Saint Venceslas : un film muet qui ranime la polémique sur le saint patron des Tchèques

Saint Venceslas

Pour fêter la Saint-Venceslas et aussi le Jour de l’Etat tchèque tombés ce mardi 28 septembre, le public du Rudolfinum de Prague et aussi les spectateurs de Česká televize (Télévision publique tchèque) ont pu assister à la première moderne d’un film réalisé à la fin des années 1920. Cette œuvre créée par les cinéastes tchèques pour rendre hommage à Venceslas, saint patron de Bohême ayant vécu au Xe siècle, peut être considéré aussi comme une contribution à la polémique sur le rôle de ce duc dans l’histoire de notre pays.

Saint Venceslas
C’est la musique composée par Oskar Nedbal et Jaroslav Křička et interprétée par l’Orchestre symphonique de la radiodiffusion tchèque qui a accompagné la première de la copie restaurée du film qui est un phénomène rarissime dans l’histoire du cinéma tchèque. Le film intitulé « Saint Venceslas » dont les producteurs ont réussi à réunir 6 millions de couronnes, un budget énorme pour l’époque, est le premier grand film historique tchèque. De grands effectifs sont mobilisés, des décors monumentaux sont construits, une distribution internationale de qualité est réunie et pourtant ce projet peut être considéré comme un échec éclatant. La première de cette fresque historique conçue pour célébrer le millénaire de saint Venceslas en 1929, n’a lieu qu’en 1930 et ce film muet ne peut pas se mesurer avec les premiers films parlants qui font sensation à ce moment-là. Et pourtant, selon le directeur des Archives tchèques du film Vladimir Opěla, le travail des cinéastes a été sérieux :

Saint Venceslas
« Je dirais que les cinéastes ont essayé de réaliser un grand film historique. Ils cherchaient à respecter l’état des recherches historiques de leur temps ce qui s’est manifesté par le fait qu’ils ont apporté le plus grand soin au choix des costumes, à la réalisation des décors extérieurs, etc. »

Saint Venceslas
Depuis un millénaire Saint Venceslas réunit le peuple tchèque et le soutient dans les moments historiques difficiles. Paradoxalement Venceslas divise également la société tchèque entre ceux qui le considèrent avant tout comme un saint et ceux qui soulignent surtout son rôle historique dans la naissance de la nation tchèque. En réalisant le film, les cinéastes ont été obligés de choisir entre diverses interprétation du rôle de saint Venceslas dans la vie politique et religieuse du peuple tchèque et ont du sans doute résister à de diverses pressions politiques. Jaroslav Šebek, de l’Institut d’histoire de l’Académie des Sciences tchèques, décèle chez les créateurs du film l’effort de protéger leur indépendance idéologique :

Saint Venceslas
« Je dirais qu’il y avait un effort de mettre l’accent sur l’authenticité et d’éviter tous les jugements politiques sur saint Venceslas. Les cinéastes en collaboration avec l’Académie des Sciences ont donc tâché de montrer Venceslas comme un symbole d’union non seulement en tant que saint mais aussi en tant que prince. En même temps ils voulaient éviter que les partis politiques, et notamment les partis cléricaux, exercent une influence sur le film. C’est pourquoi il y avait l’effort de respecter surtout les faits historiques et non pas la légende du saint.»

Saint Venceslas
Si le résultat de ce travail délicat n’est pas convaincant, c’est en partie la faute du réalisateur Jan Stanislav Kolár qui manque d’expérience, mais aussi de l’échec du projet de sonorisation du film qui finalement ne sera pas réalisée, faute d’argent.

Photo: CTK
Ce mardi, le public de Rudolfinum a pourtant beaucoup applaudi la première moderne de cette œuvre controversée. Elle illustre d’une façon bien pittoresque une étape de la polémique autour de saint Venceslas, polémique liée avec l’existence même de la nation tchèque et qui semble loin d’être terminée.