Presse : en Tchéquie, les succès de 2025 contredisent le mécontentement des électeurs

Cette revue de presse s’ouvre sur le bilan de plusieurs succès tchèques enregistrés en 2025. Elle revient ensuite sur certaines réactions à l’intervention américaine au Venezuela, avant d’aborder le refus du président Petr Pavel de nommer Filip Turek au poste de ministre de l’Environnement. Enfin, coup de projecteur sur les jeunes hockeyeurs tchèques, médaillés d’argent lors de la Coupe du monde disputée aux États-Unis.

« Nous avons derrière nous une année très positive. Plus  que nous ne le pensons », titre un texte publié dans le quotidien Hospodářské noviny. Son auteur estime que le président Petr Pavel avait raison de souligner dans son discours du Nouvel An que la Tchéquie est un pays formidable tout en constatant que « nous gâchons parfois tout ce qui est bon par notre tendance à être insatisfaits ». Celle-ci, comme l’indique l’éditorialiste du journal économique, a littéralement envahi la société tchèque, permettant aux politiciens protestataires d’en abuser afin de s’imposer. Il convient donc, selon lui, de rappeler ne serait-ce que certains succès remportés au cours de l’année écoulée :

« L’économie tchèque a connu une croissance d’environ 2,5 %, plus que les deux années précédentes – et plus que prévu. Ceci place la Tchéquie dans le premier tiers des pays de l’UE. Le salaire réel a augmenté de 4,5 % en glissement annuel, pendant que la Bourse de Prague a battu des records. On assiste à l’émergence d’entreprises intéressantes, qui suscitent l’intérêt des investisseurs étrangers. Pour la première fois de son histoire, le guide Michelin a attribué deux étoiles à un restaurant tchèque : le Papilio, situé à Vysoký Újezd. Huit autres restaurants ont obtenu une étoile. A Kopřivná, dans la région de Šumperk, la première station de téléphérique au monde construite à l’aide de la méthode d’impression 3D robotisée a été inaugurée l’année dernière. Le premier ordinateur quantique tchèque a été mis en service en septembre à l’Université technique d’Ostrava. Il s’agit en outre du premier bâtiment imprimé en 3D accessible au public en Europe. A Prague, une nouvelle gare a ouvert ses portes cet été après 40 ans. »

Dans le domaine de la santé, le journal souligne qu’au mois de mars, Prague a mis en place une aide immédiate en cas de détresse psychologique via l’application mobile Záchranka (Urgences), un dispositif déjà adopté par des milliers d’utilisateurs. A noter aussi la méthode tchèque de détection du cancer du pancréas à partir du sang qui a été brevetée aux États-Unis. Depuis janvier 2025, la Tchéquie mène également un programme pilote de dépistage des anévrismes de l’aorte abdominale, l’examen étant gratuit. L’éditorialiste ne fait pas l’impasse non plus sur le domaine sportif rappelant la première victoire tchèque en Coupe du monde de ski alpin, remportée en décembre par Jan Zabystřan en super-G dans le cadre de la Coupe du monde à Val Gardena. Et de conclure :

« Certes, des efforts bien plus importants auraient été nécessaires, notamment en matière d’accessibilité au logement, de modernisation de l’administration publique ou de réforme du système fiscal. Il convient toutefois de souligner que la frustration exprimée par les électeurs tchèques lors des élections d’octobre ne reflète pas pleinement la réalité, d’autant que le pays figure parmi les plus sûrs au monde et dispose de l’une des démocraties les plus performantes. » .

Venezuela : faut-il se préparer à des scénarios dangereux ?

L’intervention américaine au Venezuela a trouvé un large écho dans la presse tchèque. « Ce week-end, nous avons vu un exemple de ce qui se passe lorsqu’une superpuissance décide d’agir comme telle », écrit le journal en ligne Echo24.cz. Selon l’éditorialiste du site Seznam Zprávy, « l’intervention de Trump au Venezuela a ébranlé l’ordre mondial et montré que même les Etats-Unis ne respectent plus le droit international. Les répercussions mondiales de l’attaque américaine au Venezuela peuvent être aussi imprévisibles que leur initiateur, Donald Trump, qui se trouve à la tête de la première puissance mondiale. » « Condamner ou soutenir les États-Unis ? L’attaque contre le Venezuela embrouille tant Prague que l’Union européenne, » constate le journal Mladá fronta Dnes.

Nicolas Maduro,  l'ancien président du Venezuela,  est escorté hors d'un hélicoptère en route vers le tribunal fédéral de Manhattan,  le lundi 5 janvier 2026 | Photo: Vincent Alban,  New York Times/Profimedia

« Après le Venezuela, quelle sera la prochaine cible ? », s’interroge l’éditorialiste du site info.cz qui considère que Donald Trump teste les limites du pouvoir américain. « Il semble que même la Maison Blanche n’ait pas de réponse à cette question. Et c’est très inquiétant », écrit-il. Le magazine Reflex trouve que l’intervention américaine au Venezuela est dépourvue de sens : « Donald Trump a certes réussi à capturer le dictateur vénézuélien Nicolás Maduro lors d’une opération spectaculaire. L’efficacité de cette opération contre les cartels de la drogue ou en faveur de l’industrie pétrolière, comme la présente Trump, est toutefois fortement discutable. » Maduro et Chávez ont décimé un pays potentiellement prospère avec leur idéologie. Voilà pourquoi, selon le site Novinky.cz, seuls les « gauchistes invétérés » regretteront Maduro dans le monde :

« Trump veut maintenant contrôler le Venezuela et il est probable que si les compagnies pétrolières américaines reviennent dans le pays, le niveau de vie des habitants s’améliorera radicalement sous le protectorat bienveillant des États-Unis. Mais ne nous y trompons pas. Avec Trump II, nous sommes entrés dans un monde où les puissances se partageront leurs sphères d’influence, et le principal outil pour y parvenir sera la force militaire. »

Le journal Deník N cite à ce propos Ivan Pilip, économiste tchèque et ancien ministre des Finances et de l’Education, qui partage sa vie entre la Tchéquie et le Panama et qui avertit que « l’intervention de Trump au Venezuela est un signal pour que l’Europe oublie l’Amérique en tant qu’alliée et se prépare à d’éventuels scénarios dangereux. »

Un non présidentiel catégorique à la nomination de Filip Turek

Lors de son déjeuner, mercredi, avec le chef du nouveau gouvernement Andrej Babiš, le président Petr Pavel a définitivement confirmé qu’il ne nommerait pas Filip Turek (Automobilistes) au poste de ministre de l’Environnement. « La fuite d’Andrej Babiš face à ses responsabilités a donc triomphé : il a sauvé la face devant ses partenaires de coalition et laissé le sale boulot à Petr Pavel », observe le quotidien Deník N. La question est de savoir si Petr Pavel a légèrement dépassé ses prérogatives constitutionnelles en prenant une décision aussi déterminante. D’un autre côté, comme le souligne le journal, il a également envoyé un message positif à la nation :

Petr Macinka et Filip Turek | Photo: Petr Topič,  MAFRA/Profimedia

« Une personne qui dit vouloir brûler ses opposants dans des fours, qui lève le bras droit ici et là en se qualifiant de leader, qui porte un casque arborant le symbole des fascistes grecs, qui se réclame d’Hitler, qui qualifie le massacre d’innocents de ‘nettoyage’, qui considère les brûlures infligées à une fillette rom comme une circonstance atténuante, une telle personne ne peut être ministre dans un pays démocratique. »

Le journal note que le Premier ministre, seul à pouvoir contester la décision présidentielle devant la Cour constitutionnelle, n’entend pas engager de recours.

Le championnat du monde de hockey junior, le tournoi le plus divertissant

En gagnant au récent Mondial de hockey sur glace une médaille d’argent, les juniors tchèques ont ébloui tous les fans de cette discipline sportive et pas seulement eux d’ailleurs. L’hebdomadaire libéral Respekt, dont le sport n’est pas d’habitude un sujet privilégié, replace ce succès dans un plus large contexte :

La Reprezentace de hockey sur glace des moins de 20 ans a battu le Canada  (6-4) | Photo: ČT Sport

« En demi-finale, les juniors tchèques ont éliminé pour la troisième fois consécutive la puissante équipe du Canada. Même s’ils n’ont pas réussi à s’imposer en finale face à la Suède, ils ont laissé une impression éclatante. Leur jeu, riche en actions spectaculaires et en beaux buts, a tenu les amateurs de hockey en haleine. Avec son énergie et son dynamisme, le championnat du monde junior reste le tournoi de hockey sur glace le plus captivant de l’année, d’autant plus quand les Tchèques y brillent comme ces dernières années. Les joueurs de vingt ans sont tellement meilleurs qu’il y a dix ans que cela ne peut évidemment pas être le fruit du hasard.  »

Selon les experts cités par le magazine, il existe plusieurs raisons à cela :

« Seuls quatre des joueurs tchèques évoluent dans des compétitions nationales. Les autres jouent dans les ligues nord-américaines, aux côtés des mêmes joueurs et selon les mêmes systèmes que ceux qui forment les équipes nationales du Canada ou des États-Unis. Ceux qui choisissent de rester en République tchèque profitent du niveau croissant de l’Extraliga, le championnat national où les talents de 18 et 19 ans bénéficient enfin d’une plus grande confiance. Il faut également saluer le rôle des entraîneurs des équipes nationales tchèques, qui ont adopté le style canado-américain basé sur de nombreuses ressources et qui contribuent largement à cette progression. »

On ne sait pas combien de jeunes hommes de la jeune équipe célébrée cette année réussiront finalement à s’imposer dans la NHL, la compétition la plus prestigieuse du monde du hockey. Selon les estimations, il ne s’agira à nouveau que de quelques individus. D’après Respekt, c’est précisément de cela que dépendront les succès ou les échecs de la sélection nationale au cours des dix prochaines années.