Willem de Graeve : « Belges et Tchèques ont en commun une certaine fascination pour la culture visuelle »

Фото: архив фестиваля

Jusqu’au 25 octobre, Prague accueille le festival de la bande-dessinée Komiksfest. Longtemps considérée comme un genre mineur, la bande-dessinée a acquis ses lettres de noblesse ces dernières années, suscitant l’engouement tant du monde de l’édition que du public. En République tchèque aussi, la bande-dessinée se fait une place de plus en plus importante. Pour parler de BD, et de BD tchèque plus précisément, Radio Prague s’est entretenu avec Willem de Graeve, directeur du Musée de la BD à Bruxelles et fin connaisseur de la République tchèque.

Willem de Graeve, photo: Site officiel de Komiksfest
« Le Musée de la bande-dessinée est un musée typique de la Belgique et surtout de Bruxelles, car deux formes d’art y sont combinées : tout d’abord la bande-dessinée que nous appelons le 9e art, en Belgique, mais aussi l’Art nouveau. Nous avons en effet la chance d’être dans un très beau bâtiment Jugendstil qui date de 1906. Bruxelles, comme Prague, est très connu pour son Art nouveau. Cette combinaison fait que le musée est très attractif pour les visiteurs étrangers. »

Quelques ouvrages de BD tchèque ont percé dans le monde francophone, comme Alois Nebel de Jaroslav Rudiš et Jaromír 99, ou encore Les sauvages de Lucie Lomová. Quel est votre regard sur la BD tchèque ?

« C’est vrai que la bande-dessinée tchèque prend de plus en plus d’ampleur. Nous avons déjà consacré quelques expositions à des auteurs tchèques. L’édition francophone d’Alois Nebel a été présentée dans notre galerie, ainsi que le livre de František Skála, Cecil’s Quest. Je trouve que les Belges et les Tchèques ont en commun une certaine fascination pour la culture visuelle. »

Pouvez-vous développer ce point ?

'Alois Nebel', photo: Presque lune
« En Belgique, il y a toujours eu une fascination pour la communication visuelle. Quand on pense à nos peintres comme Brueghel, Magritte, très souvent ils racontent une histoire, ce n’est pas seulement décoratif. Je trouve que les Tchèques ont beaucoup de formes d’art sans paroles. Je pense notamment au théâtre de marionnettes, à Laterna Magika aussi. Ce sont deux pays qui se prêtent totalement au développement de la bande-dessinée. »

Puisqu’on parlait d’Alois Nebel, est-ce que vous savez si ça a eu un petit succès en Belgique ? Avez-vous eu des retours de lecteurs ?

« Alois Nebel a été présenté dans notre galerie, donc tous les visiteurs du musée ont eu accès à cette exposition. 30 000 personnes l’ont vu et je sais que beaucoup d’entre eux ont beaucoup apprécié. »

Vous êtes invité dans le cadre du festival Komiksfest à Prague. Ce type d’événements vous permet de rencontrer de nouveaux talents ?

« Je suis toujours très content d’aller dans des festivals aussi dans des pays où la BD est moins développée, car cela permet toujours de faire des découvertes, de rencontrer des artistes locaux. Même si on parle des langues différentes, on est toujours unis par cette langue universelle qu’est la BD. »

De manière générale, la BD a connu un vrai boom ces dernières années. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

« C’est vrai que la BD est de plus en plus reconnue comme faisant partie de la culture. En Belgique, elle est considérée comme un patrimoine à part entière. A l’école, quand les élèves ont des cours sur la littérature belge, ils apprennent à connaître aussi les grands auteurs de BD. Il faut dire aussi que la BD a changé. Jusqu’aux années 1960, la BD était surtout destinée aux enfants et aux adolescents. A l’heure actuelle, la majeure partie de la production est créée pour les adultes. Je trouve qu’aujourd’hui la BD est comme le cinéma : il y a tous les genres, pour chaque âge. Tout le monde peut trouver une BD qui lui plaît. »