Affaire des drapeaux lors de la visite du président chinois : la justice donne tort à la police

Photo: ČT

Vingt mois après la visite du président chinois Xi Jinping en République tchèque, une visite historique et contestée, la justice tchèque a donné raison à deux hommes interpellés par la police pour avoir accroché des drapeaux tibétain et taïwanais aux fenêtres d’un bâtiment pragois pour dénoncer la politique des droits de l’Homme de Pékin.

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Il ne s’agissait pas d’un incident isolé : le jour de l’arrivée de Xi Jinping, reçu en grande pompe au Château de Prague, de nombreux manifestants ont été interpellés le long de la route reliant l'aéroport au centre-ville de Prague alors qu'ils tentaient d'accrocher des drapeaux tibétains à la place de ceux de la Chine, profanés, quelques heures plus tôt, par des inconnus avec une peinture noire. D’autres protestations ont eu lieu dans les locaux de l’école de cinéma de Prague, la FAMU, sans oublier les échauffourées entre manifestants pro et anti-chinois ou encore la photo géante du dalaï-lama en compagnie de l'ex-président tchèque Václav Havel, dressée non loin de l’aéroport.

Deux jeunes Pragois, Ladislav Pelcl et Martin Maloš, se sont joints, eux-aussi, à ce mouvement de soutien aux militants démocrates dans le monde. Les deux hommes ont accroché aux fenêtres de leur bureau, situé en face de l’hôtel Hilton où séjournait Xi Jinping, les drapeaux tibétain et taïwanais imprimés sur deux feuilles de papier de format A3. Aussitôt, les policiers de l’Unité d’intervention rapide font irruption sur leur lieu de travail, demandent à Ladislav Pelcl et Martin Maloš de présenter leur carte d’identité, mais surtout d’ôter les drapeaux.

Les deux hommes ont porté plainte contre le comportement des agents de police, en mettant en cause l’argument principal avancé par les forces de l’ordre, celui de l’impossibilité de surveiller la situation à l’intérieur du bâtiment en question, à cause des drapeaux accrochés aux fenêtres. Pourtant, comme l’on fait remarquer les deux hommes devant le tribunal, la police n’a effectué aucun contrôle dans les autres pièces du bâtiment administratif, potentiellement difficiles à surveiller de l’extérieur à cause des stores et des plantes vertes.

Finalement, la Cour municipale de Prague a donné raison à Ladislav Pelcl et Martin Maloš, en refusant de justifier l’intervention de la police. On écoute l’explication du juge Ladislav Hejtmánek :

« Avec des caméras infrarouges, la police peut contrôler un espace même à travers du papier. Il n’y avait alors aucune raison d’insister sur le retrait des drapeaux. »

Ladislav Pelcl, photo: ČT
Pour Ladislav Pelcl, le comportement des policiers représente « un retour à l’époque où les force de l’ordre n’étaient pas avec nous, mais contre nous. »

Persuadé de la légitimité de l’intervention policière, le ministère de l’Intérieur, pour sa part, envisage de faire appel auprès de la Cour administrative suprême. Cette dernière doit étudier une autre plainte liée à la visite du président chinois à Prague, celle des militants pour la démocratie et les droits de l’Homme auxquels la police a empêché de manifester à proximité du Château de Prague.