Affaire des Gripen : les soupçons de corruption se précisent

Jas-39 Gripen, foto: www.army.cz

La Télévision tchèque a diffusé, mardi soir, la seconde partie d'un reportage réalisé par une équipe de journalistes suédois relatif à la location des avions de chasse Gripen à l'Armée tchèque par le consortium anglo-suédois BAE Systems/Saab. Un contrat au-dessus duquel planent d'importants soupçons de corruption, comme tend à le confirmer le reportage. Dans celui-ci, on entend notamment l'ancien ministre des Affaires étrangères Jan Kavan affirmer, entre autres, que de nombreux hommes politiques se seraient laissés corrompre pour voter en faveur de l'achat puis de la location des chasseurs suédois.

Comme il l'admet lui-même, Jan Kavan s'est fait piéger par les journalistes suédois. Ces derniers, en se faisant passer pour des agents de sécurité au service de l'usine d'armement BAE Systems, ont donné deux rendez-vous, en janvier dernier à Londres, à l'ancien chef de la diplomatie tchèque pour évoquer avec lui la corruption qui aurait accompagné le choix des Gripen. Au cours de ces entretiens filmés par une caméra cachée, on entend Jan Kavan admettre qu'une bonne partie de la classe politique tchèque aurait accepté des dessous-de-table pour se prononcer en faveur de l'achat puis de la location des avions de chasse suédois. Un peu plus loin, à la question de savoir s'il serait possible aujourd'hui d'exercer une certaine influence sur l'enquête policière actuellement en cours, Jan Kavan a répondu que cela « n'est pas tout à fait exclu ».

Aussitôt après la diffusion du reportage, Jan Kavan a démenti en bloc à la Radio tchèque, expliquant que ses propos avaient été mal traduits et sortis de leur contexte. « Ce fut une erreur de ne pas avoir contrôlé préalablement avec qui je parlais, s'est-il justifié. Et, bien entendu, c'est aussi de ma faute si j'ai pensé que grâce à cet entretien au sujet de rumeurs non établies, je pouvais provoquer une discussion dans laquelle moi, j'en aurais appris plus qu'eux. Mais c'était là une mauvaise appréciation de la situation et donc une faute de ma part. »

Jan Kavan s'est également voulu catégorique quant à ses propos sur une éventuelle pression pouvant être exercée à l'aide de ses contacts sur la police et l'enquête de celle-ci. « En aucun cas, il ne s'agissait d'une quelconque influence sur la police tchèque », s'est ainsi défendu l'ancien président de l'Assemblée générale de l'ONU.

Mercredi, la presse pragoise se contentait donc de constater que si des soupçons existaient bien, les preuves manquaient encore pour l'instant pour permettre de déterminer toute l'ampleur du scandale et l'identité des politiciens tchèques parmi les plus haut placés ayant fait l'objet de corruption. Une enquête policière continue toutefois d'être menée en République tchèque comme en Suède.

Rappelons qu'en 2001, le gouvernement dirigé par Milos Zeman avait approuvé l'achat de 24 Gripen pour environ 60 milliards de couronnes. Un achat qui ne s'était cependant jamais réalisé, le Sénat refusant son mode de financement au printemps 2002. Quelques mois plus tard, suite aux terribles inondations qui avaient touché le pays pendant l'été, le gouvernement nouvellement en place de Vladimir Spidla avait annulé l'appel d'offres pour l'achat d'avions de chasse, avant d'en lancer un nouveau, à l'été 2003, pour la location, cette fois, de quatorze avions. Puis en décembre 2003, enfin, un contrat de 22 milliards de couronnes était signé avec le consortium anglo-suédois BAE Systemps/Saab pour la location, pour une durée de dix ans, de 14 Gripen. Un choix pas très bien compris par certains observateurs déjà à l'époque. Depuis, l'ombre de la corruption, de plus en plus menaçante, plane sur ces deux affaires.