Super Size Me : voyage au coeur du royaume du hamburger

Super Size Me

Après avoir rencontré un succès mondial, depuis sa sortie en 2004, le documentaire américain « Super Size Me », distribué par Aerofilms, commence sa carrière en République tchèque.

Super Size Me
Quelque 60% des Américains ont un problème de poids. Chaque jour, un habitant des Etats-Unis sur quatre pousse la porte d'un fast-food. Pour brûler les calories d'un menu Super Size, composé d'un Coca, d'un Big Mac et de frites, il faut sept heures de marche. Un enfant sur trois, né en 2000, sera atteint, au cours de sa vie, de diabète, une des maladies fréquemment associées à une surcharge pondérale. L'Organisation mondiale de la santé considère l'obésité comme l'épidémie du siècle... Ces données sont le fil rouge du documentaire de l'Américain Morgan Spurlock, « Super Size Me », qui vient de sortir dans les salles tchèques.

Pourquoi est-on devenu dépendant de la « junk food » ? Qui en tire profit ? Et que faire pour protéger les enfants notamment, qui sont la cible principale des MacDos et de la publicité télévisée ? Afin de trouver des réponses, Morgan Spurlock a mené une enquête dans une vingtaine de villes américaines, y compris la plus « grosse », Houston. Il a interrogé des spécialistes de la nutrition, médecins, hommes politiques, publicitaires et avocats, ainsi que des adolescents dans des cantines scolaires, des professeurs et cuisiniers. Mais surtout, le jeune Morgan à la silhouette plutôt athlétique et aux bonnes habitudes alimentaires, a réalisé, pendant un mois, une expérience sur lui-même : surveillé par trois médecins et sa copine végétarienne, il s'est nourri exclusivement dans l'empire du double arc jaune. Une aventure poussée à l'extrême, à la fois rigolote et choquante, mais qui porte ses fruits : en voyant le très mauvais état physique et psychique dans lequel se trouve Morgan à l'issue du film, on serait prêt à tout, sauf à avaler un hamburger au coin...

Friands de bière, de sauces et soupes crémeuses, de charcuterie et fritures, les Tchèques sont très concernés par la problématique : ici, près de la moitié de la population adulte et environ 15% des enfants (contre 37% aux Etats-Unis) souffrent d'un excès de poids. Ivo Andrle, à la tête de la société de distribution Aerofilms, a décidé de réagir, mais à travers le cinéma :

« Notre but est justement de distribuer des films qui sont un défi pour nous, qui nous stimulent à lancer des campagnes, à y faire participer d'autres institutions... C'est assez réjouissant. Comme il ne reste pas beaucoup de pays en Europe et en Amérique où le film n'a pas encore été distribué, nous avons pu nous inspirer de plusieurs campagnes anti-obésité organisées ailleurs. En Hongrie, par exemple, le distributeur a réussi à glisser le film dans les programmes scolaires. En Grande-Bretagne, Super Size Me a poussé les chefs cuisiniers connus des émissions télévisées à élaborer des menus équilibrés pour les cantines scolaires et cette démarche a été même soutenue par Tony Blair. On verra ce que nous arriverons à faire chez nous. En tout cas, nous avons l'ambition de susciter un débat plus large que d'habitude. »

En attendant que « Super Size Me » soit projeté dans des lycées tchèques, pour lesquels le distributeur a déjà préparé une brochure spéciale, une expérience semblable à celle de Morgan Spurlock a été lancée le 8 février au cinéma Svetozor. Elle est intitulée « Super Spek Me ». A cette occasion, un bénévole, présenté sous le pseudonyme de Karel Gustav Bozan, mangera pendant un mois, matin, midi et soir, dans des restaurants et bistrots typiques tchèques.

Au régime grosseur, Karel est surveillé par le médecin Lukas Pollert et le spécialiste de fitness Vit Chaloupka. Il ne peut manger ni légumes ni fruits hors des repas, mais il doit, en revanche, boire au moins une bière par jour et s'abstenir de toute activité sportive. Mais cet homme à l'allure quelque peu éléphantesque n'en souffrira probablement pas autant que le cinéaste américain... On l'écoute :

« C'est un plaisir pour moi de m'être engagé là-dedans. En fait, cela me permet de réaliser un rêve que j'ai depuis longtemps, à savoir courir les restaurants et 'hospoda' et m'y régaler... D'autant plus que c'est gratuit ! »

L'événement est à suivre en direct sur www.supersizeme.cz. Vous y trouverez également les articles d'un autre membre de l'équipe « Super Spek Me » ('spek' désigne le lard en tchèque), Iva Malkova. Son association Stob regroupe 300 spécialistes anti-obésité et propose un éventail de cours et activités aux gens qui souffrent de surcharge pondérale. Pour mieux se renseigner sur l'empire du hamburger, Iva Malkova s'est rendue dans un des 71 restaurants MacDonald's disséminés en République tchèque. Quel est le résultat qu'elle en a retiré ?

« Evidemment, les méthodes de marketing des fast-food donnent envie aux gens d'y revenir. Ils sont séduits par le comportement du personnel, la rapidité du service, la propreté...Il y a des jouets et des manifestations pour enfants... Donc, le risque des visites régulières est vraiment grand. D'un autre côté, il est vrai que j'ai trouvé, au verso du menu qui est sur chaque plateau, les valeurs nutritionnelles des repas. En fait, il est possible de manger léger même chez MacDo - il suffit, par exemple, de prendre plus de viande mais sans pain et accompagnée d'une salade. Mais attention, sur le menu, vous trouverez la valeur énergétique d'une salade sans sauce, alors que cette dernière contient 2000 kilo-joules d'énergie et 20 grammes de graisse, ce qui est un tiers de la dose journalière recommandée ! »

Le documentaire « Super Size me » est projeté notamment dans les cinémas pragois Svetozor et Aero. Leur exploitant Ivo Andrle prépare, à partir du 23 février, un mini-festival de films documentaires du même type que « Super Size Me », c'est-à-dire avec leurs réalisateurs dans les rôles-titres qui se soumettent à des expériences hors du commun.

Auteur: Magdalena Segertová
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