Une lueur d’espoir pour les deux Tchèques détenus en Turquie

Lubomír Zaorálek, Mevlüt Cavusoglu, foto: ČTK

Le ministre des Affaires étrangères Lubomír Zaorálek s’est dit optimiste, mardi, concernant le sort des deux Tchèques arrêtés par la police turque en novembre dernier pour leur prétendue appartenance à des milices kurdes. En visite à Ankara lundi et mardi, le chef de la diplomatie tchèque a fait le plaidoyer auprès de son homologue turc de la version selon laquelle les deux détenus ne participaient pas à des activités terroristes. Mais si la Turquie n’est pas sourde aux arguments de Prague, Markéta Všelichová et Miroslav Farkas ne sont pas encore sortis de prison pour autant.

Markéta Všelichová et Miroslav Farkas, photo: Sirnak Police, Mete Sohtaoğlu
« Un résultat positif pour moi compte tenu de l’avancée des négociations, cela signifierait l’extradition de nos deux ressortissants en République tchèque. C’est ce que je souhaite, mais c’est aussi ce à quoi nous ne parviendrons pas aujourd’hui, cela est impossible. »

De l’optimisme donc, mais aussi et surtout de la patience : selon son chef Lubomír Zaorálek, c’est ce dont la diplomatie tchèque doit s’armer si elle entend parvenir à un accord avec Ankara pour l’extradition de Markéta Všelichová et Miroslav Farkas, arrêtés par la police turque il y a près d’un mois de cela dans la province de Sirnak, région proche de l’Irak et de la Syrie et zone de combats entre l’armée turque et les indépendantistes kurdes.

Les troupes YPG, photo: Kurdishstruggle, CC BY 2.0
La Turquie accuse les deux Tchèques d’être des membres d’une organisation terroriste armée. Mardi, le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu a précisé que des uniformes des Unités de protection du peuple (YPG), une milice de Kurdes syriens, et d’autres documents compromettants avaient été trouvés sur les deux Tchèques au moment de leur arrestation alors qu’ils s’apprêtaient à franchir illégalement la frontière entre la Turquie et l’Irak. Par le passé, Markéta Všelichová et Miroslav Farkas avaient affirmé sur des réseaux sociaux leur appartenance à YPG, une branche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) que la Turquie et les Etats Européens dans leur ensemble rangent parmi les groupes terroristes. A l’issue de sa rencontre avec son homologue turc, Lubomír Zaorálek a toutefois répété que les faits différaient quelque peu de cette version des choses :

« J’ai assuré mon collègue monsieur le ministre que selon nos informations, les deux citoyens tchèques dont il est question avaient pour intention avant tout d’aider à l’installation d’un hôpital de campagne et qu’il s’agissait dans leur esprit d’abord d’une aide d’ordre humanitaire. »

Lubomír Zaorálek avec son homologue, Mevlüt Çavusoglu, photo: ČTK
La police turque entend malgré tout poursuivre son enquête de façon à pouvoir établir dans quelle mesure Markéta Všelichová et Miroslav Farkas étaient impliqués dans les structures et activités d’YPG et de PKK. Une position que respecte bien entendu la diplomatie tchèque, et ce d’autant plus que les autorités turques semblent faire preuve de bonne volonté, selon Lubomír Zaorálek :

« Nos échanges m’ont laissé une bonne impression. Dès à présent, des mesures positives qui témoignent d’une volonté de dialoguer ont été entreprises. Leurs familles pourront ainsi par exemple rendre visite aux détenus. Mais il est évident que les Turcs ne peuvent pas laisser tomber cette affaire simplement parce que nous leur affirmons que nos ressortissants n’avaient pas de mauvaises intentions. Il faut être réaliste. Par ailleurs, et plus particulièrement dans le contexte actuel en Turquie (après l’attentat d’Istanbul), il faut respecter les procédures qui ont été entreprises et qu’il convient de mener à bien compte tenu des soupçons. »

Toujours selon le ministre tchèque, il n’est cependant dans l’intérêt de personne, pas plus de Prague que d’Ankara, que cette affaire prenne des proportions qui pourraient entraver les relations entre les deux pays. La partie turque est donc prête à écouter les arguments tchèques.