Volley - Ondřej Hudeček, capitaine de la République tchèque : « Laurent Tillie, le meilleur entraîneur »

Ondřej Hudeček

Le prochain Championnat d’Europe de volley-ball se tiendra en République tchèque et en Autriche, en septembre 2011. Jeudi dernier, le tirage au sort des groupes a été effectué au Château de Prague. Capitaine de l’équipe de République tchèque qui a terminé 10e du récent Championnat du monde en Italie, Ondřej Hubeček était présent pour l’occasion. Avant de reprendre la direction de Montpellier, où il entame sa huitième saison en France, Ondřej Hudeček s’est exprimé au micro de Radio Prague. Et il est d’abord revenu sur cette 10e place au Mondial, le meilleur résultat tchèque depuis 20 ans après plusieurs victoires contre des nations fortes du jeu. Mais après avoir cru pouvoir lutter pour une médaille, les Tchèques ont finalement dû se contenter d’une 10e place mi-figue, mi-raisin, comme le reconnaît Ondřej Hubeček :

Ondřej Hudeček
« C’est vrai, c’est le meilleur résultat dans l’histoire de la République tchèque, mais on est quand même un peu déçus de n’avoir terminé que dixièmes. Notre jeu et nos prestations nous ont fait penser qu’on pouvait espérer un meilleur classement. Le Championnat d’Europe l’année prochaine sera donc l’occasion pour nous d’élever encore un peu notre niveau pour finir mieux que dixièmes. »

-Vous avez battu les Etats-Unis, champions olympiques en titre, la Bulgarie, vous avez perdu et gagné un match contre la France. Au 3e tour, vous aviez pour adversaires le Brésil et l’Allemagne. Contre le Brésil, qui a été sacré champion du monde quelques jours plus tard, vous avez mené 2 sets à 1 avant de finalement vous incliner. On peut penser que si vous aviez gagné ce match, vous auriez ensuite pu battre l’Allemagne et vous qualifier pour les demi-finales car vous auriez été dans un autre état d’esprit. Il ne vous a donc pas manqué grand-chose, un set, est-ce que cela signifie que l’élite mondiale est très regroupée ?

« Oui, le niveau entre les meilleures équipes mondiales et européenne est vraiment très serré. Ce Mondial nous a montré que nous étions, nous aussi, capables de battre les toutes meilleures équipes et que tout serait ouvert pour l’Euro. »

Ondřej Hudeček, photo: CTK
-Pendant longtemps, le volley a été, et reste encore, un sport traditionnel et très pratiqué en République tchèque, comme le basket ou le handball. Comment expliquez-vous donc la baisse de résultats sur le long terme au niveau de l’équipe nationale, alors que, auparavant, la Tchécoslovaquie, comme d’autres pays de l’Europe de l’Est, faisait partie des nations fortes du volley mondial ?

« Une des raisons est que, sous le communisme, tout le monde restait au pays. Seul le sport pouvait vous aider à montrer qui vous étiez vraiment et à voyager à l’étranger. Après la révolution, de nouvelles possibilités se sont offertes à la nouvelle génération. Il y a plein d’autres choses à faire que du sport, et pas seulement voyager. Je pense que cela va demander encore un peu de temps avant que les nouvelles générations reviennent au sport. »

-Au niveau de l’équipe nationale, ce qui est également frappant, c’est son instabilité au niveau des entraîneurs. Six se sont succédés en l’espace de huit ans, parmi lesquels notamment le Français Laurent Tillie. Comment l’expliquez-vous ? Et cette instabilité n’est-elle pas une des principales causes de l’absence de résultats du volley tchèque ?

« C’est une erreur, c’est certain. Le manque de stabilité, que ce soit au niveau du coach ou des joueurs, ne permet pas d’obtenir de bons résultats. Je crois que les dirigeants ont été trop impatients. Ils ont voulu des résultats trop vite, car ils savaient que le volley tchèque possédait une forte génération capable de belles choses. Malheureusement, les résultats n’ont pas suivi et ils ont changé les entraîneurs. Mais les choses évoluent : l’équipe est la même depuis pratiquement deux ans, l’entraîneur travaille bien avec nous, il faut seulement espérer que tout ça va continuer dans le même état d’esprit. »

-Est-ce un avantage ou un désavantage que la majorité des joueurs qui composent l’équipe nationale évoluent dans des clubs étrangers ? Sur les douze joueurs qui ont disputé le Mondial, cinq notamment portent le maillot d’un club français.

« Il y a deux façons de voir les choses. C’est un avantage dans la mesure où nous jouons dans des championnats d’un meilleur niveau que le tchèque. Mais d’un autre côté, les Polonais par exemple possèdent cinq joueurs du même club de Belchatow, et cela leur permet de travailler plus ensemble. Mais aujourd’hui, il n’existe pas de club en République tchèque avec un tel potentiel. De ce fait, il vaut donc mieux pour nous jouer à l’étranger. Le niveau y est plus élevé. »

- Sur les douze joueurs qui ont disputé le Mondial, cinq portent le maillot d’un club français. Ce ne sont pas les seuls Tchèques en Pro A, il y en a d’autres. Comment expliquez-vous cette forte présence de volleyeurs tchèques en France. Chaque saison, ou presque, un joueur tchèque est sacré champion de France ou remporte un trophée…

« Cela fait déjà longtemps que les Tchèques viennent en France. Nous profitions aujourd’hui du bon crédit des premiers joueurs. C’est la raison pour laquelle beaucoup de managers et entraîneurs français cherchent de jeunes joueurs en République tchèque. Je pense que tous les joueurs qui sont venus en France ont ensuite confirmé qu’ils allaient le potentiel pour y jouer. Et j’espère que ça va continuer parce que pour nous qui jouons là-bas, c’est un plaisir de voir des Tchèques gagner régulièrement quelque chose. »

Photo: www.montpellier-uc.org
-Vous entamez à Montpellier votre huitième saison en France. Avant cela, vous êtes passé par Cannes et Rennes. Dans votre cas, comment s’est passée votre arrivée en France ?

« A l’époque, Ivo Dubš, qui était capitaine de l’équipe nationale, jouait à Cannes. Avec mon club tchèque d’alors, nous avons joué contre Cannes en coupe d’Europe. J’ai fait de bons matchs après lesquels Laurent Tillie, l’entraîneur de Cannes, a demandé à Ivo si j’étais intéressé. Comme mon rêve était de jouer à l’étranger, j’ai tout de suite signé le contrat. Finalement, j’ai passé trois très belles années à Cannes sous les ordres de Laurent Tillie, qui reste pour moi le meilleur entraîneur que j’ai jamais connu. »

-Vous jouez à Montpellier, qui peut être considérée comme une des villes les plus sportives de France avec notamment des clubs de foot, de rugby et de handball de très haut niveau. Une nouvelle salle ultra-moderne a également été inaugurée dernièrement. Si on y ajoute le soleil et la mer, c’est l’endroit idéal pour un sportif professionnel, non ?

« Oui, Montpellier est une ville très sportive. Tous les sports ou presque sont représentés. Mais ce n’est pas l’idéal pour le volley. L’argent consacré à certains sports est autant d’argent qui ne l’est pas au volley. Le club a d’ailleurs eu des problèmes financiers l’année dernière. C’est pourquoi il est d’autant plus important pour nous d’obtenir de bons résultats cette saison. Mais pour le reste, c’est vrai que j’apprécie beaucoup le sud de la France. Le soleil et la mer sont les seules choses qui nous manquent en République tchèque. »