A Hiroshima, le mémorial de la paix est l’œuvre d’un architecte tchèque

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Jeudi, 75 ans se sont écoulés depuis l’explosion de la première bombe atomique à Hiroshima. Le nom de cette grande ville côtière du Japon est à jamais associée à l’horreur de la guerre. Hiroshima est dévastée par la déflagration du 6 août 1945, mais au milieu des ruines, un bâtiment en réchappe : le palais de l’industrie, œuvre de l’architecte tchèque Jan Letzel, aujourd’hui devenu le mémorial de la paix.

Photo: pd-Japonsko, CC BY-SA 3.0

Tous les ans, le jour-anniversaire de l’explosion d’Hiroshima, une cérémonie est organisée sur les berges de la rivière Ota qui coule au pied du mémorial de la paix. C’est là que les gens déposent dans l’eau des lanternes de papier censées symboliser les braises de la bombe. Cette année, crise sanitaire oblige, l’événement a été annulé, mais quelques habitants ont toutefois fait le déplacement pour déposer leurs lanternes qui ont flotté devant l’ancien palais de l'industrie.

De l’édifice haut de 25 mètres, bâti en 1915 pour vanter les mérites de l’industrie locale, il ne reste aujourd’hui qu’une partie des façades aux fenêtres soufflées, soutenues par leur structure en acier, et la coupole qui en a fait, dès sa construction un élément remarquable et unique du paysage de la ville.

En 2008, nous avions rencontré le réalisateur français Jean-Gabriel Périot, qui avait réalisé un court-métrage autour de ce qui allait devenir le mémorial de la paix :

« Ce bâtiment est un ancien hall de l’industrie et des arts, de temps en temps ça servait de galerie. C’était un bâtiment municipal. Il avait été construit pour les étrangers qui venaient à Hiroshima pour avoir une idée des productions qu’ils pouvaient acheter dans cette région. Ce bâtiment était à deux pas de l’endroit qui devait être le point d’impact. La bombe est tombée légèrement à côté, mais c’est un des bâtiments qui est resté debout, l’un des plus proches de la bombe. C’est devenu pour la ville d’Hiroshima l’un des symboles de la destruction de la bombe. Il n’a jamais été restauré, ou seulement de manière invisible. C’est le monument où les gens d’Hiroshima ou de passage se rendent régulièrement, c’est là qu’ils vont se recueillir. C’est le bâtiment symbolisant la destruction de la ville. »

Jan Letzel, photo: PD-Japan/Wikimedia Commons

Ce bâtiment est l’œuvre de Jan Letzel, né en 1880 à Náchod en Bohême de l’Est. Elève de l’architecte tchèque, Jan Kotěra, une des figures majeures de l’architecture moderne en pays tchèques, Jan Letzel s’installe au Japon en 1907 où il est à l’origine de nombreux bâtiments.

Avec plusieurs autres architectes originaires de Bohême, dont Antonin Raymond quelques temps après, Jan Letzel est considéré comme un des pionniers ayant introduit l’architecture moderne au pays du Soleil levant, comme le souligne l’architecte Zdeněk Lukeš :

« C’est lui qui a apporté au Japon les matériaux de construction modernes comme l’acier et le béton armé, afin que les édifice soient mieux résistants aux tremblements de terre qui frappent régulièrement le pays. Tandis que les petites maisons en bois s’effondraient comme des jeux de carte, les constructions en béton étaient résistantes. Jan Letzel était donc très respecté au Japon, comme l’a été plus tard Antonin Raymond. »

Ce 6 août 1945, lorsque la bombe A frappe Hiroshima à 8h15, c’est cette armature en acier, et notamment celle de la coupole, qui permettra au palais de l’industrie de rester debout, tandis que les maisons traditionnelles japonaises en bois sont rayées de la carte. Les ruines du palais industriel sont bientôt surnommées « dôme de Genbaku » (dôme de la bombe atomique) par les Japonais, et deviennent tout naturellement un lieu du souvenir. Devenu mémorial de la paix, l’édifice est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 1996.

Jan Letzel n’a jamais su ce qu’il était advenu de son œuvre : il est mort à Prague en 1925, à l’âge de 45 ans seulement, des suites d’une maladie.

(A noter qu'à Prague, l'actuel bâtiment du ministère du Commerce et de l'Industrie, œuvre de Josef Fanta datant des années 1920, ressemble à s'y méprendre au dôme d'Hiroshima.)

Le bâtiment du ministère du Commerce et de l'Industrie, photo: Oleg Fetisov