Apprendre à vivre avec le terrorisme après l’attaque de Berlin

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Le retentissement de l’attentat meurtrier de Berlin, l’espérance de vie dans les quartiers pauvres de la République tchèque, des interrogations autour de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, les problèmes causés par l’arrivée du froid et du verglas ; tels sont les thèmes traités dans cette nouvelle revue de presse.

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S’interrogeant sur les leçons à tirer suite de l’attaque au camion qui a été perpétrée lundi soir à Berlin, un journaliste propose une analyse dans le quotidien Lidové noviny :

« Celui qui pensait que l’Allemagne avait évité jusque-là une attaque d’envergure des islamistes grâce au travail de sa police et de ses services de renseignement, qui serait plus professionnel que celui par exemple effectué en Belgique et en France, celui-là a eu tort. Il est désormais évident que l’Allemagne est menacée comme n’importe quel autre pays et vu le nombre élevé de réfugiés qui y vivent, elle l’est peut-être plus encore. On est donc porté à dire que jusqu’ici, elle avait tout simplement eu de la chance. »

« Ce n’est qu’à condition de s’habituer à vivre avec le terrorisme qui est déjà tout proche de la République tchèque, que nous serons en mesure de nous défendre. » C’est ce qu’a déclaré pour le site aktuálně.cz, en réaction à cette attaque, Karel Randák, ancien chef du service des renseignements extérieurs. Cela nous permettrait d’être plus vigilant et d’avoir une plus grande capacité de prévoyance, l’inventivité des terroristes étant, hélas, sans borne. Selon lui, c’est pourtant ailleurs qu’il faut chercher la menace la plus redoutable :

« Ce qui est extrêmement dangereux pour notre société, c’est sa division et sa polarisation. Si les islamistes ou d’autres personnes réussissent à atteindre cet objectif, on verra surgir et se multiplier ici des fous radicaux de droite comme Anders Breivik en Norvège. Voilà qui représente un véritable danger pour notre société qui est beaucoup plus grand qu’un immigré fanatisé. Et à travers ce constat, je ne veux nullement amoindrir la tragédie de Berlin. »

Une analyse mise en ligne sur le site echo24.cz met pour sa part en relief le fait que la police et les représentants politiques en Allemagne ont voulu qualifier le massacre de Berlin, dès le début, d’acte terroriste. Son auteur explique :

« C’est un changement important. Précédemment, pour les réfugiés arrivés par les Balkans et suspectés d’actes criminels, on a pu voir en Allemagne dans de telles circonstances des efforts assidus en vue de leur donner des motivations autres que celles liées au terrorisme islamiste. De telles interprétations attribuaient ces actes, souvent, à des personnes psychiquement malades ou à des agresseurs pervers. »

Le quotidien Hospodářské noviny a cité quelques professionnels du secteur du transport routier qui affirment veiller strictement aux règles de sécurité concernant leurs chauffeurs, tout en admettant qu’il est extrêmement difficile de prévenir des attaques terroristes. Et le journal de citer un expert sécuritaire qui considère qu’elles peuvent se répéter, car « elles sont assez bon marché, apportant un effet plus grand qu’une attaque causée par un explosif ».

Les risques pour les nouveau-nés dans les quartiers pauvres

Photo illustrative: Oriol Martinez / FreeImages
Les nouveau-nés dans des localités exclues en République tchèque risquent d’avoir devant eux une vie aussi courte que leurs contemporains dans certains pays d’Afrique comme le Burundi ou la Guinée-Bissau. C’est ce que l’on a pu lire dans l’édition de ce jeudi du quotidien Mladá fronta Dnes, qui précise à ce propos :

« L’économie du pays est dans une bonne condition. Toutefois, on trouve en Tchéquie des quartiers où le niveau de vie égale celui de certains pays africains très pauvres. Ces localités sont habitées par près de 100 000 personnes, leur nombre n’ayant de cesse de monter. Selon les données recueillies par l’Agence pour l’inclusion sociale, leur espérance de vie serait inférieure de 18 ans à la moyenne nationale. La mortalité infantile y est aussi plus importante que dans le reste du pays. »

Une prévention sanitaire insuffisante, des mauvaises conditions de logement, un relatif manque de volonté dans le secteur de la santé de s’occuper des personnes vivant dans les localités exclues, autant d’éléments qui semblent prioritairement responsables de cet état de choses. S’y ajoute l’absence de nouveaux médecins dans les coins reculés de la République tchèque qui seraient prêts à remplacer leurs collègues qui atteignent l’âge de la retraite et qui décident de fermer leurs cabinets. Le journal note enfin :

« Le gouvernement tchèque quant à lui cherche à apporter des solutions pour améliorer l’état de santé de la population dans les localités exclues et à identifier les principales causes de cette situation. Il s’agit en premier lieu de la mise en valeur d’un projet consistant à établir l’institut du dit médiateur en charge de la santé de la population rom qui est bien souvent la population majoritaire dans ces quartiers. Cela s’inscrit dans la Stratégie de lutte contre l’exclusion sociale qui a été récemment adoptée en réunion ministérielle. »

L’élection présidentielle au suffrage universel direct : une erreur ?

Photo illustrative: Kristýna Maková
La plus grande erreur du Sénat commise au cours des vingt dernières années aurait consisté en l’adoption de la loi sur l’élection présidentielle au suffrage universel direct. C’est ce que souligne une note publiée dans le quotidien Mladá fronta Dnes de ce lundi qui se réfère à une récente déclaration de Petr Pithart, ancien président de la Chambre haute du parlement tchèque, le premier à avoir critiqué cette nouveauté. Juriste de profession, l’auteur du texte explique pourquoi :

« Force est de constater qu’une élection au suffrage direct répond au système présidentiel et que dans notre structure constitutionnelle et juridique elle se présente alors comme un élément étranger. Il suffit de rappeler que durant toute son existence démocratique moderne, l’Etat tchèque a été une république parlementaire, et non pas une république présidentielle. L’élection directe génère un président fort dont les compétences formelles sont pourtant faibles en Tchéquie, ce qui donne lieu à une confusion qui n’a pas d’analogie dans le monde civilisé. »

L’auteur du texte publié dans Mladá fronta Dnes souligne que son idée n’est point dirigée contre l’actuel président, Miloš Zeman, mais contre la mauvaise compatibilité de l’élection présidentielle au suffrage direct avec le reste du système constitutionnel tchèque. Voilà pourquoi il appelle enfin au retour à la pratique de l’élection présidentielle au suffrage indirect qui existait dans le pays avant le mois d’octobre 2012. D’après ce qu’il a écrit, l’élection présidentielle par les deux chambres du Parlement n’était pas idéale, mais c’était tout de même plus pertinent que le fonctionnement actuel.

Lorsque l’hiver « frappe »

Photo: ČTK
Nous sommes en décembre et avec l’arrivée du verglas on pourrait croire que la civilisation va s’écrouler. C’est ce qu’a titré, au début de cette semaine, sur un ton ironique, un article publié sur le site de l’hebdomadaire Reflex, dans lequel on a pu lire :

« Les événements de ces derniers jours ont été on ne peut plus banals. Il a fait tout simplement très froid comme c’est souvent le cas en cette période de l’année. Et pourtant, la venue plus ou moins bien attendue des gelées a interrompu à différents endroits le trafic, causant toute une série d’accidents de la route et paralysant la circulation des personnes et des marchandises sur les principales voies de communication. Mais en dépit du fait que les précédents hivers ont été assez doux, le froid et le verglas représentent en saison hivernale un phénomène normal et régulier et c’est pourquoi il est déplacé, comme beaucoup aiment le faire, de parler de catastrophe. »

A la lumière de ce qui s’est passé ces derniers jours, on a du mal à imaginer comment notre système, nos infrastructures, voire toute notre civilisation feraient face à une situation météorologique vraiment exceptionnelle. Et l’éditorialiste de conclure :

« Je pense qu’une telle situation mènerait à l’écroulement de l’ensemble de nos infrastructures, avec la fin de l’approvisionnement en denrées alimentaires, avec des oléoducs gelés et l’impossibilité de la moitié de la nation de se rendre au travail. Nous avons édifié une civilisation qui fonctionne seulement quand il fait beau. Il suffit d’un petit changement pour que son infrastructure tombe en panne... Nous sommes à tel point fragiles que l’évolution aura à nous remplacer par des populations plus résistantes qui ne dépendent pas si désespérément des technologies comme nous le sommes nous-mêmes. »