Sans les Tchèques, Zidane ne serait pas le même Zizou !

Zinédine Zidane

Retour ultra-médiatisé sur le devant de la scène cette semaine pour Zinédine Zidane, nommé sélectionneur national de l’équipe française de football. Mais connaissez-vous ses liens avec la Tchéquie ?

Zinédine Zidane l’a rappelé mardi : l’équipe de France, il la connaît depuis son enfance, ayant intégré les rangs des Bleus depuis la catégorie des minimes. Mais c’est évidemment son premier match dans l’équipe A qui est entré dans la légende – et cette première apparition sur le terrain se fait le 17 août 1994 en match amical contre… les Tchèques.

Il ne s’agit que de la cinquième rencontre officielle disputée par la nouvelle équipe tchèque, un peu plus d’un an et demi après la partition de la Tchécoslovaquie.

Eric Cantona est encore le capitaine des Bleus, qui entament très mal le match et prennent deux buts en fin de première mi-temps signés Tomáš Skuhravý et Jan Stejskal.

Mais en cette soirée estivale à Bordeaux, c’est le meneur de jeu des Girondins qui va écrire le début d'une des plus belles histoires du football français : ZZ remplace Corentin Martins à la 63e minute, inscrit une vingtaine de minutes plus tard un magnifique premier but du pied gauche puis un autre de la tête deux minutes après sur corner – une entrée déterminante et inoubliable, des débuts fracassants, le tout sous les yeux d’Aimé Jacquet nommé sélectionneur national moins d’un an avant.

Cette sélection tchèque et les étoiles montantes qui la composeront par la suite ne porteront pas toujours chance à celui qui portera le numéro 10 des Bleus. Dès 1996, il y a 30 ans, les deux équipes se retrouvent en demi-finale de l’Euro. Après un pénible 0-0 jusqu’au bout de la prolongation, Zidane entame la série de tirs-au-but.

Il marque, tout comme Djorkaeff, Lizarazu, Guérin et Blanc. Même chose côté tchèque, avec notamment Kubík, Nedvěd, Berger et Poborský. La victoire des Tchèques est scellée par Kadlec après l’arrêt de Kouba sur le tir de Pedros – une mort subite pour les Bleus, qui remporteront leur première coupe du monde deux ans après cet échec.

Zidane, Panenka et… Švejk

Le tir au but est bien sûr l’un des autres liens entre Zidane et les Tchèques. Avant le coup de boule infligé à Materazzi, la légende ZZ est évidemment marquée par une panenka inouïe, tentée et réussie, face au meilleur gardien du moment, l’Italien Buffon, en finale de la coupe du monde en 2006 à Berlin.

Interrogé sur nos ondes il y a quelques années, l’inventeur de la panenka, la légende vivante du football tchèque Antonín Panenka, avait commenté ce geste du numéro 10 français :

« Il a eu beaucoup de chance, elle a touché la transversale, 20 cm de plus et elle sortait ! Mais je crois qu’il est le premier à l’avoir imité en match officiel. Il ne l’a pas frappée de manière idéale mais le principal est qu’elle soit allée au fond. Donc honneur à lui de l’avoir tentée ! Zidane était un joueur exceptionnel et à juste titre désigné comme l’un des plus grands joueurs de l’histoire. »

Pour l’ancien défenseur italien Fabio Cannavaro, pour faire ça en finale comme l’ont fait Antonín et Zinédine, « il faut soit être un fou soit être un champion ».

Plus récemment, le moustachu le plus célèbre du football mondial est revenu sur sa géniale invention de la pichenette comme manière de tirer un pénalty, à l’occasion du 50e anniversaire de la toute première panenka qui a permis à la sélection tchécoslovaque de devenir championne d’Europe en 1976.

Antonín Panenka a employé un mot sur ce qui s'est passé le 20 juin 1976 à Belgrade, et pas n’importe lequel : « Prostě mě rajcovalo, že udělám takovou švejkovinu » (Tout simplement, ça m'excitait de faire une telle švejkovina).

Il y a des mots qui n'ont pas de traduction exacte parce qu'ils contiennent tout un univers. Švejkovina est de ceux-là. On pourrait dire : ruse du faible, malice feinte, esquive par le bas, désinvolture armée. Mais aucune de ces formules ne rend vraiment compte de ce que le mot tchèque porte avec lui – cette façon particulière de désarmer l'adversaire non pas par la force mais par l'absurde, de gagner en ayant l'air de ne pas jouer sérieusement, de retourner la puissance contre elle-même avec un sourire en coin. Pour comprendre švejkovina, il faut lire Jaroslav Hašek.

Photo: Petr Kotyk,  Monument de la littérature nationale

Ce mot, lancé avec la légèreté d'une évidence, change pas mal de choses. Il ne décrit pas seulement un geste technique. Il le situe dans une tradition, dans une culture, dans une littérature. Et cette littérature a un nom : Les Aventures du brave soldat Švejk, chef d’oeuvre de Jaroslav Hašek, publié entre 1921 et 1923, inépuisable source d'une certaine façon tchèque d'être au monde.

Zidane passeur décisif à Strahov

Jaroslav Hašek | Photo: Wikimedia Commons,  public domain

Quelques années auparavant, Jaroslav Hašek a vécu au 363, rue Palacký, à Vršovice, aujourd'hui Moskevská 363/33. Cet appartement a joué un rôle déterminant dans la vie de Jaroslav Hašek. À l'automne 1911, il s'y installa avec son épouse, Jarmila. C'est également là que naquit, en avril 1912, leur fils unique, Richard. La même année, le club de foot du quartier – qui deviendra les Bohemians de Panenka – fut aidé par son premier mécène (dont on reparlera bientôt), ce qui facilitera la future construction quelques mètres plus bas du stade Ďolíček où la panenka finira par être inventée plusieurs décennies après.

Photo: Alexis Rosenzweig,  Radio Prague Int.

Du foot à la littérature il n’y a souvent qu’un pas, allègrement franchi par ce monument de la culture nationale qu’est Jaroslav Hašek. Dans son recueil intitulé Vesele o novinách a novinářích (qui, sauf erreur, n’a pas été traduit en français), il est aussi question de ballon rond, notamment dans la nouvelle intitulée Ofsajd (hors-jeu).

'Ofsajd' | Photo: Alexis Rosenzweig,  Radio Prague Int.

C’est contre un autre club de ce même quartier de Vršovice, le Slavia, que Zidane a joué et gagné à Prague en 1996 avec les Girondins - deux mois avant la demi-finale de l’Euro perdue contre les Tchèques avec la France - dans une demi-finale de la coupe UEFA. Zidane est passeur décisif sur le seul but du match inscrit par Christophe Dugarry dans le stade Evžen Rošický.

Dans les rangs du Slavia figuraient déjà plusieurs joueurs – Radek Bejbl, Vladimír Šmicer et Karel Poborský – qui figureront encore dans la sélection tchèque battue à l’Euro 2000 par Zizou et les Bleus imbattables de l’époque.