Subventions et publicité : les deux mamelles du cinéma tchèque de demain ?

r_2100x1400_radio_praha.png

L'industrie du cinéma tchèque a décollé en 2006, avec des taux d'audience record. Il n'en rencontre pas moins des difficultés récurrentes, au premier rang desquelles des subventions insuffisantes de la part de l'Etat. D'où un fossé entre le potentiel artistique et la réussite commerciale du cinéma tchèque en Europe. Une situation qui devrait changer petit à petit.

Après une baisse en 2005 (2,4 millions d'entrées), 2006 a enregistré 3,2 millions de billets de cinéma vendus. Pour mémoire, 1993 fut l'année record, avec plus de 4 millions d'entrées. En terme de chiffres, en revanche, l'année 2006 a bel et bien été une année record : environ 11 millions d'euros de bénéfice net, du jamais vu. Et c'est ainsi que, d'après une étude du Centre Tchèque pour le Film, les Tchèques se sont placés en 2006 deuxièmes, après les Français, en terme de nombre d'entrées.

Selon les experts toutefois, le secteur du cinéma ne peut pas se reposer sur les aléas du box-office. Et les subventions publiques pour le cinéma semblent encore insuffisantes en République tchèque. L'année dernière, l'Etat a aidé les producteurs tchèques à hauteur de 700 millions de couronnes, soit 25 millions d'euros. Un progrès de 40 % par rapport à 2005, certes, mais un montant encore trop faible pour pouvoir rivaliser de plein pied avec d'autres pays comme la France ou l'Allemagne. Là, les subventions de l'Etat sont plus importantes. La situation affecte d'ailleurs autant la production tchèque que les investissements des producteurs étrangers dans le pays, en forte baisse en 2006.

Le problème s'est fait sentir de manière aigue au dernier Festival de Cannes, en mai 2006, quand des protestations sont montées de la part d'invités tchèques et slovaques contre la décision du président Vaclav Klaus d'opposer son veto à une taxe destinée à subventionner les producteurs de films. Cette taxe devait fournir au cinéma tchèque plus de 9 millions d'euros par an.

Plus grave encore, la situation de concurrence larvée entre le petit et le grand écran quand l'un empiète sur le domaine de l'autre. Evoquons le boycott, en 2006, du Festival de cinéma Febiofest par les chaînes TV Nova et Prima. La raison ? La création d'une chaîne de TV numérique par Febio Productions...

Mais revenons aux subventions. Celles-ci ne représentent pas qu'un enjeu économique car le cinéma touche à l'identité culturelle tchèque et à sa capacité de se faire connaître en Europe. La réputation du cinéma tchèque n'est plus à faire depuis les années 60 et la République tchèque compte de nombreux talents du 7e art. Mais les budgets restent incomparables avec ceux dont disposent leurs collègues européens. Notons que cela n'empêche pas la créativité et la diversité de s'exprimer. Les cinéastes et musiciens tchèques dans les années 60 savaient déjà se faire artisans.

Pourtant, question d'époque ou non, la réussite commerciale, même relative, reste une condition de longévité pour un film. Et les chiffres de l'année 2006 le prouvent bien : cette année a en effet enregistré un nombre importants de films tchèque à gros budget.

La République tchèque dispose d'un gros potentiel qui, faute de moyens, ne rayonne pas encore autant qu'il le devrait. Le ministre de la Culture étudierait actuellement un projet visant à amender les lois existantes. Il s'agirait de fonder un fonds spécifique pour le cinéma, avec des critères d'allocation clairement définis. A terme, le but est de distribuer plus et mieux et d'augmenter, par exemple, la participation tchèque dans les co-productions internationales. A l'échelon européen, il peut aussi exister des opportunités intéressantes. Les professionnels du secteur ont ainsi incité les producteurs tchèques à participer au programme européen Media 2007, qui dispose de quelques 750 millions d'euros à partager entre les pays de l'UE.

Outre les subventions, la publicité va peut-être devenir, en République tchèque comme en Europe, un enjeu majeur pour gonfler le budget des productions du grand et du petit écran. Aux Etats-Unis, de nombreuses compagnies investissent dans un film en échange de la présence, à l'écran, de l'un des produits de sa marque. Quand c'est le héros qui valorise le dit produit, on peut s'attendre au jackpot pour l'investisseur ! On appelle ça le placement de produit et c'est actuellement illégal en Europe.

Au sein de la Commission Européenne, certaines voix mettent en avant les revenus substantiels que peut apporter cette stratégie aux producteurs de l'audiovisuel et le produit de placement pourrait bien devenir légal d'ici quelques années.

En République tchèque, les chaînes de télévision comme les annonceurs publicitaires attendent avec impatience l'adoption d'une nouvelle loi. Tandis que des groupes de consommateurs ont, dans le pays comme dans le reste de l'Europe, dénoncé le risque de saturation publicitaire, une loi du 9 mars dernier de la Commission Européenne a officialisé le maximum autorisé à trois heures de publicité par jour. Les nouvelles dispositions permettent aux chaînes de choisir librement le moment de la diffusion des spots publicitaires, avec toutefois une fréquence minimale de 20 minutes entre chaque spot publicitaire, 35 minutes pour les émissions destinées aux enfants ou les journaux.