Andrej Babiš plus emballé par un groupe de Visegrád élargi que par le Conseil de la paix de Trump
Représentant la République tchèque lors du sommet européen qui s’est tenu à Bruxelles jeudi, Andrej Babiš estime que l’Europe se doit d’être « prête à réagir » à toute éventuelle évolution de la réthorique du président américain Donald Trump. Dans le cadre d’une coopération approfondie en Europe centrale, le Premier ministre tchèque a également évoqué l’ambition de voir se former un nouveau groupe de Visegrád élargi à d’autres pays de la région.
Tandis qu’Américains, Russes et Ukrainiens négociaient, ce vendredi, à Abou Dhabi dans un format trilatéral inédit afin de trouver un accord qui permettrait de mettre fin à la guerre en Ukraine, les Européens, qui n’ont donc pas été conviés à la table des discussions, étaient, eux, réunis à Bruxelles, jeudi, dans le cadre d’un sommet extraordinaire. Un sommet convoqué dans l’urgence qui, initialement, devait répondre aux menaces de Donald Trump concernant le Groenland et l’imposition de droits de douane à huit pays européens.
Sauf que l’évolution du discours du président américain sur la question de la plus grande île du monde et le retrait de l’augmentation envisagée des tarifs douaniers, mercredi soir, après qu’il a rencontré le chef de l’Otan Mark Rutte, ont finalement donné lieu à un échange de vues de près de cinq heures sur la manière de poursuivre la coopération avec Donald Trump.
Pour ce sommet, la République tchèque était représentée par son Premier ministre. Un Andrej Babiš qui, après avoir indiqué en début de semaine qu’il ne pouvait pas répondre par l’affirmative à la question de savoir si le gouvernement tchèque soutenait le Groenland, a déclaré, jeudi, qu’il était « clair que le Groenland [faisait] partie intégrante du Danemark ».
Si les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept ont convenu que les relations transatlantiques avec les États-Unis restaient essentielles, tous néanmoins, comme l’a confirmé Andrej Babiš au sortir de cette réunion peu après minuit, entendent également rester attentifs à l’évolution imprévisible des prises de position de Donald Trump.
« Si un nouveau changement de rhétorique venait à se produire, si celle-ci s’avérait agressive, et si des mesures étaient prises à l’encontre de l’Union européenne, alors celle-ci doit être prête à réagir. Le président américain a sa propre tactique : il dit toujours quelque chose, puis change radicalement d’avis et négocie. Il s’agit d’en tenir compte et d’adapter notre manière d’agir à celle de notre interlocuteur », a ainsi expliqué le Premier ministre tchèque.
Le Conseil de la paix ? « Il ne peut pas s’agir d’une organisation dirigée par un seul État »
Une vision des choses plus ou moins partagée par le président de la République. Jeudi, en effet, lors d’un débat avec les étudiants d’un lycée d’Olomouc, en Moravie, Petr Pavel s’est lui aussi exprimé sur le style de négociation de son homologue américain, reconnaissant que celui-ci pouvait parfois « choquer ». Néanmoins, toujours selon le chef de l’État tchèque, ce mode de fonctionnement de Donald Trump a le mérite d’aboutir souvent à des résultats qui poussent l’Europe à agir.
« Cela ressemble un peu à un souk arabe. Puisqu’il faut marchander, je commence par proposer un prix complètement absurde, pour ensuite arriver à un résultat que je n’aurais peut-être même pas imaginé au départ, mais mon interlocuteur est satisfait d’avoir obtenu un bon prix. »
Ce sommet à Bruxelles a également été l’occasion d’un échange de points de vue sur le Conseil de la paix créé par Donald Trump à Davos cette semaine et que la République tchèque a elle aussi été conviée à rejoindre. Une invitation au sujet de laquelle Andrej Babiš a confié qu’il ne l’avait pas encore lue tout en précisant qu’elle faisait actuellement l’objet d’une analyse des experts du ministère des Affaires étrangères de manière à définir exactement la signification et les implications du projet. Un comité auquel une soixantaine de pays ont été invités à participer, mais dont Andrej Babiš a toutefois d’ores et déjà déclaré qu’il « ne [pouvait] pas s’agir d’une organisation dirigée par un seul État ».
Un nouveau groupe de Visegrád élargi ?
Enfin, pour ce qui est des intérêts tchèques et régionaux, la journée de jeudi a également été marquée par l’entretien d’une heure entre Andrej Babiš et son homologue polonais, Donald Tusk. Une rencontre entre quatre yeux au cours de laquelle les deux hommes se sont dit les choses « sans détours », selon un Premier ministre tchèque qui a expliqué qu’il était « très important de renouer des relations intenses avec la Pologne ».
Plus globalement, Andrej Babiš a évoqué le plan ambitieux de la création d’un groupe de coopération en Europe centrale plus large que ne l’est celui de Visegrád (V4 - qui réunit République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie) qui ne fonctionne actuellement pas en raison du différend entre la Pologne et la Hongrie sur l’attitude à adopter face à la guerre menée par la Russie en Ukraine.
C’est dans ce cadre qu’Andrej Babiš se rendra le 9 février prochain en Bavière pour y rencontrer Markus Söder, le ministre-président du plus grand Land allemand, puis le lendemain à Vienne où il sera cette fois reçu par le chancelier autrichien, Christian Stocker.






