A Jindřichův Hradec, plus de cent ans de savoir-faire dans l'art de la tapisserie

Vlámské tapisérie, foto: Národní památkový ústav

Trois tapisseries flamandes du XVIIe siècle sont actuellement en cours de restauration dans l'atelier de renom de Jindřichův Hradec (Bohême du Sud). L'occasion de se pencher sur cet art pratiqué depuis l'Antiquité et dont la Belgique et les Pays-Bas actuels furent des centres actifs, au Moyen Age et à la Renaissance, tout comme la France. Mais aussi sur les œuvres conservées un peu partout en Tchéquie et qu'il est possible de découvrir dans différents musées et galeries – hors saison de coronavirus, évidemment...

Photo: Institut national du patrimoine

Château de Vimperk, photo: SchiDD, CC BY-SA 4.0
Sous la houlette de l'Institut national du patrimoine, le château de Vimperk en Bohême du Sud doit acquérir un second souffle et devenir un centre touristique attractif dans les années à venir. D'où des travaux de réaménagement et de restauration entrepris il y a quelques temps, et des projets à long terme visant à attirer les futurs touristes. Parmi ceux-ci, la présentation au public de trois tapisseries flamandes du XVIIe siècle, prévue à l'horizon de l'été 2021, si l'épidémie de coronavirus n'en retarde pas trop la restauration.

Jusqu'alors, les trois gobelins étaient conservés à l'abri dans les réserves. Avant de pouvoir espérer enfin les découvrir, il faudra s'armer de patience : les tapisseries doivent d'abord passer entre les mains expertes des restauratrices de l'atelier de tapisserie de Jindřichův Hradec. L'une d'entre elles, Hana Tunklová a expliqué début mars au micro de la Radio tchèque, quels étaient ses instruments de travail :

Photo: Institut national du patrimoine
« Des ciseaux, une aiguille, une petite pince. Vous n'avez pas besoin de plus d'instruments. Quand nous restaurons des endroits qui sont très collés ou qui sont durs, nous utilisons aussi une pince plus grosse. »

L’œil averti remarquera les endroits restaurés, comme l'explique la conservatrice des collections de l'Institut national du patrimoine Kateřina Cichrová :

« Si vous regardez le revers et que vous y voyez d'étranges motifs, c'est une surface restaurée. Si vous observez la zone sur laquelle travaille actuellement la restauratrice, il y avait un gros trou qui a jadis été en partie comblé par une autre tapisserie, d'une structure totalement différente. Bien plus plus brute. Mais nous avons décidé de conserver les anciennes réparations quand elles ne gênent pas visuellement. Elles ont aussi leur intérêt. »

Photo: Institut national du patrimoine

Dans l'atelier de restauration de Jindřichův Hradec, les trois tapisseries font l'objet de toutes les attentions. L'une d'entre elles provient du château de Náměšť nad Oslavou et représente les hauts faits d'Alexandre le Grand, les deux autres se trouvaient auparavant au château de Hluboká et représentent un paysage idyllique et un épisode de la bible extrait de l'histoire de Judith.

L'atelier de tapisserie de Jindřichův Hradec a une histoire intéressante en soi : il a été fondé en 1910 par Marie Teinitzer, artiste dans le textile et une des premières femmes à avoir étudié à l’École des arts et métiers en pays tchèques. La toute première tapisserie qui y a vu le jour remonte à 1911 et est exposée à Nové Město nad Metují : elle met en scène le combat de saint Georges et du dragon. De nombreux projets de tapisseries ont été créés par des artistes importants de l'époque comme Max Švabinský, permettant à l'atelier de rayonner à l'international en son temps.

Il existe d'ailleurs de nombreuses tapisseries un peu partout en République tchèque. La Galerie morave de Brno abrite en son sein un gobelin du XVIIIe siècle, originaire de Belgique. Représentant une bataille menée par l'homme d'Etat et stratège athénien Cimon au Ve siècle avant J.-C, elle a été acquise en 1885 en très mauvais état : on doit également sa restauration minutieuse aux ateliers de Jindřichův Hradec. La Moravie est en effet le tout premier centre traditionnel de confection de gobelins dans le pays avec la manufacture de Valašské Meziříčí, créée en 1895.

'La bataille de Cimon', photo: Archives de la Galerie morave de Brno

Avant cela, les tapisseries les plus précieuses du pays étaient importées des Flandres, de France et d'Allemagne. L'empereur Rodolphe II en possédait d'ailleurs de nombreuses dans sa célèbre collection d'art.

Le château de Švihov (sud-ouest) peut se targuer pour sa part d'un gobelin datant du début du XVIIIe siècle racontant l'histoire du siège de Jérusalem lors de la première croisade.

Plus au nord du pays, le musée de Liberec s'est taillé une jolie renommée pour ses tapisseries, anciennes mais aussi contemporaines : 90 en tout dont une vingtaine est exposée, soit la deuxième plus grande collection de gobelins en République tchèque, dans cette région autrefois réputée pour son industrie verrière mais aussi textile.

L'une des tapisseries du musée de Liberec, photo: Musée de Liberec/eSbírky, Musée national
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