Le Premier ministre et le président du Parlement tchèques ne seront pas livrés à la justice

Andrej Babiš et Tomio Okamura

Bien que mis en cause dans deux affaires distinctes, le Premier ministre, Andrej Babiš, et le président de la Chambre des députés, Tomio Okamura, ne seront pas livrés à la justice. Mardi, en effet, la commission en charge des mandats et des immunités a recommandé aux députés de ne pas lever leur immunité parlementaire.

« Je m’y attendais, car quiconque lit le dossier prendrait la même décision. J’espère donc que les hauts responsables de la justice qui critiquent mon affirmation selon laquelle il s’agit d’un procès politique le liront un jour, car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’un procès politique. »

Andrej Babiš | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Andrej Babiš n’a pas été surpris par la décision rendue par la commission en charge des mandats et des immunités, et il n’était pas le seul. Tous les observateurs de la scène politique tchèque s’attendaient à ce que la réunion qui s’est tenue mardi aboutisse à ce résultat. Compte tenu de la répartition des forces à la Chambre des députés, avec une coalition gouvernementale qui dispose d’une confortable majorité, il apparaissait fort peu probable que la commission accède à la demande formulée par le tribunal municipal de Prague en octobre dernier, quelques jours après la tenue des élections législatives, de lever l’immunité parlementaire du leader du mouvement ANO, nommé Premier ministre deux mois plus tard.

Bien avant que ne se réunisse cette commission, Andrej Babiš, qui traîne l’affaire dite du « Nid de cigognes » comme un boulet depuis son engagement en politique, l’avait de toute façon annoncé : il n’avait nullement l’intention de se laisser convoquer devant une justice dont il doute de l’indépendance, et par conséquent de l’impartialité.

Bien qu’il soit accusé de fraude aux aides européennes dans le cadre de la construction, à la fin des années 2000, d’un vaste complexe touristique au sud de Prague appelé « Nid de cigognes » (« Čapí hnízdo », en tchèque), ce supposé parti-pris de la justice est la raison pour laquelle le Premier ministre, qui nie toute culpabilité, considère cette affaire, dont le jugement a été renvoyé en première instance par la cour d’appel en juin dernier, avant tout comme « un procès politique ».

Une vision des choses qui a donc été partagée aussi par la commission en charge des mandats et des immunités. Et même si sa présidente, Helena Válková, s’en défend, toute autre décision aurait constitué une immense surprise, puisque les députés membres des trois partis composant la coalition gouvernementale sont majoritaires au sein de cette commission :

Helena Válková | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« Dans les deux cas, tant dans celui d’Andrej Babiš que dans celui de Tomio Okamura, nous nous sommes prononcés contre la demande de levée de l’immunité parlementaire. Même s’il s’agit d’un vote secret, je ne cache pas que, personnellement, j’ai voté contre la demande d’autorisation de poursuites pénales à l’encontre d’Andrej Babiš. Non pas parce qu’il est le président du parti dont je suis membre, mais parce qu’après avoir étudié le dossier, il m’apparaît évident qu’il y a eu de nombreuses irrégularités de procédure. »

Si une même décision négative a été prise par la commission pour la demande de la levée d’immunité de Tomio Okamura, l’affaire qui concerne le président de la Chambre des députés diffère toutefois de celle d’Andrej Babiš.

Tomio Okamura | Photo: ČT24

En juillet dernier, suite à l’utilisation d’affiches controversées lors d’une campagne électorale en 2024, Tomio Okamura, japonais d’origine de par son père, et le SPD, formation d’extrême droite dont il est le leader, a été inculpé pour incitation à la haine raciale. Parmi les affiches en question, l’une montrait un homme à la peau foncée tenant un couteau ensanglanté avec les inscriptions « Les ‘chirurgiens importés’ ne résoudront pas les lacunes du système de santé » et « Non au Pacte migratoire de l’UE ».

La décision de la commission de recommander aux députés, qui se réuniront en session extraordinaire le 5 mars prochain pour voter, de ne pas lever l’immunité parlementaire d’Andrej Babiš et de Tomio Okamura a bien évidemment suscité de nombreuses réactions critiques, tant dans les rangs de l’opposition que dans les médias.

« Les tribunaux pour le peuple, l’impunité pour nous. Babiš et Okamura sont au-dessus des lois, le nouveau pouvoir détruit la justice en Tchéquie », estimait, par exemple, ce mercredi matin, un chroniqueur du quotidien Hospodářské noviny, résumant ainsi assez fidèlement l’arrière-goût que laisse cette décision dans la bouche de nombre de ceux qui ne portent dans leur cœur ni le Premier ministre ni le président de la Chambre des députés, deux des figures centrales de l’actuelle scène politique tchèque.