Transports : la justice interdit Uber à Brno

Photo: portal gda, CC BY-SA 2.0

La société Uber, un service de taxi alternatif qui fonctionne avec une application mobile mettant en relation des utilisateurs avec des conducteurs de VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur), vient de subir un sacré revers en Tchéquie. Le tribunal régional de Brno a en effet décidé d’interdire son fonctionnement dans la principale ville de Moravie. Uber, qui, selon la justice, ne respecte pas la loi et constitue une concurrence déloyale pour les chauffeurs de taxi, va faire appel du verdict.

Photo: portal gda, CC BY-SA 2.0
Le développement de l’entreprise américaine Uber est mondial, et les questions qu’elle soulève également. La société de VTC permet à ceux qui utilisent son application d’effectuer des trajets souvent à moindre coût et à certaines personnes de se lancer dans une activité sans aucun diplôme particulier. Le développement de cette nouvelle économie, d’ailleurs surnommée « ubérisation » et basée sur la mise en relation de professionnels proposant un service et de clients susceptibles de l’utiliser, suscite pourtant de nombreuses critiques. Celles-ci portent sur la précarisation du travail pour ces professionnels qu’aucun droit du travail ne protège et qui peinent souvent à obtenir des revenus décents. D’autant plus qu’ils viennent concurrencer des firmes de « l’économie classique », qui doivent quant à elles respecter les règles du jeu.

En République tchèque, Uber s’est d’abord développé à Prague à partir de 2014. Aucune des plaintes déposées à son encontre, par des représentants de sociétés de taxi et avec le soutien de la municipalité, n’y a jusqu’alors abouti. Les choses ont été bien plus rapides à Brno, puisqu’il n’a fallu que quelques mois après son lancement, en février dernier, pour qu’un tribunal ne décide son interdiction. La société Uber dit n’avoir pas encore reçu le verdict. Selon sa porte-parole en Tchéquie, Miroslava Jozová, cela ne l’empêche pas d’être mécontente :

Photo: Archives de la société Uber
« A l’heure actuelle, nous ne disposons pas de toutes les informations. Quoi qu’il en soit, cette décision nous désole. Elle nous est tombée de dessus et bien évidemment, nous allons faire appel contre elle. »

La décision de justice entrera en application dès qu’elle aura été traduite en néerlandais. En Europe, la société de VTC est en effet basée aux Pays-Bas, ce qui est bien pratique pour échapper au maximum à l’impôt dans les autres pays européens où elle est active. A Brno, les chauffeurs Uber ne pourront plus exercer à moins de respecter certaines règles : ils devront avoir reçu une autorisation, leurs voitures devront être identifiées comme des taxis avec le nom de la firme qui les emploie, et ils devront également être équipés d’un taximètre.

C’est la société Lido Taxi Radio qui a déposé la plainte, dénonçant la concurrence déloyale que représente pour elle l’entreprise américaine. Celle-ci trouve cependant étrange que la municipalité de Brno se soit associée à la démarche d’une compagnie de taxi privée et demande des explications. Maire adjoint en charge des transports, Matěj Hollan, membre du mouvement Žít Brno, est disposé à en fournir. Uber prétend être un service de covoiturage, ce qui d’après lui est faux :

Matěj Hollan, photo: Matěj Pálka, ČRo
« Les conducteurs qui travaillent avec Uber sont payés par Uber. Certains ne sont pas de Brno. Quand la société s’est implantée ici, elle a fait venir certains chauffeurs de Prague qui conduisaient à plein temps pour elle. Et ils ne savaient pas préalablement quelle serait leur destination. Le covoiturage, cela veut dire que vous allez d’un point à un autre, et que pour ne pas y aller avec votre véhicule vide, vous prenez avec vous des gens avec lesquels vous partagerez les frais. On est là face à quelque chose d’autre. Ce que fait Uber, c’est un service de taxi normal. Il y a des lois qui réglementent la profession de taxi et Uber doit les respecter. »

Le problème est loin d’être résolu en République tchèque. Nombreux sont ceux qui, comme Matěj Hollan, regrettent le retard pris par le ministère des Transports pour adapter la loi à l’arrivée de ces entreprises nouvelles qui bouleversent l’économie du secteur.