Tomáš Sedláček, héros romanesque de la Tchécoslovaquie du XXe siècle, s’est éteint

Tomáš Sedláček, photo: Post Bellum

C’est une de ces histoires dramatiques comme la Tchécoslovaquie du XXe siècle en a générées quelques-unes. Un des derniers anciens combattants tchèques de la Seconde Guerre mondiale, le général Tomáš Sedláček, est décédé lundi à Prague. Né presque symboliquement en 1918, quelques mois avant la fin de la Première Guerre et la fondation de la Tchécoslovaquie, Tomáš Sedláček, prisonnier politique dans les années 1950, était âgé de 94 ans.

Tomáš Sedláček
Né à Vienne le 8 janvier 1918 d’un père officier de l’armée autrichienne, Tomáš Sedláček était certainement prédestiné à la carrière militaire qui a été la sienne. Après la chute de l’Empire austro-hongrois, sa famille retourne en Bohême pour s’installer dans les environs de Prague. C’est là qu’il passe son enfance et que grandit un des partisans des idéaux démocratiques et humanistes du premier président tchécoslovaque Tomáš Garrigue Masaryk.

Dans les années 1930, Tomáš Sedláček choisit d’embrasser une carrière militaire. L’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes allemandes en mars 1939 constitue pour lui, comme pour nombre d’autres patriotes, un choc. Pourtant, avant cela, dès septembre 1938 et déjà les armes à la main, Tomáš Sedláček s’était joint à la mobilisation contre la menace nazie :

« Je suis fier d’avoir pu participer à cette mobilisation, car pour moi, cela représentait comme un aboutissement de la volonté de résister au nazisme montant. Il y avait un lien fort qui reliait alors l’armée à la nation. Je n’ai ensuite jamais plus ressenti et revécu cela. Malheureusement, il y a eu ensuite les accords de Munich et cette amère déception… »

Cette déception, c’est bien entendu l’abandon du pays à Hitler par les puissances alliées que sont la Grande-Bretagne et la France, plus désireuses d’éviter un nouveau conflit en Europe que soucieuses du sort de la Tchécoslovaquie.

Tomáš Sedláček en Grande-Bretagne, photo: Post Bellum
La guerre éclate malgré tout quelques mois plus tard et Tomáš Sedláček choisit alors de lutter contre l’ennemi allemand à l’étranger, d’abord en France, où il se joint aux légions tchécoslovaques en mai 1940, puis en Grande-Bretagne une fois la défaite française consommée. Là, jusqu’à l’été 1944, il sert au sein des unités d’artillerie. Mais désireux de combattre, Tomáš Sedláček est transféré en Union soviétique, où il intègre la 2e brigade tchécoslovaque autonome. C’est avec elle qu’il participe entre autres à la bataille de Dukla et aide la résistance en Slovaquie.

La Tchécoslovaquie libérée et les communistes au pouvoir à partir de 1948, Tomáš Sedláček est comme de nombreux autres compagnons d’armes de la guerre poursuivi par la police. Il est arrêté en février 1951, puis, après de longs interrogatoires, condamné à la prison à perpétuité pour prétendue haute trahison. Directeur de Post Bellum, association qui veille depuis 2000 à l’entretien de la mémoire de la nation tchèque, Mikuláš Kroupa explique :

Tomáš Sedláček au camp de travail, photo: Post Bellum
« Il a vécu des moments extrêmement durs, notamment lorsqu’il a été torturé par les enquêteurs de la Sécurité d’Etat. Il a subi des tortures physiques, mais aussi les méthodes à l’époque nouvelles en provenance d’Union soviétique. On l’a ainsi empêché de dormir et contraint à marcher pendant neuf jours et neuf nuits. Mais il reste un homme qui s’efforçait de transmettre un message précieux dans les médias ou dans les livres : à savoir ne pas être indifférent à ce qui passe autour de nous, notamment en politique. »

Tomáš Sedláček, photo: Post Bellum
Après plusieurs années passées dans les mines d’uranium en Bohême centrale, Tomáš Sedláček est néanmoins libéré en 1960. Il faudra toutefois attendre 1989, la révolution et la chute du régime communiste pour le voir pleinement réhabilité. Plusieurs fois médaillé par l’Etat tchèque, Tomáš Sedláček avait abandonné, souffrant d’un cancer, toutes ses fonctions publiques à la fin des années 1990. Une position en retrait qui n’avait jamais été la sienne durant toute sa vie et qui ne l’empêchait pas de rappeler dès que l’occasion se présentait, tout le sens du combat pour la liberté.