Un portrait du roi tchèque, Jean de Luxembourg

r_2100x1400_radio_praha.png

Aujourd'hui, dans le cadre de ce programme consacré à l'histoire tchèque, je voudrais vous présenter le dixième roi tchèque, Jean de Luxembourg, mort dans la bataille de Crécy, le 26 août 1346, il y a donc 655 ans. Les festivités organisées chaque année ce jour-ci nous rappellent non seulement le commencement du conflit entre la France et l'Angleterre qui est entré dans l'histoire comme la Guerre de cent ans mais aussi le destin de ceux qui y ont lutté et sacrifié leurs vies. Parmi ceux-ci le roi tchèque Jean de Luxembourg qui luttait pour les couleurs françaises. Voici sa vie et son oeuvre.

Jean de Luxembourg est né le 10 août 1296 au château d'Altmünster au Luxembourg. Il fut élevé à la cour de son père. L'une de ses deux soeurs, Marie, s'est mariée avec le roi de France Charles IV à la cour duquel fut élevé le fils de Jean de Luxembourg, Venceslas IV; ce dernier adopta le prénom de son oncle et s'inscrivit dans l'histoire comme Charles IV.

Mais revenons en à Jean de Luxembourg qui, après s'être marié avec la dernière descendante de la famille des Premyslides, Eliska, accède au trône tchèque en 1310. Les premières années de son règne sont marquées par une lutte difficile pour la consolidation du pouvoir royal. En effet, les seigneurs tchèques qui avaient renforcé leur position politique et économique lors du règne des prédécesseurs de Jean de Luxembourg, n'ont pas voulu renoncer à leurs privilèges et ont fait tout pour empêcher le retour du système où le roi est tout puissant. Ainsi, le roi s'est brouillé non seulement avec la noblesse mais aussi avec certaines institutions religieuses et la bourgeoisie. En 1319, le patriciat de Prague a organisé même une révolte contre le roi à laquelle s'est jointe aussi, avec ses fidèles, la femme de Jean de Luxembourg, Eliska. La révolte a été réprimée et la reine chassée de la cour.

Le peuple tchèque, lui non plus, n'avait pas de sympathie pour le roi qui chargeait le pays de nombreux impôts et pour lequel la Bohême n'était qu'une source financière bonne à payer ses expéditions de guerre en Italie, en Allemagne et en France. A l'époque, la paix était en danger permanent non seulement dans les pays tchèques mais aussi au Luxembourg et dans les pays voisins. Du point de vue du peuple tchèque, ces expéditions de guerre n'avaient pas de sens. Néanmoins, c'est grâce à elles et aux négociations diplomatiques, que Jean de Luxembourg menait avec des puissances occidentales, que le royaume de Bohême a rétabli sa renommée dans les milieux politiques de la cour pontificale et auprès du roi romain et français. Bref, il n'était pas du tout facile pour le roi de convaincre au moins une partie de la noblesse tchèque de la nécessité de libérer l'Etat tchèque de son isolement politique et de lui permettre un plein épanouissement dans le contexte pan-européen. Grâce justement au roi Jean de Luxembourg, les pays tchèques en ont fini avec leur isolement pour entrer dans la conscience de toute l'Europe féodale d'alors. Les pays tchèques sont devenus attrayants pour l'opinion politique européenne, pour les commerçants, ainsi que pour les ambassadeurs des cultures étrangères. La politique étrangère de Jean de Luxembourg, si peu comprise à l'époque, était sans doute une politique moderne et dynamique. Ce roi qui est resté dans son pays un étranger aux yeux de la noblesse provinciale, il était même appelé roi étranger, a fait pour l'essor du royaume tchèque beaucoup plus que ses prédécesseurs. Par lui et notamment par son fils Charles IV s'introduit en Bohême les cultures française et italienne, tout en évitant dorénavant l'intermédiaire allemand. On doit à Jean de Luxembourg aussi l'amélioration des relations avec la France, sa fidélité à ce pays s'étant inscrite dans l'histoire des bonnes relations amicales tchéco-françaises.

Le roi tchèque Jean de Luxembourg adorait toutes sortes de duels de chevaliers, de luttes et de combats et il n'a donc manqué aucune occasion d'y participer. Un proverbe circulait à l'époque en Europe: sans le roi tchèque, personne ne peut régler définitivement son affaire... et Jean satisfaisait toujours à ce devoir. Il en a été de même au début du conflit de cent ans entre deux plus grandes monarchies féodales d'Europe occidentale, la France et l'Angleterre.

En plein été de l'année 1346, le roi d'Angleterre Edouard III se dirige avec son armée vers Paris pour régler ses comptes avec le roi de France Philippe VI. Se sentant menacé, ce dernier appelle au secours toutes les dynasties royales amies parmi lesquelles, bien évidemment, les Luxembourg. Jean de Luxembourg et son fils Charles IV n'hésitent pas et se mettent en route, sans tarder. Edouard a peur de la supériorité numérique de son adversaire et décide donc de se retirer. Malheureusement, Jean de Luxembourg et ses 500 hommes interviennent, déclenchant ainsi la première bataille de la Guerre de cent ans, la bataille de Crécy livrée le 26 août 1346, et qui sera le thème de nos prochains Chapitres de l'histoire tchèque.

Auteur: Astrid Hofmanová
lancer la lecture