Presse : les hésitations des Tchèques vis-à-vis du vaccin contre le Covid-19

Photo illustrative: Daniel Schludi/Unsplash, CC0

Cette nouvelle revue de presse s’intéresse d’abord aux hésitations des Tchèques à l’égard des vaccins contre le Covid-19 et au rôle joué par les fake-news sur internet. La création d’une nouvelle formation politique contestataire suscite des interrogations dans le pays. Un bref regard ensuite sur ce que représente le drapeau européen en Tchéquie, un symbole qui célèbre son 65e anniversaire. Quelques remarques enfin concernant le Théâtre national de Prague, en lien avec la sortie d’un ouvrage consacré à cette première scène de théâtre tchèque.  

« Bill Gates, la CIA, l’eurocratie, George Soros, la domination mondiale. » L’éventail des fakes news diffusées sur Internet en lien avec la future vaccination contre le Covid-19 est large. C’est le constat fait par un commentateur sur le site aktualne.cz, dans un texte intitulé « Une guerre civile pour la vaccination se prépare. Actuellement, impossible de savoir qui en sortira vainqueur » :

« Selon certains sondages, seul près d’un tiers de la population tchèque est prête à se faire vacciner. L’Etat, quant à lui, entend vacciner, pendant un laps de temps assez court, près de 70% de la population, afin de favoriser une immunité collective. La tâche s’annonce difficile, car les autorités ont omis de mener une longue campagne de vulgarisation, permettant de déjouer les arguments des ‘désinformateurs’ qui ont une longueur d’avance. »

Le commentateur du site aktualne.cz estime que même si une campagne ‘positive’ est finalement lancée par le gouvernement, son effet sera incertain. « Avec à sa tête Andrej Babiš qui divise déjà la société depuis des années, le gouvernement aura du mal à gagner la confiance des gens », explique-t-il avant de conclure :

« Dans cette situation, il ne reste qu’à espérer qu’au mois de février, date prévue du début de l’opération, le vaccin soit accepté au moins par les groupes de population à risque. »

« Il se peut que les générations actuelles soient confrontées à un choix décisif, plus important que ceux qu’elles ont eu à faire jusqu’ici. C’est le moment d’écarter le confort, les doutes injustifiés ou la résistance personnelle », prétend pour sa part l’auteur d’un article mis en ligne sur le site de l’hebdomadaire Respekt.

« Le vaccin est à même de nous sauver, mais nous n’y sommes pas prêts », titrait mercredi le quotidien Deník :

« Ce sont les milieux scientifiques et universitaires qui sont désormais appelés à faire front à la désinformation qui a envahi les réseaux sociaux. Le récent appel ‘Le vaccin est notre seule arme’ lancé par des scientifiques tchèques est une première étape. Un retard lié à la vaccination peut coûter non seulement des milliards de couronnes, mais aussi des vies humaines. Or, l’enjeu est immense. »

Une opposition plus unie que jamais, mais menacée de fragmentation ?

Mikuláš Minář,  photo: YouTube

« La revendication de voir s’unir les forces d’opposition aboutit à leur émiettement ». Tel est titre d’un commentaire publié dans la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt et dans lequel on peut lire :

« Depuis un certain temps déjà, la scène politique tchèque faisait preuve d’inertie, la victoire du mouvement ANO d’Andrej Babiš aux prochaines élections législatives semblant inéluctable. La situation a changé avec la récente formation de deux coalitions électorales d’opposition. Le mérite en revient en grande partie à l’étudiant Mikuláš Minář. C’est effectivement cet ancien leader du collectif Un million de moments pour la démocratie et organisateur de plusieurs grandes manifestations anti-Babiš qui invitait l’opposition démocratique à s’unir. Assez paradoxalement et presque simultanément, Mikuláš Minář a décidé de mettre sur pied sa propre formation politique, Lidé PRO (Les gens POUR). »

Le commentateur de Respekt estime que la décision du jeune homme risque d’affaiblir l’opposition et ses chances de battre ANO aux élections. Et, tout en admettant qu’elle peut définitivement transformer la politique tchèque, il écrit :

« Le mouvement Lidé PRO s’inscrit dans une série de partis politiques contestataires. Même si la personnalité de Mikuláš Minář est foncièrement différente de celle d’Andrej Babiš, il existe toutefois certaines ressemblances entre son projet et les ambitions initiales du mouvement ANO. Les deux misent, par exemple, sur de nouvelles personnalités, sur la volonté d’être à l'écoute, d’être différents et honnêtes ».

Selon le commentateur, il serait prématuré de porter un jugement là-dessus. « Tout laisse cependant croire que ce nouveau projet n’est pas la garantie d’une meilleure gestion du pays », écrit-il.

Toujours à propos de cette nouvelle initiative politique, le commentateur du journal E15 remarque que Mikuláš Minář doit faire face à de nombreuses critiques, même de la part de ses sympathisants qui lui reprochent d’émietter les forces de l’opposition. Pourtant, il estime que « sa façon un peu maladroite de s’engager sur la scène politique est audacieuse et digne de respect. »

Ces symboles liés au drapeau européen

Photo: MPD01605,  CC BY-SA 2.0

Le journal en ligne Forum24.cz a rappelé que ce mercredi, 65 ans se sont écoulés depuis l’adoption officielle par le Conseil de l’Europe du drapeau européen :

« Le drapeau européen que l'on peut voir aujourd’hui dans l’ensemble des pays de l’Union européenne est devenu pour beaucoup d’Européens, habitants de pays qui n’en sont pas membres, comme par exemple les Ukrainiens ou les Géorgiens, un symbole de liberté et d’espoir. D’un autre côté, il est dénigré par les anti-Européens qui méprisent la civilisation européenne et occidentale. »

Tout en constatant que ce mépris concerne également une partie du mainstream politique local, le commentateur de Forum24.cz souligne :

« En Tchéquie, le drapeau de l’Union européenne de concert avec celui de l’Alliance atlantique est en premier lieu un symbole de notre européanisme et de notre appartenance à la civilisation occidentale. Il faut saluer la cohabitation des drapeaux tchèque, européen et atlantique, telle une expression des patriotismes tchèque, européen et occidental. Les gens ont besoin de symboles à travers lesquels ils peuvent revendiquer certaines vertus, parmi lesquelles se distingue le courage civique. Une vertu dont nous aurons fortement besoin pour ne pas redevenir ‘un Occident kidnappé’. »

Toujours à propos de l’Europe, les médias de cette semaine rapportent que selon un dernier sondage de l’agence STEM, la cote de l’Union européenne auprès des Tchèques a considérablement augmenté suite à la première vague de la pandémie de coronavirus. Un constat, selon le site ihned.cz, à mettre en rapport avec la façon dont celle-ci gère la situation et avec la mise au point d’un vaccin.

Le Théâtre national, une histoire peu banale

Le Théâtre national,  photo: Martina Schneibergová

Un article publié dans le supplément Orientace du quotidien Lidové noviny de samedi dernier se penche sur un nouvel ouvrage qui suit les traces des 25 dernières années du Théâtre national de Prague. L’occasion pour son auteur de rappeler que c’est à quelque pas de son bâtiment qu’une intervention brutale de la police contre les manifestants, le 17 novembre 1989, a donné le coup d’envoi à la révolution de Velours. L’opportunité d’évoquer également certains mythes et légendes liés à l’histoire de la plus prestigieuse des scènes de théâtre tchèques, surnommée « la chapelle d’or » ou encore le « sanctuaire culturel national » :

« Le Théâtre national devenu à la fois une institution et un phénomème a derrière lui une histoire compliquée. Sa naissance même est basée sur des mythes et des mensonges. Le plus répandu prétend qu’après l’incendie qui l’a ravagé en 1881, il a pu être reconstruit grâce à une collecte effectuée par des gens ordinaires opposés au régime austro-hongrois. Evidemment, aussi impressionnante qu’elle ait été,  la collecte n’aurait pas suffi pour faire reconstruire le théâtre. Ce sont les dons généreux faits par des familles aristocratiques et par l’empereur François-Joseph Ier qui ont été décisifs. Après avoir été informé par télégraphe de l’incendie, l’empereur a immédiatement envoyé la somme de 20 000 florins pour sa reconstruction. »

L’auteur du texte publié dans le supplément Orientace estme enfin qu’en dépit des critiques dont il fait parfois l’objet, le Théâtre national demeure une scène digne de ce nom.