Sous le périphérique de Prague, pas la plage mais des trésors archéologiques
Des fouilles archéologiques préventives sur un des derniers tronçons en construction du périphérique de Prague ont permis de mettre au jour plusieurs milliers d’objets dont la datation s’échelonne entre l’époque des premiers agriculteurs jusqu’au début du Moyen Age.
« Ces découvertes sont importantes pour nous : si nous n’avions pas fait cette fouille, ces objets auraient dans une décharge. Beaucoup de gens ne rendent pas bien compte et disent que puisque tout cela dormait sous terre depuis des milliers d’années, pourquoi y toucher ? Mais, non, car les travaux de construction du périphérique signifieraient la destruction de tous ces objets », explique Jan Mařík le directeur de l’Institut archéologique de l’Académie des Sciences.
Preuve que ces fouilles préventives réalisées à cinq endroits d’une surface exceptionnellement grande de 13 km de long étaient nécessaires, les archéologues ont fait sortir de terre quelque 15 000 objets qui attendent désormais d’être traités et catalogués.
« Pour nous, cette fouille est une véritable plongée dans l’environnement et les paysages d’autrefois : sur une zone très large et très longue, nous pouvons observer comme ce paysage a évolué, depuis la préhistoire, soit les tous premiers agriculteurs dont nous avons les traces ici, jusqu’au début du Moyen Age. Parmi les choses que nous avons découvertes : toute une série de colonies de peuplement datant de l’époque romaine. »
Une des premières grandes découvertes particulièrement remarquée il y a quelques mois déjà : un immense site funéraire préhistorique qui se trouvait donc là où à l’avenir passera la voie rapide permettant le contournement de Prague près de Běchovice dans l’est de la capitale.
« Une de nos grandes découvertes remonte à l’Age du cuivre : il s’agit d’une nécropole dont on peut dire qu’elle est à l’heure actuelle le plus grand site funéraire en Tchéquie. Nous avons décompté plus de 80 tombes. Les objets mis au jour nous en apprennent beaucoup sur cette époque, mais pas seulement : les dépouilles également puisqu’elles représentent un matériel génétique unique qui peut nous en dire davantage sur la mobilité des gens, leurs habitudes alimentaires et les plantes qu’ils cultivaient. Cela nous ramène à l’environnement dans lequel ces hommes évoluaient et à la façon dont ils l’ont modifié et influencé. Certaines découvertes nous montrent aussi comment le climat a changé. L’archéologie est donc une discipline qui apporte des connaissances historiques, culturelles, mais aussi médicinales et génétiques. »
Pour avoir un ordre d’idée de l’immensité de la surface fouillée par les chercheurs, il suffit d’imaginer 362 stades de foot collés les uns aux autres : une année de travail quotidien pour sortir de terre des objets de l’Age du cuivre donc, mais aussi de l’Age du bronze, de la culture de Halstatt et de La Tène, de la période romaine, de celle des grandes migrations (ou des invasion barbares, selon l’historiographie plus ancienne), jusqu’au tout début du Moyen Age. Habitat, sépultures, sites de production de ces différentes périodes ont laissé des traces via d’élégantes poteries des populations celtiques de la culture de La Tène (450-25 avant J.-C. environ) ou des bijoux en bronze, des colliers, bracelets, bracelets de cheville ou harnais de chevaux du Premier âge du fer.
Petra Maříková, archéologue travaillant à l’Académie des Sciences détaille ce que les équipes de chercheurs ont pu trouver comme trésors sur une seule zone de fouilles :
« Près de Dubeč, sur une partie du futur tronçon du périphérique, nous avons des objets issus de trois époques différentes : l’Age du cuivre avec des objets de la culture campaniforme, une colonie de peuplement de l’époque romaine, donc des populations germaniques pour notre région, et une nécropole datant de l’époque des grandes migrations. Nous avons mis au jour des perles d’ambre, une grande perle en verre, des pièces en argent et en bronze, une agrafe en argent doré, qu’on a en partie retrouvées dans les tombes. Mais nous avons aussi des peignes en os qui ont été jetés, qui sont des déchets dont les gens se sont débarrassés parce qu’ils étaient cassés par exemple. »
Les fouilles ne représentent évidemment pas la fin des recherches des équipes d’archéologues : en réalité leur travail ne fait que commencer, puisque tous ces artefacts sont désormais entre les mains des chercheurs en laboratoire et dans les ateliers de conservation. Tessons à recoller, bijoux, outils, armes à restaurer, échantillons à préparer pour des analyses isotopiques, bref, tous ces travaux loin du chantier du périphérique devraient permettre d’ici quelques années de dessiner des contours plus précis et plus variés de ces environs de Prague à l’époque de nos aïeux.
En relation
-
Archéologie : les plus grandes découvertes tchèques
D'où vient la tête celtique la plus célèbre ? Qui était le Viking au Château de Prague ? Quels trésors ont été conservés de l'âge du bronze ?













