Revue de presse : Václav Havel, la dernière personnalité qui a su unir les Tchèques

Václav Havel sur la place Venceslas en novembre 1989, photo: MD, CC BY-SA 3.0

Cette nouvelle revue de presse propose des remarques et des observations liées au 90e anniversaire de la naissance de l’ancien président tchèque Václav Havel. Elle revient également sur les réactions à l’absence annoncée du président Petr Pavel aux élections municipales. Deux autres sujets sont au menu : les coupes budgétaires prévues par la TV tchèque et les forêts menacées par le scolyte.

Le 90e anniversaire de la naissance de Václav Havel, le 5 octobre, offre l’occasion de réfléchir à ce qu’il nous a apporté, à ce qui nous manque de lui et à ce dont il nous inspire. Et de constater, comme l’a fait l’éditorialiste de l’hebdomadaire Respekt, qu’« il a beaucoup fait pour nous » :

« Il n’y a pas suffisamment de personnalités de la vie publique pour défendre les principes sur lesquels la République a été fondée et qui ont fait sa force durant ses meilleures années. Le fonctionnement des réseaux sociaux détruit les personnalités de la vie publique, ce qui rend beaucoup plus difficile pour elles de s’imposer et d’acquérir une autorité plus large. Mais regretter l’absence de Václav Havel ne servirait à rien. Lui-même ne s’est jamais apitoyé sur son sort. Il cherchait des moyens de rassembler le meilleur de chacun pour améliorer la situation du pays. »

« Il s’avère qu’interpréter Havel est une entreprise extrêmement dangereuse. C’est un sujet sensible, voire explosif, et surveillé de toutes parts de diverses manières, comme s’il s’agissait d’un saint. Inutile sans doute de préciser qu’il n’était en rien un tel saint et que cette idée lui aurait certainement paru absurde », lit-on dans le quotidien Hospodářské noviny, qui indique également :

« Lors d’une récente manifestation à Prague, les gens ont invoqué les valeurs de Havel, son courage, sa droiture, ses prises de position et ses orientations. Son caractère conciliant nous manque certainement, tout comme son intérêt pour le fond et le résultat plutôt que pour les manœuvres politiques, son côté populaire et, en même temps, sa profondeur philosophique, voire spirituelle. Peut-être nous manquent-elles aussi, ses réflexions et ses discours, dont nous sommes privés depuis lors de la part des responsables politiques. »

Le journal Echo24.cz remarque pour sa part que, parmi les personnalités de l’après-Novembre 1989, seul Václav Havel a atteint, dans la vie publique, une telle stature que l’on commémore les anniversaires importants qu’il n’a pu fêter. « Bien qu’il nous ait quittés il y a déjà quinze ans, son héritage, ou peut-être son héritage supposé, reste présent dans l’espace public », indique-t-il.

« Au cours des quinze dernières années, toute une génération a grandi sans avoir connu Václav Havel, ni en tant que chef d’État ni en tant que personnalité publique », constate l’auteur d’un texte publié sur le site Seznam Zprávy. Or, ce sont précisément ces jeunes qui, selon un récent sondage de l’agence STEM, perçoivent l’héritage politique de Havel de la manière la plus positive. Leur jugement, selon lui, s’appuie sur les textes et les pièces de théâtre de l’écrivain et dramaturge Havel, sur ses idées politiques, mais aussi sur l’image que la société tchèque s’est forgée de lui au fil du temps.

« Les extrémistes tentent d’utiliser le nom du premier président après la chute du régime communiste pour diviser la société. En réalité, Václav Havel a été la dernière personnalité qui a su véritablement nous unir », signale le journal Deník N. Et de remarquer :

« Il nous a quittés il y a quinze ans et nous avons alors perdu un homme d’État, un penseur et un visionnaire hors du commun. Heureusement, ses idées sont restées. Les archives en regorgent et beaucoup d’entre elles sont bien plus intéressantes que le simple slogan sur la vérité et l’amour dont tout le monde se souvient. »

Critiques de l’absence du président Petr Pavel aux élections municipales

Le président Petr Pavel ne participera pas aux élections municipales, car il avait prévu de partir en vacances. Sa décision est largement critiquée tant par des politiciens de la coalition gouvernementale que, prudemment, par une partie de l’opposition. Elle fait également couler beaucoup d’encre dans les médias. Pour le journal Deník N, « cette nouvelle, en apparence anodine, revêt en réalité une grande importance. Symboliquement, il s’agit en effet d’un message négatif, et ce pour plusieurs raisons » :

Petr Pavel | Photo: Tomáš Tkáčik,  SOPA Images/Reuters

« La principale et la plus importante est le fait que le président envoie le signal que le vote n’est pas si important que cela. Ce qui, à une époque où la participation aux différentes élections en République tchèque augmente progressivement, semble pour le moins bizarre. D’autant plus que Petr Pavel n’a jusqu’à présent manqué aucune occasion de souligner l’importance de l’engagement citoyen, dont la participation aux élections fait sans aucun doute partie. Il est d’ailleurs le seul homme politique tchèque à bénéficier de la confiance de la majorité des Tchèques, comme le montrent depuis longtemps les enquêtes. Si quelqu’un doit donc montrer l’exemple, c’est bien lui. Par ailleurs, le chef de l’État occupe toujours, dans ce pays, une position quelque peu privilégiée. »

Le journal suppose que la participation de Petr Pavel aux élections n’aurait probablement pas attiré beaucoup de monde aux urnes. « Mais le rôle du président ne se limite pas à des pouvoirs formels, il devrait également avoir une portée sociale. Dans ce cas précis, il s’agit de prendre part à ce rituel démocratique fondamental, même si cela devait lui coûter, par exemple, ses vacances de rêve », souligne-t-il avant de rappeler la phrase que le président avait prononcée avant les dernières élections législatives : « Si vous n’allez pas voter, acceptez le fait que d’autres décideront à votre place et à votre sujet. »

« Même si elle est symbolique, cette erreur n’est pas vraiment négligeable », renchérit le journal en ligne Forum24.cz. D’après ce qu’il écrit, la décision prise par le chef de l’État, qui met entre autres en évidence les imperfections de son équipe, n’aurait vraiment pas dû être prise. Les critiques à ce sujet sont donc justifiées, même si cela déplaît à une partie des partisans du président.

Les coupes budgétaires prévues par la TV tchèque

La Télévision publique tchèque prévoit des économies de 350 millions de couronnes pour l’année prochaine, soit 4 % de plus que cette année. Le site Seznam Zprávy rapporte qu’elle envisage, à cette fin, de licencier du personnel, de supprimer certaines émissions et de ne pas participer, par exemple, au concours Eurovision de la chanson :

Photo: Jaroslav Fikota,  ČT

« La direction de la télévision publique justifie ces coupes budgétaires par la nécessité de se préparer à la modification prévue du financement des médias de service public que le gouvernement d’Andrej Babiš a promise à ses électeurs. Même si la coalition n’est plus en mesure de respecter le calendrier initial de la suppression de la redevance, envisagée à partir de janvier 2027, elle n’a pas pour autant totalement renoncé à son intention. L’objectif des économies, selon le directeur général Hynek Chudárek, est de constituer une réserve et de préparer la Télévision tchèque à l’incertitude liée au financement futur, sans pour autant restreindre brutalement le service public. »

La Tchéquie doit-elle s’attendre à une nouvelle invasion du scolyte ?

Le magazine Reflex fait état du fait que les forêts du pays se remettent actuellement progressivement de la catastrophe liée au scolyte, la plus importante de l’histoire, survenue entre 2018 et 2022. Durant cette période, des dizaines de millions de mètres cubes de bois infesté par le scolyte ont été abattus et des milliers d’hectares de forêt ont été déboisés en Tchéquie. « Sa cause principale, bien qu’elle ne soit pas la seule, était le manque d’humidité au cours des années précédant la catastrophe, qui a affaibli la résilience des peuplements forestiers, notamment ceux composés d’épicéas », précise-t-il avant d’ajouter :

Photo: Jitka Cibulová Vokatá,  ČRo

« Une évolution météorologique similaire, avec un déficit hydrique encore plus important, s’est produite cette année également, ce qui a considérablement accru le risque d’une calamité due au scolyte l’année prochaine. Dans tous les cas, l’évolution des conditions météorologiques au printemps prochain sera déterminante. Si les conditions climatiques permettent alors le développement de deux ou trois générations de ce ravageur, une calamité est très probable. »

Le magazine rapporte que cela aurait des répercussions même sur le grand public. Il explique pourquoi :

« La fréquentation des forêts ne cesse de croître ces dernières années. Mais si l’on assiste à des interventions nécessaires pour lutter contre le scolyte, l’accès à la forêt sera restreint à de nombreux endroits pour des raisons de sécurité des visiteurs. La déforestation aura également des répercussions négatives sur les cueilleurs de champignons, en particulier ceux qui récoltent des champignons symbiotiques avec les arbres et qui ne poussent qu’aux endroits où se trouvent leurs partenaires forestiers. D’ailleurs, selon les statistiques tchèques, la cueillette des champignons et des fruits des bois a globalement diminué au cours des années de la dernière calamité due au scolyte, par rapport à la situation habituelle. Mais ce sont les propriétaires forestiers qui devraient subir les conséquences les plus graves d’une nouvelle calamité causée par le scolyte. »