés en un instrument de propagande politique. Organisée par le mouvement civique « Un million de moments pour la démocratie » (« Milion chvilek pro demokracii »), cette manifestation fait suite à la présentation du projet de loi visant à supprimer la redevance audiovisuelle et à transférer le financement de la Télévision tchèque et de la Radio tchèque vers le budget de l’État.

Photo: ČRo

Intitulée « Ne touchez pas aux médias », cette marche a commencé par un rassemblement sur la place de la Vieille-Ville auquel plusieurs dizaines de milliers de personnes, selon ses organisateurs, ont participé. Président de « Un million de moments pour la démocratie », mouvement à l’origine des grandes manifestations qui se sont tenues à Prague et ailleurs dans le pays ces derniers mois, Mikuláš Minář a appelé au retrait d’une loi qui, selon lui, vise à « nationaliser les médias de service public » et exigé que le gouvernement dirigé par Andrej Babiš cesse de vouloir mettre la main sur la Télévision tchèque (ČT) et la Radio tchèque (ČRo).

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Dans la foule, les participants ont pour leur part exprimé leurs craintes de voir disparaître « un traitement objectif de l’information » ou encore « des médias politiquement impartiaux et piliers de la démocratie ». Le cortège de manifestants a ensuite défilé dans le centre de Prague pour se rendre jusqu’au pied du bâtiment de la Radio tchèque où, depuis les fenêtres, plusieurs journalistes et employés les ont remerciés pour leur engagement en faveur de l’indépendance de l’audiovisuel public. Une liberté éditoriale dont l’opposition au gouvernement et les critiques du projet de loi estiment qu’elle serait remise en cause en cas d’adoption du texte.

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Présentée à la mi-avril par le ministre de la Culture, Oto Klempíř, membre du parti national-conservateur des Automobilistes, une des trois formations de la coalition gouvernementale formée par Andrej Babiš à l’automne dernier, la proposition vise notamment à modifier le mode de financement de ČT et de ČRo. Parmi les principales mesures envisagées, figure la suppression de la redevance versée chaque mois par les foyers et les entreprises comptant plus de 25 employés pour assurer le fonctionnement des deux institutions médiatiques.

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Si le gouvernement parvient à ses fins, le financement de ČT et de ČRo sera alors garanti par une subvention annuelle issue directement du budget de l’État. Le montant de cette subvention serait toutefois sensiblement inférieur, globalement d'environ 57 millions d’euros, aux budgets dont les deux médias disposent actuellement.

Bien que son entrée en vigueur soit espérée par le cabinet dès 2027, le projet en question, vivement critiqué par de nombreux experts pour la faible qualité de sa préparation, n’est en toutefois pour l’heure encore qu’en phase de procédure de consultation. Compte tenu de la longueur de la procédure législative et des nombreuses obstructions annoncées par les partis de l’opposition à la Chambre des députés, il est donc peu probable qu’il puisse être adopté avant la fin de cette année.

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Il y a peu, après avoir rencontré le directeur de ČT, et tout en ayant affirmé à plusieurs reprises déjà que les Tchèques n’avaient « pas à s’inquiéter pour l’indépendance des médias », Andrej Babiš lui-même a d’ailleurs admis qu’il « ne [doutait] pas que ce débat [durerait] toute l’année ».

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En attendant, donc, de voir quelle suite sera donnée par le gouvernement et son chef à l’évaluation du projet de loi ou encore le résultat auquel aboutiront les négociations en cours entre les syndicats de ČT et de ČRo et le ministre de la Culture, les responsables de « Un million de moments pour la démocratie » ont d’ores et déjà annoncé, mardi, que de nouvelles marches pour la défense de l’audiovisuel public se tiendraient dans les chefs-lieux des douze autres régions du pays le 17 mai prochain. Celles-ci seront suivies d’une nouvelle manifestation à Prague une semaine plus tard, cette fois devant le siège du gouvernement.

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