Vladimír Vochoč, un « Juste parmi les nations » honoré dans sa ville natale
Le 4 janvier 1985, Vladimír Vochoč mourait à Prague à l’âge de 91 ans, dans l’anonymat le plus complet. Persécuté par le régime communiste, placé en retraite anticipée après sa sortie de prison, cet homme avait pourtant l’étoffe d’un héros discret, lui qui, en tant que consul tchécoslovaque à Marseille au début de la guerre, a permis de nombreux réfugiés juifs de fuir le continent. Une plaque rappelle aujourd’hui sa mémoire dans sa ville natale.
« Sur la plaque, outre le portrait du docteur Vochoč, on voit des mains s’échangeant un passeport tchécoslovaque, symbole de ce qui a permis à tant de gens de quitter l’Europe en guerre », explique Tomáš Tázlar, de la mairie de Třebechovice pod Orebem (région de Hradec Kralové). C’est là qu’est né le 14 juillet 1894, donc encore sous l’empire austro-hongrois, Vladimír Vochoč, docteur en droit qui à partir de 1919 va servir avec loyauté la toute jeune république tchécoslovaque née un an plus tôt à l’issue de la Première Guerre mondiale. Engagé dans le corps diplomatique de cette nation nouvellement indépendante, il la représente dans différentes administrations diplomatiques comme à Tirana, Kaunas, Bruxelles ou Paris.
En 1938, il est nommé consul général à Marseille et c’est là que la guerre le rattrape. Lenka Horňáková Civade est écrivaine, et auteure d’un roman construit autour de la figure de cet homme devenu incontournable pour les Tchécoslovaques en fuite, mais pas seulement eux :
« Vladimír Vochoč arrive à Marseille en mai 1938, c’est un avocat et un diplomate tchécoslovaque. Il a commencé sa carrière très jeune, juste après ses études. Il participe à la conférence de Paris, en 1919-1920, donc il avait une grande expérience de la vie parisienne et était aux premières loges lors de la création de l’Etat tchécoslovaque. Il arrive en 1938 à Marseille, déjà expérimenté, avec une expertise sur les questions internationales. C’est une grande chance pour la Tchécoslovaquie, mais on ne le sait pas encore. Qui dit mai 1938, dit avant les accords de Munich, avant le 15 mars 1939 et l’invasion de la Tchécoslovaquie et avant septembre 1939 et le déclenchement de la guerre. Ce sont des dates qui, pour les Français, n’ont pas la même signification que pour les Tchèques. Qu’est-ce que c’est d’être consul : c’est être le maire et le notaire dans le pays pour ses concitoyens. C’est aussi gérer le quotidien, sauf que le quotidien, en temps de guerre, est bouleversé. Vochoč est celui qui prend en charge les ressortissants de Tchécoslovaquie, puis du Protectorat de Bohême-Moravie, mais pas seulement. »
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Vladimír Vochoč gère les interbrigadistes qui remontent d’Espagne : à la fin de la guerre dans la péninsule, de nombreux républicains refluent vers la France, sont internés dans des camps où se mélangent toutes les nationalités des Polonais, des Tchécoslovaques, des Allemands, des Autrichiens… Il en prend certains en charge, soit pour leur trouver du travail ou des documents pour voyager.
L’éclatement général de la guerre en 1939 va encore accentuer le besoin de nombreuses personnes, tout particulièrement des Juifs, qui veulent fuir le continent européen par peur des persécutions. En bon diplomate et fonctionnaire ingénieux, Vladimír Vochoč va à la fois réussir à convaincre les autorités françaises tout en profitant du chaos ambiant à l’automne 1939 pour mener à bien cette entreprise, en fournissant à ces réfugiés des passeports tchécoslovaques – alors même que l’Etat tchécoslovaque n’existe de facto plus depuis l’annexion des Sudètes, puis son occupation en mars 1939. Lenka Horňáková Civade :
« Vochoč a élaboré un petit discours, présentant la situation géopolitique, présenté les arguments et mis des solutions en place. Ce qui intéressait l’administration française avant tout, c’était les solutions. Lui préparait tout le côté administratif et laissait le soin à ceux qui devaient le faire de poser le tampon. Et c’est vrai que ça a marché ! A un moment donné, cet homme s’est retrouvé à diriger la seule représentation diplomatique en France libre, d’un pays qui n’existe pas dans un pays en guerre. C’est assez magique, c’est la quintessence de l’absurde, mais cela fonctionne. »
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À cette fin, il collabore également avec un jeune Américain, Varian Fry, qui parvient à faire traverser l’Atlantique à des milliers de personnes, parmi lesquelles des artistes tels que Chagall ou Breton. Depuis le début de l’année 2024, une stèle située devant le consulat général des États-Unis à Marseille perpétue sa mémoire, aux côtés de celle dédiée à Varian Fry, lui aussi longtemps tombé dans l’oubli. Par ailleurs, au printemps 2023, une bibliothèque consacrée à la littérature tchèque et portant le nom de l’ancien consul tchécoslovaque a été inaugurée au sein du consulat honoraire de la République tchèque dans la cité phocéenne.
Aujourd’hui, donc, c’est également sa ville natale qui lui rend hommage : à quelques jours des quarante ans écoulés depuis sa mort, Třebechovice pod Orebem a dévoilé la plaque qui rappelle la mémoire de Vladimír Vochoč dont on estime qu’il a permis, en délivrant ses passeports rouges dont seul un exemplaire a été retrouvé à ce jour, de sauver entre 2 000 et 2 500 personnes, dont de nombreux Juifs. Jana Rückerová, chroniqueuse locale dans la ville natale de Vochoč :
« En reconnaissance de ses actes, il a été honoré en 2016 du titre de Juste parmi les nations, devenant ainsi le 116ᵉ Tchèque à recevoir cette distinction. Il importe que l’on sache qu’il fut un homme intègre, juste et profondément attaché aux valeurs démocratiques, ayant œuvré au sauvetage de nombreuses vies. »
Les habitants de Třebechovice pod Orebem auront d’ailleurs l’occasion de s’en convaincre le 14 janvier à la faveur d’une rencontre avec deux historiens tchèques, qui s’y rendront pour enregistrer le très populaire podcast Přepište dějiny (Réécrivez l’histoire) consacré au destin de l’enfant du pays.








