« Semaine sainte à Terezín »

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Les destins d’une quarantaine de jeunes infirmières pragoises parties au mois de mai 1945 dans le camp de concentration de Terezín pour y soigner des malades atteints de typhus épidémique viennent de sortir de l’oubli grâce aux témoignages de celles qui n’ont pas hésité à s’y rendre et qui en fournissent aujourd’hui un témoignage dans le livre intitulé « Semaine sainte à Terezín. »

Le camp de concentration de Terezín
La Gestapo prend le contrôle de Terezín en juin 1940 et installe une prison dans la Petite forteresse datant de 1780. En novembre 1941, la Grande forteresse, à son tour, est transformée en ghetto muré servant de façade pour cacher l’opération d’extermination des Juifs. Pour le monde extérieur, Terezín est présenté comme une « colonie » juive modèle. A l’intérieur, il s’agit d’un camp de concentration. C’est lors de la conférence de Wannsee, en janvier 1942, que le double statut de Terezín – camp de transit des Juifs acheminés vers les camps de la mort et ghetto pour les Juifs du Reich âgés de plus de 65 ans où ils disparaîtraient d’eux-mêmes et pour les Juifs de renom (les « Prominenten ») : artistes et savants, est officialisé. Le camp renferme aussi les cas dits « spéciaux » des lois de Nuremberg – mariages mixtes, demi-Juifs. Durant les quatre ans d’existence du camp, sept nationalités y sont internées : Tchèques, Allemands, Autrichiens, Néerlandais, Danois et, à la fin de la guerre, des Slovaques et des Hongrois. Les conditions de vie sont extrêmement difficiles à Terezín, la nourriture est rare, 16 000 personnes meurent de faim, en 1942.

Le déportation à Terezín
En 1943, 500 Juifs du Danemark sont déportés à Terezín et leur arrivée aura une conséquence importante. Le gouvernement danois insiste pour que la Croix- Rouge ait accès au ghetto. Les nazis sont contraints d’autoriser la visite de la Croix-Rouge pour démentir aux yeux du monde les rumeurs à propos de l’existence d’un camp d’extermination. Cela aura une conséquence tragique : pour minimiser la surpopulation du camp, un grand nombre de Juifs sont alors déportés à Auschwitz. Avant la visite de la Croix-Rouge, les déportés danois sont installés par trois dans des pièces. Des faux magasins sont construits. Les invités assistent à la représentation de l’opéra pour enfants, Brundibar, du compositeur tchéco-allemand interné à Terezín, Hans Krása. Le camouflage des nazis est presque parfait au point qu’un film de propagande y est tourné, en février 1944, sous la direction de Kurt Gerron. La vérité est tout autre : des 145 000 Juifs déportés à Terezín, 33 430 personnes – soit un quart d’entre eux, sont mortes sur place, à la suite des mauvaises conditions hygiéniques, de sous-alimentation, de maladies, du stress et d’une épidémie de typhus à la fin de la guerre. Pour 88 000 Juifs, Terezín sert de transit avant leur déportation vers Auschwitz et d’autres camps d’extermination.

Juste avant la fin de la guerre, 15 000 rescapés des marches de la mort et des camps de concentration liquidés devant le front avançant arrivent à Terezín, entraînant dans le camp une épidémie de typhus qui fera – encore après la fin de la guerre – plus de 1500 morts, dont des médecins et infirmières russes et tchèques. Le 1er mai 1945, le contrôle du camp est transféré par les Allemands à la Croix-Rouge.

Deux jours plus tard, le 3 mais 1945, 37 jeunes étudiantes pragoises de l’Ecole secondaire pour infirmières auprès de l’hôpital de Bulovka répondent à l’appel et arrivent dans le camp de Terezín pour y soigner des malades atteints du typhus. La semaine qui précède le baccalauréat et qui est surnommée « sainte » en Tchéquie, ces étudiantes ont décidé de passer un examen de maturité on ne peut plus vrai (en tchèque, baccalauréat se dit « maturita »). Milada Sehrová se souvient de la question posée par l’infirmière en chef : Voulez-vous partir à Terezín pour apporter de l’aide à ses prisonniers ?

« Nous avons dit toutes, immédiatement et sans hésitation, que nous étions prêtes à partir… »

Bohumila Czabanová, l’une des 37 jeunes infirmières pragoises parties en mai 1945 à Terezín, le confirme :

« Elle nous a dit : le maître de l’école vous donnera des uniformes, prenez le strict nécessaire et partez le plus vite possible. »

Le même jour, le 3 mai 1945, cinq hôpitaux de campagne équipés de stations d’épouillage et de salles de bain ambulatoires et 50 médecins militaires arrivent au camp pour soigner des centaines de prisonniers en piteux état. On écoute l’auteur du livre « Semaine sainte à Terezín », Alexander Lukeš :

« Lorsqu’elles sont arrivées dans le camp, elles ont réalisé que cela dépassait les forces humaines, que c’était au-dessus de leurs forces et pourtant, elles ont tenu bon jusqu’à la fin et ont aidé à sauver des centaines de prisonniers. »

Le chef du département historique du mémorial de Terezín, Vojtěch Blodig, souligne que le danger était énorme :

« Tous ceux qui ont travaillé directement à Terezín l’ont fait au risque de leur vie, car ils étaient directement menacés par l’infection. »

Pas une seule des jeunes infirmières courageuses n’était vaccinée contre le typhus. Six, sur les trente-sept, ont été contaminées et une d’entre elles est morte des suites de la maladie. Les autres ont obtenu leur baccalauréat à la fin de juin 1945.