Tomio Okamura élu président de la Chambre des députés
Mercredi 5 novembre 2025, Tomio Okamura, leader du parti d’extrême droite Svoboda a přímá demokracie (SPD – Liberté et démocratie directe), a été élu président de la Chambre des députés de la République tchèque.
Cet événement marque un tournant politique majeur : dans le cadre de la nouvelle coalition formée par Andrej Babiš, l’élection de Tomio Okamura à cette fonction confirme la mise en place du nouveau pouvoir à Prague, après les résultats du scrutin législatif de début octobre.
Il a obtenu 107 voix, soit une de moins que le nombre d’élus issus des rangs de la coalition ANO-SPD-Automobilistes. Tomio Okamura a déjà été l’un des vice-présidents de la Chambre des députés quand Andrej Babiš dirigeait pour la première fois le gouvernement, entre 2017 et 2021.
Dans l’ordre constitutionnel tchèque, la présidence de la Chambre des députés est le troisième poste le plus important après la présidence de la République et la présidence du Sénat.
Parmi les compétences dont il dispose, le président de la Chambre basse dispose d'un pouvoir décisif dans la formation d'un nouveau gouvernement. Lorsque les deux tentatives du Chef de l’État échouent, la troisième tentative de nomination du Premier ministre lui revient.
Le nouvel homme au « perchoir » suscite l’inquiétude de plusieurs partis d’opposition, qui pointent les positions nationalistes et eurosceptiques d’Okamura. Le leader du SPD (qui pour les dernières élections s’est allié avec trois autres partis antisystèmes) a marqué la précédente législature avec notamment un record dans la durée de l'obstruction (temps de parole de près de 11h d'affilée à la tribune pour bloquer l'adoption d'un texte).
Une affaire de famille
Son frère aîné Hayato Okamura, député du parti chrétien-démocrate (KDU-ČSL) désormais dans l'opposition, a livré un témoignage inhabituellement personnel lors d’un débat de la Chambre : « Je connais mon frère depuis toujours. Tomio est instable, et je le considère comme une grave menace pour notre sécurité », a-t-il déclaré, en faisant référence au fait que son frère et ses alliés reprennent allègrement le narratif russe, à propos de l’invasion de l’Ukraine notamment. Pendant la campagne, il n'a eu de cesse de critiquer l'OTAN et l'Union européenne, prônant notamment le "Czexit" (la sortie du pays de l'UE).
Treize ans après son entrée en politique et son élection au Sénat, Tomio Okamura se retrouve désormais à l’institution clé de la démocratie tchèque, et ce malgré une relative contre-performance électorale au vu des sondages précédant le scrutin : 7,78% des voix et 15 mandats de députés.
Né à Tokyo en 1972 d’un père japonais et d’une mère tchèque, Tomio Okamura fait actuellement l'objet de poursuites pénales pour des affiches à caractère xénophobe controversées utilisées lors de la campagne électorale régionale et sénatoriale de l'année dernière. En février dernier, la Chambre des députés a levé son immunité parlementaire et, début août, le parquet a engagé des poursuites contre lui et son mouvement pour incitation à la haine. Il a proposé une peine avec sursis et une amende pour le politicien, ainsi qu'une amende pour le SPD. Après les élections, Tomio Okamura bénéficie toutefois à nouveau de l’immunité et la Chambre des députés est à nouveau saisie d'une demande de levée de cette immunité émanant du tribunal de Prague 1.
Tomio Okamura a qualifié à plusieurs reprises ces poursuites de politiquement motivées et de tentative de le réduire au silence.
*Mise à jour : tout juste élu à la présidence, Tomio Okamura a fait enlever jeudi après-midi le drapeau ukrainien de la façade de la Chambre des députés.






