Ruth Zylberman : être dissident, c’est être libre comme on respire

Dissidents. Les artisans de la liberté.

Ce lundi, la réalisatrice française Ruth Zylberman présente, à l’Institut français de Prague, son documentaire intitulé « Dissidents. Les artisans de la liberté ». Le film évoque, à travers des images d’époque et des témoignages recueillis vingt ans après la chute du mur de Berlin, le mouvement d’opposition contre le régime communiste dans trois pays : en Tchécoslovaquie, en Pologne et en Hongrie. De nombreux « conspirateurs de la liberté », Anna Šabatová, Petr Uhl, Karol Modzelewski, Miklos Haraszti, pour les plus connus, se sont confiés à Ruth Zylberman.

Ruth Zylberman, photo: www.ifp.cz
R. Z. : « Ce qui me paraissait intéressant dans le film, c’est la circulation clandestine de la pensée qui unissait souterrainement ces pays. J’étais consciente que chaque pays avait sa singularité politique : par exemple la Pologne est un pays extrêmement catholique contrairement à la Tchécoslovaquie de l’époque. En même temps, j’avais le sentiment très fort qu’il y avait un mouvement historique commun. Ce qui arrivait en 1956 à Budapest avait évidemment des répercussions en Pologne et en Tchécoslovaquie, le Printemps de Prague avait, bien entendu, des répercussions sur ce qui se passait en Pologne. Finalement, tout cela constituait une sorte de mouvement historique intériorisé. Ce mouvement lourd de l’histoire, on pouvait le penser de façon globale. C’est ce que j’ai essayé de restituer dans le film : ce mouvement à la fois intellectuel et affectif et, en même temps, quelque chose d’assez simple qui unissait ces personnes (et cela me frappait quand je les rencontrais) : la volonté d’être libres comme on respire. »

La question comment devient-on libre, à quel prix, c’est une des questions fondamentales que pose votre film. Avez-vous trouvé une réponse, pour vous ?

Dissidents. Les artisans de la liberté.
R. Z. : « Je me suis toujours intéressée à l’histoire du communisme, à l’histoire d’Europe centrale. Je voulais faire connaître cette page cruciale de l’histoire aussi au public français, car c’est une histoire toujours assez méconnue en France. En même temps, j’étais guidée par cette question plus existentielle de savoir comment est-ce qu’on surmonte la peur, comment est-ce qu’on résiste ? C’est un mystère qui animait ces rencontres avec les gens que j’ai pu croiser… Je ne sais pas si j’ai trouvé une réponse. Ces gens-là ne s’érigent absolument pas en modèles ! Ils ne jouent pas aux héros. Ce qui me frappe, c’est cette sorte d’évidence : ce n’est pas possible comme ça. En dehors des grandes théories, en dehors des grands espoirs. Alors est-ce que moi-même, confrontée à l’oppression… ou même pas à l’oppression ! Je pense que ce désir de liberté et d’indépendance, on peut même le retrouver dans une société démocratique. Est-ce que moi-même, j’aurais cette volonté d’être libre comme on respire ? Je ne sais pas... Mais en tout cas, cela ouvre des pistes de réflexion et c’est quelque chose d’extrêmement actuel pour moi. »

Le film « Dissidents. Les artisans de la liberté », diffusé en mai dernier sur la chaîne ARTE, sera présenté dans quinze jours en Pologne. La cinéaste et historienne Ruth Zylberman sera l’invitée d’une de nos prochaines émissions.