Une agglomération celtique unique découverte près de Hradec Králové
Si la découverte a été réalisée l’an dernier, elle n’a été rendue publique que début juillet et fait même l’objet d’une surveillance policière : sur le tracé de la future autoroute D35 dans la région de Hradec Králové les archéologues ont mis au jour une agglomération celtique considéré comme « sans équivalent » en Tchéquie – à la fois par sa taille et par les artefacts découverts.
LIRE & ECOUTER
Décidément, la construction de la future autoroute D35 n’a de cesse de livrer des trésors archéologiques : l’an dernier déjà, les archéologues tchèques qui fouillent le terrain avaient annoncé avoir mis au jour ce qui est probablement le plus long tumulus préhistorique jamais découvert en Europe. Daté du IVe millénaire avant notre ère, il correspond à la culture des vases à entonnoirs, une culture de l’Europe du Néolithique qui marque l’apparition de tombes mégalithiques et dont les représentants inhumaient leurs morts.
Aujourd’hui, c’est une autre découverte majeure qui a été rendue publique : celle d’une grande agglomération celtique décrite par les scientifiques comme un important centre commercial et industriel, relié à des voies de communication à longue distance, dont la célère route de l’ambre reliant dès l’Age du Bronze la mer Baltique à la mer Méditerranée.
Selon les archéologues, le site remonte à plus de 2 000 ans, lorsque les Celtes, plus précisément la tribu des Boïens, vivaient dans la région. C’est justement cette tribu qui aurait donné son nom à la Bohême. Tomáš Mangel, archéologue à l’université de Hradec Králové, explique :
« Cette colonie de peuplement a été active à partir de la toute fin du IIIe siècle avant J.-C. et s’est achevée au début du Ier siècle avant J.-C. Elle représente ce que nous appelons une ‘agglomération centrale’, un site aux fonctions économiques et sociales de premier ordre. Nous avons identifié plusieurs fours à poterie, des signes de traitement du verre et des vestiges d’ambre, qui était un produit commercial important à l'époque. Il y a également un grand nombre de pièces de monnaie en or et en argent, dont certaines ont même été frappées sur place. »
Le site est associé à la culture dite de La Tène, ou second Age du Fer, une culture archéologique qui s’est développée en Europe entre environ 450 et 25 avant Jésus-Christ. Considérée comme l’apogée de la culture celtique, elle doit son nom au site de La Tène en Suisse, lieu d’un village sur pilotis qui a fait l’objet de fouilles intensives à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Cette culture a essaimé dans toute l’Europe, de la Gaule à l’Espagne, en passant par les Balkans, la Grèce et l’Asie mineure. Et donc l’Europe centrale également. Un des représentants les plus fameux de cette culture en Bohême est la tête celtique de Mšecké Žehrovice, mise au jour de manière fortuite par un mineur au plus fort de l’occupation nazie en Tchécoslovaquie. D’une valeur inestimable, elle est depuis considérée comme un des plus grands trésors archéologiques de Tchéquie.
Si le site près de Hradec Kralové n’a pas encore révélé pareille pièce, l’ampleur des artefacts mis au jour, de même que leurs qualités, sont indéniables. Une découverte particulièrement exceptionnelle – et extrêmement rare en Europe – a été faite par les chercheurs : un tesson de céramique gravé d’une image de cheval, tenant dans la paume d’une main.
La présence d’ambre de la Baltique, le nombre important de pièces de monnaie et les signes de production de poteries de luxe sont autant d’indices montrant qu’il ne s’agissait pas là d’un établissement humain ordinaire, mais bien d’un carrefour régional sur la route de l’ambre :
« La taille du site est également extraordinaire. Alors que la plupart des localités de cette période ne couvraient qu’un ou deux hectares, celle-ci s’étend sur au moins 25 hectares. Ce qui le rend unique, c’est que nous avons mis au jour la quasi-totalité du site. Cela nous a permis de recueillir un large éventail de données, et nous prévoyons d'autres analyses pour en savoir encore plus. »
Les institutions chargées de la fouille, l’université de Hradec Králové, le Musée de Bohême de l’Est et la société Archaia, envisagent de soumettre une demande de classement du site comme monument culturel afin de protéger les pièces de monnaies, les fragments de récipients en céramique, les fondations d’habitats, les sites de production et les très probables deux sanctuaires mis au jour. Ni les activités agricoles intensives ni les recherches illégales des chasseurs de trésor pourvus de détecteurs de métaux n’ont perturbé les lieux par le passé, permettant à l’ensemble du site d’être préservé de manière intacte, avant les fouilles préventives liées au chantier de l’autoroute D35. Pour les scientifiques, le gros du travail commence désormais : nettoyer, analyser et cataloguer toutes ces découvertes, et préparer à terme une exposition pour montrer au grand public ce que le sol de Bohême orientale a préservé pendant deux millénaires.
En relation
-
Archéologie : les plus grandes découvertes tchèques
D'où vient la tête celtique la plus célèbre ? Qui était le Viking au Château de Prague ? Quels trésors ont été conservés de l'âge du bronze ?






