Alexander Dubček : un héros ou un lâche ? Le débat est toujours ouvert à Prague

Alexander Dubček, photo: Institut de l'histoire contemporaine

40 ans après l’invasion de la Tchécoslovaquie par plusieurs armées du Pacte de Varsovie, le personnage emblématique de la tentative d’édifier le socialisme à visage humain, Alexander Dubček, est à nouveau au centre de l’attention : historiens et politologues restent partagés sur le rôle qu’il a joué dans l’occupation fatidique du pays, lors des négociations à Moscou et après l’écrasement du Printemps de Prague.

La signature, le 26 août 1968, des protocoles de Moscou légalisant la normalisation s’inscrit au nombre d’autres capitulations d’un petit pays devant un ennemi trop puissant, tels que Munich ou février 1948, et les politiciens tchécoslovaques devaient alors refuser de les signer : tel est l’avis d’Oldřich Tůma, directeur de l’Institut d’histoire moderne, selon lequel le retour de Dubček dans ses fonctions, après le 26 août 1968, a facilité la situation de Moscou. Le regard du fils d’Alexander Dubček, Pavol, est en revanche diamétralement opposé, lorsqu’il explique pourquoi Alexander Dubček n’a pas préféré de démissionner de ses fonctions, après l’invasion:

« Il n’a pas démissionné de ses fonctions de premier secrétaire du PCT justement du fait que sa présence garantissait une certaine atténuation de l’impact de l’occupation soviétique sur la population, impact qui, en son absence, aurait été ressenti d’une manière beaucoup plus lourde. Je pense que s’il n’avait pas succombé à ses blessures à la suite d’un accident de voiture, il aurait pu prouver que sa place dans une société démocratique était toujours là. »

Un fait qu’on ignorait jusqu’à tout récemment, à savoir que les parachutistes des casernes de Holešov, ville de Moravie centrale, préparaient la libération de Dubček enlevés à Moscou, avec d’autres dirigeants réformateurs de Prague. On écoute Jiří Dufek, ancien chef de l’état-major du régiment parachutiste des opérations spéciales:

« Nous avons reçu l’ordre de mettre une unité spéciale en état d’alerte et de la faire sortir, secrètement, hors des casernes. On ne nous a pas dit directement qu’il s’agissait de Dubček, nous l’avons appris seulement plus tard. L’ordre a été donné tout simplement de former une unité chargée d’accomplir une opération spéciale. »

Une tâche pas facile, compte tenu de la présence de tanks soviétiques autour des casernes, mais l’ordre a été accompli. Une unité d’élite de 80 hommes, l’unique du genre dans l’armée tchécoslovaque, est restée, en état d’alerte, pendant deux jours, cachée dans les monts de Hostýn :

« L’opération a duré jusqu’au 24 août lorsqu’il est devenu évident qu’elle serait irréalisable, vu que nos dirigeants se trouvaient sur le territoire soviétique. N’empêche que les soldats n’ont pensé à rien d’autre, au cours de ces journées d’occupation : ils étaient prêts à tout faire contre l’occupant. »

A noter que Holešov a été l’un des rares endroits de résistance active, en août 1968. Les soldats des casernes locales n’ont pas permis aux troupes étrangères de franchir leurs portes.