Beaucoup de zones d’ombre après l’incendie sur un site d’armement à Pardubice
L’incendie qui a touché vendredi dernier un site industriel lié à l’armement à Pardubice, à 120 km à l’est de Prague, fait actuellement l’objet d’une enquête. Trois jours après le sinistre, la police a terminé l’examen des lieux, et poursuit son travail d’identification des responsables et des motivations qui, pour l’heure, ne sont qu’au stade de plusieurs hypothèses. Les autorités appellent donc à la plus grande prudence.
Le bâtiment incendié appartient à l’entreprise LPP Holding impliquée dans le développement de produits civils, mais aussi d’une gamme de produits militaires : systèmes sans pilote, drones, équipements utilisant la reconnaissance via l’intelligence artificielle, ainsi que des équipements destinés aux forces terrestres. L’entreprise livre tout particulièrement du matériel à l’Ukraine.
Dans les heures qui ont suivi l’incendie, diverses informations ont circulé en raison de la publication d’une vidéo et d’une revendication par un groupe totalement inconnu se présentant comme un « réseau clandestin international » qui ciblerait des sites clés de « l’entité sioniste ». Il a justifié l’attaque de Pardubice en affirmant que LPP Holding aurait coopéré avec le fabricant d’armement israélien Elbit Systems.
Sauf que, comme l’a très rapidement fait savoir la porte-parole de l’entreprise à la Télévision tchèque, aucune coopération de ce type n’a jamais eu lieu ni abouti, même si un tel projet avait été envisagé il y a trois ans. En outre, celui qui se fait appeler The Earthquake Faction n’est pas un groupe extrémiste ou terroriste connu et sa chaîne Telegram a été créée la veille de l’incendie, tout comme son site web, alimentant les doutes sur son authenticité.
Certains de ces indices, combinés au fait que l’entreprise livre du matériel à l’Ukraine conduit les enquêteurs à envisager, entre autres, la piste d’une opération « sous faux drapeau », impliquant potentiellement la Russie qui, ailleurs en Europe, a déjà mené des actions de ce type.
L’affaire a d’ailleurs rapidement pris une dimension plus large dans le débat public. Certains responsables et commentateurs ont fait le lien avec les explosions de Vrbětice de 2014, où des dépôts de munitions avaient explosé dans des circonstances d’abord inexpliquées, avant que les services de renseignement tchèques n’attribuent sept ans plus tard l’opération à des agents russes du GRU. Ce précédent reste donc aujourd’hui un point de référence lorsqu’un incident touche des installations liées à l’armement.
Dans le cas de l’incendie de Pardubice, aucune conclusion de ce type n’a toutefois été tirée à ce stade. Les enquêteurs travaillent en effet avec plusieurs hypothèses, allant d’une action militante isolée à une opération plus organisée voire même un acte criminel relevant de la concurrence économique. La question d’un éventuel lien avec des intérêts étrangers, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine, est évoquée dans certains commentaires, mais elle n’est donc pas confirmée à ce jour.
Réagissant quelques heures après l’incendie, le Premier ministre tchèque Andrej Babiš (ANO) a annulé sa visite prévue en Hongrie, où il comptait apporter son soutien au Premier ministre Viktor Orbán avant les élections législatives d’avril et a convoqué le Conseil de sécurité de l’Etat qui s’est réuni à huis clos. Il a confirmé la possibilité d’un acte terroriste et critiqué le niveau de sécurisation du site, estimant que l’intrusion des auteurs avait été trop facile. Ces déclarations ont été rejetées par l’entreprise concernée, qui affirme que ses installations respectaient les normes en vigueur et que le risque zéro n’existe pas.
Selon le ministre de la Défense Lubomír Metnar (ANO), le niveau de menace terroriste en Tchéquie reste au deuxième niveau sur une échelle de quatre, où il se trouve depuis 2016.
A la suite de l’incendie, l’opposition et plusieurs experts ont réclamé une augmentation des budgets des services de renseignement (BIS). Or le gouvernement de coalition d’Andrej Babiš, en plus de diminuer le budget de la défense, a déjà prévu d’allouer au service de contre-espionnage encore moins que prévu à l’origine, puisque celui-ci va devoir faire face à une baisse supplémentaire de 111 millions de couronnes.
Des choix et des priorités jugés comme irresponsables par de nombreux observateurs et politiques dans l’opposition qui reprochent au chef du gouvernement de critiquer les mesures de surveillance et de protection mises en place par l’entreprise victime de l’incendie plutôt que d’investir dans la sécurité globale du pays.






