Roman Kreuziger sera-t-il un jour le premier coureur tchèque vainqueur du Tour de France ?

Roman Kreuziger, photo: CTK

Roman Kreuziger sera le seul coureur tchèque qui prendra le départ du Tour de France, samedi prochain, à Brest. Roman Kreuziger, un coureur présenté non seulement comme l’un des grands espoirs du cyclisme tchèque mais aussi du peloton professionnel, et ce plus encore depuis sa récente victoire au Tour de Suisse.

Roman Kreuziger, photo: CTK
Il fallait voir le nombre de journalistes présents à sa conférence de presse organisée à Prague, la semaine dernière, deux jours après sa victoire dans le Tour de Suisse, pour bien comprendre qu’un phénomène est en train de voir le jour. Là où ils n’étaient que quelques-uns il y a encore quelques mois, ils étaient cette fois une bonne vingtaine venus donc s’intéresser de plus près à ce Roman Kreuziger. Depuis la victoire de Jan Svorada au sprint sur les Champs-Élysées à l’arrivée du Tour de France 2001, plus aucun autre coureur tchèque n’avait fait les titres de la presse sportive locale. Mais à deux semaines du départ de la Grande Boucle, les médias et le public tchèques se sont soudainement découverts un nouveau champion. Dans un pays où seuls le cyclo-cross et les performances du vice-champion du monde Zdenek Stybar suscitent un peu d’attention l’hiver, cet intérêt nouveau pour le cyclisme représente même presque une deuxième victoire pour Roman Kreuziger.

En remportant la 74e édition du Tour de Suisse à seulement 22 ans, le Tchèque a signé une performance de choix, succédant au palmarès de la course à étapes à quelques-uns des plus grands noms de l’histoire du cyclisme. Une victoire qui a fait suite à sa deuxième place obtenue en mai dernier au Tour de Romandie et qui a confirmé que Roman Kreuziger était bien l’un des grands espoirs annoncés du peloton professionnel.

Samedi prochain, à Brest, le coureur de l’équipe italienne Liquigas prendra le départ de son premier Tour de France. Après la Vuelta à l’automne dernier, il ne s’agira pour Kreuziger que du deuxième grand tour de sa carrière. Sur les routes de France, le jeune Tchèque aura donc tout à découvrir, comme il l’admet lui-même :

« Le Tour est pour moi quelque chose de complètement nouveau. A part ce qu’on m’en a dit et raconté, je ne connais pas la course. Il est donc difficile pour moi d’avoir un objectif autre que celui d’apprendre et d’emmagasiner de l’expérience pour les années futures. J’ai tout à découvrir et c’est pour cette raison que je vais prendre les étapes les unes après les autres. Certains veulent faire de moi un candidat à un bon classement, mais on verra sur place comment la course se passe. »

En Suisse, Roman Kreuziger s’est adjugé le délicat contre-la-montre en côte long de 25 kilomètres dont l’arrivée était jugée au sommet du col de Klausen, à près de 2000 mètres d’altitude. Le Tchèque a ainsi relégué à 16’’ le grimpeur vénézuélien Jose Rujano, à 17’’ Andreas Klöden, deuxième du Tour de France en 2004 et 2006, et à plus d’une minute le Luxembourgeois Frank Schleck, annoncé comme l’un des favoris du Tour. Coureur au style élégant, Kreuziger a non seulement éclaboussé de toute sa classe le chrono décisif qui lui a permis d’endosser le maillot jaune la veille de l’arrivée de la course à Berne mais aussi une nouvelle fois démontré ses qualités de rouleur-grimpeur. Un profil qui est généralement celui des vainqueurs potentiels des longues épreuves de trois semaines que sont les tours de France, d’Italie et d’Espagne, comme en convient le père de Roman Kreuziger, Roman Kreuziger senior. Ancien très bon coureur de cyclo-cross, médaillé de bronze aux Championnats du monde en 1987, le père veille en effet au plan de carrière de son fils.

« Oui, c’est vrai que Roman possède un profil pour réussir dans les courses à étapes comme il l’a démontré en Suisse. Mais pour l’instant, son désavantage reste l’âge, l’expérience jour un rôle primordial dans ce type de courses. La maturité fait la différence, et plus particulièrement sur le Tour de France, où c’est généralement la troisième semaine qui décide. Roman sera donc cette année sur le Tour essentiellement pour apprendre. Mais bien sûr, s’il peut faire quelque chose, ce ne sera que du bonus. »

Roman Kreuziger avec son père, photo: CTK
S’il est d’accord avec son père, Roman Kreuziger estime également qu’il lui manque encore autre chose pour rivaliser avec les ténors du peloton, notamment dans les contre-la-montre, un exercice dans lequel certains observateurs estiment pourtant qu’il pourrait espérer bien figurer, même sur le Tour :

« En plus de l’expérience, ce qui me manque, c’est la résistance pour les trois semaines de compétition que les coureurs obtiennent vers 25-26 ans. C’est pour ça que je pense ne pas pouvoir encore espérer grand-chose dans les longs contre-la-montre. La saison dernière, j’y ai perdu beaucoup de temps, j’espère donc avoir progresser dans ce domaine cette année pour moins souffrir. »

Si Roman Kreuziger s’estime logiquement encore un peu juste pour espérer bien figurer au classement général, en revanche, une victoire d’étape semble constituer un objectif plus dans ses cordes, tout comme le maillot blanc, qui récompense le meilleur coureur de moins de 25 ans.

« Le maillot blanc ? Oui, ça peut être un objectif. Bien entendu, si l’opportunité se présente, j’aimerais pouvoir me mêler à la lutte même si, encore une fois, tout dépendra de mon état de forme pendant la troisième semaine de course. Mais si ce n’est pas cette année, il y aura d’autres Tours de France, j’ai encore un peu de temps devant moi. Et puis je n’oublie pas non plus qu’un coureur comme Andy Schlek sera aussi un sérieux candidat. »

Roman Kreuziger, photo: McSmit, CC BY-SA 3.0
Quelques soient ses résultats, une chose est sûre cependant : un coureur tchèque participera donc au Tour de France 2008 après une édition 2007 marquée par leur totale absence. Pour Roman Kreuziger, parti en Suisse dès l’âge de 15 ans pour suivre sa formation de coureur d’élite, il ne s’agit pas là d’une situation particulière tant les Tchèques sont peu nombreux dans le peloton professionnel. Mais il est aussi bien conscient qu’une attention particulière sera portée à son égard :

« Le fait que je sois le seul Tchèque sur le Tour n’est ni un avantage ni un désavantage. Bien sûr, j’aurais préféré qu’il y ait d’autres Tchèques avec moi dans le peloton. Mais d’un seul coup, depuis ma victoire en Suisse, il y a un intérêt médiatique supplémentaire en Tchéquie autour de mes performances, je l’ai bien senti quand j’y ai passé quelques jours. Ca fait plaisir et j’espère qu’on verra des supporters et des drapeaux tchèques dans les montagnes françaises. »

Et une fois les Pyrénées et les Alpes passées, ne restera alors plus à Roman Kreuziger qu’à espérer voir des drapeaux tchèques aussi sur les Champs-Élysées.