Une année en quelques expressions

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Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Pour cette dernière émission de 2006, nous avons décidé de faire un petit tri parmi toutes les expressions relatives à différents thèmes ou mots que nous avons découvertes tout au long de l'année. L'occasion de revenir sur certaines d'entre elles, notamment sur celles que nous avons estimées être parmi les plus amusantes, curieuses ou originales.

Le printemps et les beaux jours enfin revenus, nous avions évoqué, en mai dernier, des thèmes de saison, comme les fleurs - květiny, et plus précisément le langage des fleurs, ce qui, en tchèque, s'appelle « květomluva », un terme composé de la racine du mot « květina » - « fleur », et du verbe « mluvit » - « parler ». Nous avions alors expliqué que les fleurs parlent et expriment si bien nos sentiments que lorsque nous en offrons, nous n'avons presque pas besoin d'ouvrir la bouche. Petr Eben, un compositeur tchèque, affirmait ainsi que « Květina je klíčem k srdci ženy : otevře ho snadněji než klíč houslový » - « Les fleurs sont la clef du coeur des femmes : elles l'ouvrent plus facilement qu'une clef de sol ». Et nous avions également mentionné cette constatation d'un autre écrivain tchèque : « Květina mluví všemi jazyky světa » - « Les fleurs parlent toutes les langues du monde ».

Mois de la floraison comme son appellation tchèque - květen - l'indique, mai est aussi un temps privilégié pour les sentiments du coeur et les amoureux. Certains sont d'ailleurs parfois tellement amoureux que les Tchèques peuvent alors dire de l'amoureux en question qu'il est « chaud comme un calendrier de pompiers » - « je rozpálený jako hasičský kalendář », ou, ce qui est tout de même un peu plus romantique, qu'il « la regarde comme une image sainte » - « dívá se na ni jako na svatý obrázek », ou carrément « comme la Sainte Vierge » - « dívá se na ni jako na Panenku Marii ». Pour notre part, nous préférerons une autre expression, pas dénuée non plus de poésie, qui veut qu'il soit « tombé amoureux d'elle comme un veau d'une botte de foin » - « zamiloval se do ní jako vůl do otepi sena », et qu'il « l'aime comme le monde entier » - « miluje ji jako celý svět ».

Autre thème riche en expressions : l'ivresse. Chaque année, l'annonce prête quelque peu à sourire, mais les Tchèques en sont fiers. Avec environ 160 litres consommées en moyenne pendant l'année par chaque habitant, enfants et personnes âgées compris, les Tchèques sont ni plus ni moins les plus gros buveurs de bière au monde. Il faut dire que dans un pays qui a inventé la bière de type pils, ce qui est parfois appelé le pain liquide représente un certain art de vivre et un élément incontournable de la culture populaire. Mais s'ils aiment donc leur bière, les Tchèques aiment aussi parfois, comme partout ailleurs, en boire une « p'tite » de trop. Rien d'étonnant dès lors à ce que l'on retrouve une quantité d'expressions et de comparaisons relatives à un état d'ivresse avancé de certains consommateurs.

Loni každý Čech včetně novorozeňat a malých dětí v průměru vypil 160 litrů piva.
Par exemple, puisque lorsqu'on est soûl, on a parfois tendance à perdre un peu l'équilibre et à ne pas marcher bien droit, les Tchèques diront parfois de la personne en question qu'elle zigzague, qu'elle a du vent dans les voiles, traduit littéralement qu'elle « lace le chemin » - « šněruje cestu », le verbe « šněrovat » signifiant, en effet, « lacer », dans le sens de lacer un corset ou des souliers. Dans ce cas-là, il peut alors arriver que « le chemin soit trop étroit pour lui » - « každá cesta je mu úzká », qu'il « ne puisse pas retrouver le chemin de la maison » - « nemůže trefit domů », et finalement qu'il « ne sache pas passer par la porte » - « nemůže trefit do dveří ». Bref, tout un ensemble de petits problèmes dont certains d'entre vous ont peut-être déjà fait l'expérience et qui peuvent même donner l'impression que le coupable, si on peut le désigner ainsi, « ne marche pas tout seul » - « nejde sám », ou alors, mieux encore, qu'ils « marchent à deux » - « jdou dva ».

Mais la langue tchèque dispose également de dizaines d'autres expressions encore un peu plus imagées. Ainsi, au choix, toujours à propos d'une personne ivre, on pourra dire qu'elle « ne sait pas comment porter sa tête » - « neví, jak hlavu nést ». Ironiquement, on peut également affirmer qu'il « a reçu beaucoup de raison » - « dostal moc rozumu », ou encore que « le monde tourne avec lui » - « motá se s ním svět », ou plutôt titube avec lui, et même qu'il « voit deux soleils » - « vidí dvě slunce ».

Et puisque la fin d'année et l'arrivée de la nouvelle sont toujours plus ou moins synonymes d'une certaine forme d'ivresse, c'est donc ainsi que prend fin ce « Tchèque du bout de la langue ». Nous vous souhaitons donc une bonne et heureuse nouvelle année - Šťastný Nový rok, au cours de laquelle vous porterez, comme nous l'espérons, le soleil en vous - slunce v duši, et, qui sait, tomberez peut-être amoureux comme un veau d'une botte de foin. Salut donc, et à bientôt - zatím ahoj !