Transition énergétique : à Prague, le Groupe de Visegrád et l’Autriche pas sur la même longueur d’ondes

Viktor Orbán, Sebastian Kurz, Andrej Babiš, Mateusz Morawiecki, Peter Pellegrini, photo: ČTK/Michal Krumphanzl

Energie et climat ont été les deux principaux thèmes de la réunion des chefs de gouvernement des pays du Groupe de Visegrád (V4) et du chancelier autrichien Sebastian Kurz à Prague ce jeudi. Entre des Etats d’Europe centrale qui traînent encore la patte pour faire leur mue et une Autriche délibérément verte, les deux parties avaient beaucoup de choses à se dire.

Viktor Orbán, Sebastian Kurz, Andrej Babiš, Mateusz Morawiecki, Peter Pellegrini, photo: ČTK/Michal Krumphanzl

Si géographiquement et même culturellement, les pays du V4 et l’Autriche, dont la plupart ont longtemps partagé les mêmes frontières, sont très proches les uns des autres, leurs conceptions de la transition écologique sont en revanche diamétralement opposées. L’objectif de neutralité carbone voulu par l’Union européenne à l’horizon 2050 n’a pas la même valeur prioritaire à Prague, Budapest, Varsovie ou Bratislava qu’à Vienne. Tandis que Tchèques, Hongrois, Polonais et Slovaques se montrent très prudents, voire même récalcitrants, le nouveau gouvernement autrichien s’est, lui, engagé à remplir ses objectifs en matière de production d’énergie « propre » dès 2040. C’est donc pour discuter de tout cela qu’Andrej Babiš, Viktor Orbán, Mateusz Morawiecki, Peter Pellgrini et Sebastian Kurz se sont réunis à Prague.

D’un côté, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie entendent renforcer la part du nucléaire dans leur mix énergétique, déjà relativement importante (cf. : https://www.radio.cz/fr/rubrique/infos/nouvelle-hausse-de-la-production-denergie-nucleaire-en-tchequie-en-2019), pour réduire progressivement l’exploitation des centrales thermiques au charbon, au lignite et autres combustibles fossiles riches en carbone.

De l’autre, l’Autriche souhaiterait que ses voisins, et plus généralement l’ensemble des pays membres de l’UE, abandonnent ce mode de production et entend mettre tous les moyens politiques et juridiques en œuvre pour empêcher la construction de nouveaux réacteurs.

Karel Havlíček, photo: Michaela Danelová, ČRo
Une vision des choses que ne partage naturellement pas le ministre de l’Industrie et du Commerce tchèque, Karel Havlíček (mouvement ANO). Selon lui, il n’existerait d’ailleurs pas d’autre solution raisonnable pour la République tchèque, qui envisage d’aggrandir ses deux centrales de Temelín et Dukovany, distantes de seulement quelques dizaines de kilomètres de la frontière avec l’Autriche :

« Prétendre que nous pourrions compenser avec des sources renouvelables est un non-sens. Il faut tenir compte de notre économie, de nos possibilités géographiques, de nos possibilités technologiques et aussi d’un certain degré de sécurité. »

Bien que l’information n’ait pas fait grand bruit, lundi dernier, le gouvernement a approuvé un nouveau plan énergétique et climatique, qui prévoit notamment une augmentation de la part d’énergie d’origine renouvelable d’ici 2030. Ce document comporte un ensemble de mesures qui doivent permettre de respecter les engagements pris vis-à-vis de Bruxelles.

Avant cela, Karel Havlíček avait déjà fait savoir que l’objectif était passé de 20,8% à 22% pour la prochaine décennie. A titre de comparaison, cette année, la part d’énergie produite à partir de sources renouvelables devrait s’élever à 15,6%.

Photo illustrative: Miloš Turek
Pour autant, la République tchèque n’entend pas tout revoir. Et que l’Autriche et l’Allemagne aient opté pour d’autre politiques n’est pas essentiel aux yeux du ministre. Non seulement parce que les Allemands se grattent la tête - et certains s’arracheraient même les cheveux, selon lui -, pour respecter leurs engagements pris en matière de protection de l’environnement, mais aussi parce que le puissant voisin possède des ressources incomparables avec les moyens tchèques :

« Les Allemands eux-mêmes se rendent compte que ce ne sera pas si simple. Mais n’oublions pas non plus que l’Allemagne est un pays très riche qui peut se permettre des investissements de ce type, car l’énergie verte demande énormément d’argent. Mais même les Allemands ne savent pas encore tout à fait comment ils vont compenser l’abandon du charbon. La réalité est que cela va un peu moins vite que ce qu’ils avaient prévu. Et puis, encore une fois, l’Allemagne a d’autres possibilités géographiques que la République tchèque par exemple pour la production d’énergie éolienne. C’est pourquoi nous ne sommes pas en mesure de nous passer du nucléaire. »

Tant pis donc pour les Autrichiens, dont le chancelier à Prague ce jeudi a quand même fait savoir que son pays ne souhaitait pas que le mécanisme de transition équitable adopté mercredi par la Commission européenne - un vaste plan qui doit permettre de générer cent milliards d’euros en sept ans pour accompagner les pays à parvenir à une neutralité carbone – serve à financer la production d’énergie nucléaire.