A Hodonín, des fouilles révèlent les vestiges d’un camp d’internement destiné aux Roms
Une campagne de fouilles menée par des chercheurs de l’Université de Bohême de l’Ouest à Plzeň, épaulés par des étudiants de Cambridge et d’Amsterdam, met au jour les traces matérielles d’un ancien camp où ont été internés des centaines de Roms et de Sintis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Boutons, fragments de chaussures, tasses émaillées, éclats de verre, mais aussi une douille ou encore les fondations d’un baraquement : autant d’objets ordinaires et de vestiges qui témoignent aujourd’hui du destin tragique des Roms de Bohême-Moravie sous l’Occupation. Lancées au début du mois de juillet sur le site de l’actuel Mémorial de l’Holocauste des Roms et des Sintis, à Hodonín u Kunštátu, dans le sud-est de la Tchéquie, les fouilles ont pour objectif premier de vérifier si les vestiges du camp ont survécu aux profondes transformations du terrain intervenues après-guerre.
« Nous voulions retrouver les traces des baraquements des prisonniers, mais aussi vérifier s’il subsistait encore quelque chose, car le terrain a été profondément modifié », a expliqué à la Télévision tchèque Tomáš Pancíř, archéologue à l’Université de Bohême de l’Ouest. Les chercheurs redoutaient de ne rien découvrir. Et pourtant, une terrasse sur laquelle reposait un bâtiment destiné aux détenus a été mise au jour, ainsi que des sols d’origine, des dallages et de nombreux objets du quotidien.
Parmi les découvertes figurent donc également d’émouvants restes d’objets du quotidien qui, dans un second temps, devront être analysés afin d’être précisément datés.
« L’archéologie contemporaine permet d’apporter des preuves tangibles là où les sources écrites font défaut. Les vestiges des camps constituent un témoignage direct de la réalité quotidienne des familles emprisonnées, de leurs souffrances et de leur lutte pour survivre dans des conditions inhumaines. Chaque découverte nous rapproche de la compréhension du fonctionnement réel de ce camp et de l’ampleur de son impact sur le destin des prisonniers », souligne Pavel Vařeka, responsable du projet de recherche.
Car si on associe souvent archéologie et temps reculés, en réalité celle-ci peut également se mettre au service de l’histoire récente : ainsi, des fouilles ont été menées à Auschwitz dès les années 1960, d’autres, de très grande ampleur, ont été organisées entre 2007 et 2020 à Sobibor, et encore récemment, en juin, une nouvelle campagne de fouilles s’est déroulée au camp de concentration du Struthof, en Alsace.
Longtemps délaissés par la recherche, les espaces concentrationnaires sont, depuis plusieurs années, investis par les scientifiques. Ces chantiers sont très particuliers par la proximité temporelle de leur objet d’étude et, dans le cas de certains pour quelques temps encore, par l’existence de survivants qui peuvent apporter leur témoignage oral.
Le site de Hodonín u Kunštátu a une histoire complexe. Créé durant l’été 1940 comme camp disciplinaire destiné aux personnes accusées de se soustraire au travail, il a été transformé en août 1942 en l’un des deux « camps tziganes » du Protectorat de Bohême-Moravie, avec celui de Lety, en Bohême du Sud.
A partir de 1942, les autorités nazies y internent des familles roms et sintis sur la seule base de leur origine. La plupart seront ensuite déportées vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Environ 1 400 personnes ont transité par le camp de Hodonín : 207 d’entre elles, principalement des enfants et des personnes âgées, y sont mortes de maladie, de faim et des conditions de détention.
Le site de Hodonín a eu une longue histoire après la guerre. Il a d’abord servi à l’internement d’Allemands des Sudètes avant leur expulsion, puis est devenu un camp de travail forcé sous le régime communiste entre 1949 et 1950. Plus tard, un centre de loisirs avec piscine et terrains de sport y a été aménagé. L’Etat n’a racheté le complexe qu’en 2009, avant sa transformation en mémorial placé sous la responsabilité du Musée de la culture rom basé à Brno, comme dans le cas de l’autre camp à Lety u Písku.
La succession d’usages dans le cas du camp de Hodonín u Kunštátu explique la diversité des objets retrouvés. A côté des vestiges liés au camp nazi apparaissent également des traces du centre de vacances, notamment une chaussure de foot, découverte elle aussi par les archéologues.
Pour les chercheurs, les découvertes liées à l’existence du camp de concentration destiné à la population rom pourraient désormais enrichir le parcours muséographique. A Hodonín, les objets exhumés n’ont rien de spectaculaire, mais un simple bouton perdu, un tesson ou une dalle foulée il y a plus de 80 ans racontent une histoire que les archives ne permettent pas toujours de restituer.






