7ème édition du Festival « Afrique en création »

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Pour la septième année consécutive se tient actuellement le festival « Afrique en création – Nous sommes tous des Africains » qui propose non seulement à Prague mais aussi dans toute la République tchèque des manifestations culturelles autour de l’Afrique, avec des expositions, des concerts, du théâtre et des lectures. Cette année, c’est le jeune écrivain togolais Gustave Akakpo qui est mis à l’honneur.

Le festival « Afrique en création » a été inauguré cette année dans les locaux de la délégation Wallonie-Bruxelles par le vernissage de l’exposition du photographe belge Jean-Dominique Burton intitulée « l’Allée des rois ». Il s’agit d’une série de portraits de chefs traditionnels du Burkana-Faso. Malgré le fait que le pays soit une République aujourd’hui, ces rois ont une place particulière dans la société. C’est ce que nous explique Jean-Dominique Burton :

« Il faut savoir qu’il y a un président au Burkina-Faso qui s’appelle Blaise Compaoré. J’ai eu un jour une amie qui est peul et qui m’a dit que dans le pays, il y a effectivement un président mais qu’il n’a pratiquement rien à dire, que ce sont les rois qui gouvernent le pays. Je me suis demandé comment cela était possible qu’il existe encore des rois. Elle m’a répondu que chaque région est administrée par un roi et on ne peut pas, par exemple, tracer une route sans demander l’accord du roi, on ne peut pas acheter une maison sans l’accord du roi et du chef de terre et c’est comme ça que cela fonctionne. Ils tiennent leur pouvoir de temps très anciens. Ce qui est bien, c’est qu’ils connaissent très bien leur région. Et quand on a un pouvoir central, évidemment on n’a pas accès à toutes les subtilités des régions. Donc, les rois connaissent tout de suite les problèmes de moisson, quand il manque à manger, quand il y a des problèmes de bétail, et, en plus, il faut savoir qu’ils rendent la justice. Ils ont donc un statut très important, ils règlent vraiment l’équilibre d’une nation quelque part, et moi, je trouve que c’est comme ça que l’Afrique doit fonctionner. »

Jean-Dominique Burton avoue avoir eu des difficultés à convaincre les principaux protagonistes de se laisser photographier, mais l’expostion a ensuite eu un succès important, présentée en premier lieu au Burkina, lors du sommet de la francophonie en 2004, devant les chefs d’Etat de tous les pays étrangers, comme « un juste retour des choses » nous a commenté le photographe. Elle se tiendra à Prague jusqu’au 25 avril.

Cette édition du festival met aussi à l’honneur un jeune écrivain, Gustave Akakpo. Auteur de théâtre, de contes pour enfants, de romans, et même peintre, récompensé par de nombreux prix, Akakpo s’est fait connaitre par ses engagements et sa volonté de parler des problèmes sociaux-culturels de l’Afrique à travers ses pièces. Il est originaire du Togo, un pays qui a connu 40 années de dictature, d’où le parallèle avec l’histoire communsiste.

« Je ne connais pas particulièrement l’histoire de la Tchéquie mais je connais l’ensemble des histoires de ex-pays de l’Est, et il y a une chose justement dans le fait qu’il y ait ce festival des théâtres d’Afrique en Tchéquie qui pour moi a un sens. Ce n’est pas juste ‘tiens, on va voir ce qui se passe du côté de l’Afrique ou parce que l’on a une fibre africaine’. Pour moi, cela a un sens parce que je trouve qu’il y a des parallèles justement, il y a une parenté entre nos histoires. Pour moi, la dictature, c’est un mur. Donc, pendant longtemps, quand on vit sous une dictature, on a l’impression que le jour où on va finalement enlever cette dictature, tout va être bien. Alors que la dictature, c’est juste un mur. Une fois qu’on a foncé dans le mur, une fois qu’on a détruit le mur, tout reste à construire. Et beaucoup de pays africains sont à ce niveau-là. Et tout reste à construire dans un siècle à grande vitesse. C’est là le défi qui se pose à la Tchéquie et c’est là la question qui se pose à beaucoup de pays africains. »

En plus des lectures qu’il va offrir à Liberec, Hradec Kralove et à Brno, va se tenir à Prague une représentation de sa pièce Catharsis, au Divadlo Disk, en français, sous-titré en tchèque.