Sexe, drogue et vodka : les nuits de Moscou vues par Antonín Kratochvíl

Antonín Kratochvíl, photo: CTK

Jusqu’au 30 juin, la salle du Mánes sur les berges de la Vltava propose une exposition d’une des plus grandes figures de la photo tchèque contemporaine, Antonín Kratochvíl. Intitulée « Les nuits de Moscou », c’est une plongée vertigineuse dans le monde de la nuit moscovite.

Antonín Kratochvíl, photo: CTK
Cette exposition pourrait aussi s’appeler Voyage jusqu’au bout de la nuit. Pendant deux semaines, le photographe américain d’origine tchèque Antonín Kratochvíl a fait l’oiseau de nuit dans les boîtes très privées fréquentées par la jeunesse dorée insouciante de Moscou.

A travers l’objectif de ce monstre sacré de la photo, on découvre un monde de l’opulence arrogante, un univers où les corps se donnent, se vendent parfois contre un rail de coke, où l’on se perd dans l’alcool, le sexe et l’extase du moment. C’est là, dans ces boîtes éphémères qui migrent au gré des soirées, que les richissimes Moscovites viennent faire la fête, comme si leur jeunesse était une garantie d’immortalité. Antonín Kratochvíl :

Les nuits de Moscou, photo: Antonín Kratochvíl
« C’est une forme de nihilisme, avec le sentiment que vous allez vivre éternellement. C’est une façon de vivre au jour le jour, sans penser au lendemain. Et c’est complètement décadent, bien sûr. »

Avec la fin du communisme et l’avènement de la société de consommation, les Russes, plus que dans tout autre ancien pays du bloc de l’Est, ont sauté à pieds joints dans ce nouveau modèle économique. Un modèle qui ne va pas sans creuser des inégalités criantes, et qui forge une société stratifiée qui ne diffère finalement pas tant que cela de celle du passé. Antonín Kratochvíl :

Antonín Kratochvíl, photo: CTK
« Je pense que cette perversité et ces excès de la classe dirigeante ont toujours existé, de Catherine de Russie à Béria et tous ces étranges personnages. Rien n’a changé en fait, c’est juste que ça a pris une autre forme. Et grâce à la Perestroïka et leur nouvelle démocratie, j’ai pu aller prendre tout ça en photo. »

Sur ces clichés, l’impudeur s’affiche ostensiblement, comme un signe extérieur de richesse, mais quelques regards las de jeunes femmes en disent long sur la spirale de ces nuits sans sommeil.

Les nuits de Moscou, photo: Antonín Kratochvíl
Antonín Kratochvíl est un photographe au long cours, qui depuis son départ de la Tchécoslovaquie dans les années 1970 s’est forgé une réputation de reporter-baroudeur de Bagdad à Tchernobyl, mais qui ne rechigne pas pour autant à photographier acteurs et stars de Hollywood en allant cherchant derrière la façade des paillettes. Dans un cas comme dans l’autre, Kratochvíl cherche à montrer la réalité nue, parfois crue, mais sans pathos ni jugement.

Les nuits de Moscou sont une commande du magazine Vanity Fair, mais seule la version britannique a publié ses photos. La vision sans fard de ce cycle semble avoir rebuté outre-Atlantique.

Les nuits de Moscou, photo: Antonín Kratochvíl
Ce n’était évidemment pas la première fois qu’Antonín Kratochvíl allait en Russie, mais dans le passé, il s’était plutôt intéressé aux conséquences de l’explosion de Tchernobyl. De ces deux expériences, Kratochvíl estime qu’elles partent d’un même état d’esprit :

« Je pense que c’est une conséquence. En fait tout cela est lié. Cette jeunesse dorée, ce n’est pas juste un cas particulier. Cette nonchalance, cet excès et la puissance nucléaire, tout cela est lié. »

Et parmi les lieux de débauche de la jeunesse moscovite, un endroit un peu particulier puisqu’il s’agit du yacht privé de Staline lui-même. Le petit père des peuples doit se retourner dans sa tombe !