Bedřich Smetana : Vyšehrad

Vyšehrad, photo: © Pražské jaro - Ivan Malý
0:00
/
0:00

Ce nouvel épisode de notre série sur les chefs-d’œuvre de la musique tchèque est consacré à Vyšehrad, le premier poème symphonique du cycle Má vlast – Ma patrie de Bedřich Smetana. La partition comporte une annotation empreinte de douleur, de la main même du compositeur : « Atteint d’une maladie des oreilles ».

Vyšehrad, source: Éd. Fr. A. Urbánek

Le poème symphonique Vyšehrad s’ouvre sur les notes de harpe du barde médiéval de la cour, Lumír, avant de continuer sur une description musicale du majestueux château-fort situé sur un piton rocheux surplombant la rivière Vltava et qui a donné son nom à la pièce. La cadence harmonique donne à la composition un caractère évoquant des temps reculés et anciens. Cette pièce musicale célèbre le symbole de la naissance de l’État tchèque, son passé ancien et mystique. Aujourd’hui lieu de commémoration, Vyšehrad aurait été – d’après la légende – la première résidence des souverains tchèques.

La monumentale falaise de Vyšehrad est dominée par une église de style néogothique. Smetana a utilisé le même thème principal à trois reprises dans l’œuvre Ma patrie : dans le premier poème Vyšehrad, à la fin du deuxième poème Vltava et enfin dans le dernier poème Blaník, dans une conclusion accompagnée d’un choral hussite.

Les harpes des devins font l’ouverture…

A propos de son œuvre, le compositeur a déclaré : « Les harpes des devins font l’ouverture, tel le chant de devins prédisant l’histoire de Vyšehrad, depuis sa gloire à sa ruine finale, en passant par la splendeur du lieu ainsi que ses tournois et combats chevaleresques. La composition se referme sur une note élégiaque. »

Smetana affirme que le motif de l’ouverture, interprété par des harpes, lui est apparu pendant la nuit du 20 octobre 1874, en même temps que sa surdité s’est déclarée. Ce handicap l’a d’ailleurs obligé à quitter son poste de chef de musique au Théâtre provisoire (Prozatímní divadlo). Cependant, cela ne l’a pas empêché de terminer l’écriture de Vyšehrad à la mi-novembre, puis du deuxième poème du cycle, Vltava, trois semaines plus tard, et du troisième des six poèmes, Šárka, en février 1875.

Bedřich Smetana, photo: Jan Mulač, public domain

Très tôt, les deux premières œuvres ont été interprétées en public : en effet, la première de Vyšehrad a eu lieu le 14 mars 1875, mais sans que Smetana ne puisse l’entendre. Ce jour-là, il a écrit : « Aujourd’hui, mon poème symphonique Vyšehrad a été joué pour la première fois à un concert philharmonique, et il a été bissé. J’ai tout écouté depuis la galerie, mais je n’ai absolument rien entendu. »

Générique sur les ondes de la Radio tchécoslovaque

Photo illustrative: LubosHouska/Pixabay, CC0

Peu de gens savent que le motif d’ouverture de Vyšehrad est utilisé depuis très longtemps en tant que générique sur les ondes de la Radio tchécoslovaque : en effet, c’est le 28 octobre 1933, à l’occasion de la fête nationale, que les harpes originales y ont retenti pour la première fois. Et pour la petite anecdote, c’est quelques semaines plus tard – le 10 décembre 1933 – qu’a eu lieu l’inauguration officielle du siège actuel de la radio, qui se trouve sur l’avenue Vinohradská à Prague. Il s’agit donc du plus ancien générique de la radio tchèque, et probablement l’un des plus anciens génériques de radio qui soit. Il a accompagné les émissions de radio même pendant les périodes difficiles, comme en 1938, en 1945, en 1948 ainsi qu’en 1968, invitant la nation toute entière à se rassembler autour des postes de radio pour écouter les informations historiques de grande importance.

Une œuvre légendaire sur les changements historiques de l’État tchèque

Václav Talich, photo: Supraphon

L’Orchestre philharmonique tchèque, qui a vu le jour quatorze ans après la première interprétation de Ma patrie dans son intégralité, a joué cette œuvre en entier pour la première fois en 1901, lors d’un concert qui s’est tenu dans la brasserie de Smíchov, à Prague. Par ailleurs, le chef d’orchestre Václav Talich l’a choisie dans le cadre de la première radiodiffusion en direct de l’Orchestre philharmonique tchèque qui a eu lieu en 1925. Pendant l’occupation nazie, Talich a voulu jouer Ma patrie dans l’idée de renforcer la conscience nationale, et il est intéressant de noter que ce sont des dirigeants des forces d’occupation qui lui ont donné l’autorisation de faire figurer cette œuvre au programme – et ce, après que Talich se soit permis de la jouer à Berlin et à Dresde, où il avait été invité par Goebbels.

Photo: Supraphon

Cinq ans plus tard, c’est Rafael Kubelík qui a choisi Ma patrie pour le concert célébrant les premières élections libres d’après-guerre. Et ce chef d’orchestre légendaire a d’ailleurs renouvelé ce choix bien des années plus tard, après la chute du Rideau de fer, à l’occasion du festival international de musique classique du Printemps de Prague en 1990. Il s’agissait du tout premier concert de Kubelík après son retour triomphal de 41 années d’exil.

mot-clé:
lancer la lecture

En relation