Ce que les civilisations anciennes nous apprennent

Photo: Štěpánka Budková

Dans cette nouvelle revue de presse, nous vous proposerons d’abord le regard d’un archéologue tchèque reconnu sur les différents aspects de la discipline qui est la sienne et, ensuite, celui d’un politologue sur la situation de la République tchèque dans le contexte géopolitique actuel. Une médecine tchèque plus féminisée que jamais, les préférences alimentaires des Tchèques, le boom des mini-brasseries ; tels sont les autres sujets qui seront également abordés.

Photo: Štěpánka Budková
« L’archéologie est une discipline stratégique qui permet de comprendre ce qui se passe dans la société. » Pour le supplément Esprit du quotidien Lidové noviny, c’est ce qu’estime l’égyptologue mondialement reconnu Miroslav Bárta, directeur de l’Institut égyptologique tchèque, qui a également déclaré :

« Toutes les civilisations nous tendent un miroir, plus ou moins réaliste. Force est de constater que tout ce qui se déroule aujourd’hui s’est déjà produit à maintes reprises dans le passé. Il est vrai que nous sommes différemment habillés, que nous utilisons des technologies différentes, mais les problèmes que nous avons à affronter sont toujours les mêmes. Nous bâtissons une carrière professionnelle, nous voulons nous enrichir, souhaitons à nos enfants de réussir. Nous avons tendance à intriguer, à créer des groupes d’intérêt. Or, je pense que nous n’aurions pas de mal à nous orienter dans l’univers des civilisations anciennes. »

Aux dires de Miroslav Bárta, il est possible de déduire de l’évolution de la civilisation égyptienne, et pas seulement de celle-ci, le « sort » de notre civilisation. A ce sujet, il remarque :

« Il y a deux groupes de facteurs, internes et externes, qui peuvent mener à la transformation voire à la chute d’une civilisation. Une administration exacerbée, l’endettement de l’Etat, un fonctionnement lié à un système trop complexe, la légitimité ou l’illégitimité des élites, la gestion des ressources, la baisse du niveau de l’éducation. Ce sont autant de facteurs internes. Les changements climatiques, sur des temps longs ou rapides, représentent des facteurs externes. Mais ce n’est pas du tout une tragédie, car une telle transformation fait partie de l’évolution de toute civilisation. A court terme, elle peut paraître négative, mais dans une longue perspective elle permet d’aboutir à quelque chose de nouveau. »

Et Miroslav Bárta de conclure que l’archéologie, la sociologie, les sciences naturelles et l’économie sont des disciplines appelées à créer un cocktail faisant naître des idées inédites, de nouveaux regards sur les problèmes existants et à proposer, naturellement, des solutions.

La Tchéquie face au « champ magnétique » de la Russie

Kremlin, photo: Stan Shebs, CC BY-SA 3.0 Unported
L’avenir de la République tchèque et la situation de l’Union européenne sont les sujets traités dans un entretien accordé par Igor Lukeš, professeur d’histoire et des relations internationales de l’Université de Boston, pour l’hebdomadaire Reflex. D’après lui, la République tchèque s’orienterait désormais vers « le champ magnétique du Kremlin ». De ce fait, il n’y aurait pour elle d’autre alternative qu’un choix entre Poutine et l’Union européenne. Considérant que la seule défense contre cette tendance serait la mise en valeur d’« un travail politique raisonnable au niveau local, ainsi que l’honnêteté de policiers, de procureurs et de juges non corrompus », le politologue d’origine tchèque ajoute :

« L’Union européenne qui a pris en charge une tâche politique, économique et de civilisation on ne peut plus difficile, subit maintenant une grande épreuve. J’apprécie hautement tous ceux qui, dans ces moments difficiles, assument la responsabilité de sa future évolution. Mais je déplore le comportement des pays du groupe de Višegrad. Si la Grande-Bretagne peut bien vivre sans ou avec l’Union européenne, pour les pays mentionnés qui se trouvent dans le champ magnétique de la Russie, une telle alternative n’existe pas. Pour cette raison il est triste de voir que ces pays n’apprécient guère leur appartenance à l’Union européenne et qu’au moment de la crise migratoire ils découvrent le concept de souveraineté. »

Il y a une dizaine d’années, Igor Lukeš aurait considéré l’éventualité d’une dislocation de l’Union européenne comme ridicule et absurde. Aujourd’hui pourtant, comme il l’a dit dans son entretien pour la revue Reflex, il n’a plus du tout envie de rire.

En Tchéquie, la médecine n’est plus un domaine « masculin »

Photo: stockimages / freedigitalphotos
En République tchèque, la médecine semble avoir un bien plus grand attrait pour les femmes que pour les hommes. C’est ce que constate un texte mis en ligne sur le site aktuálně.cz. Le fait que la plus grande faculté de médecine de Prague accueille aujourd’hui trois fois plus d’étudiantes que d’étudiants témoigne de façon éloquente : la médecine n’est plus, depuis longtemps, un domaine qui serait destiné prioritairement aux hommes. Pour cette raison, les médecins craindraient que la ce phénomène puisse se traduire au fur et à mesure par un manque de spécialistes exerçant dans des domaines qui exigent une certaine force physique, comme l’orthopédie ou l’obstétrique. L’article signale également :

« Certains intéressés considèrent que ce déséquilibre est le fruit des examens d’accueil aux écoles de médecine. Basés avant tout sur la capacité à absorber une assez grande quantité de matières et à savoir les présenter, ceux-ci profiteraient plus aux jeunes filles qu’aux jeunes hommes entre dix-huit et vingt ans. De l’avis de certains autres, ce sont les critères économiques qui jouent un rôle important et qui font que les hommes privilégieraient des domaines plus lucratifs que la médecine. »

Selon les dernières données statistiques, on trouve en Tchéquie près de 2 300 femmes médecins et près de 1 180 hommes médecins de moins de 29 ans. En revanche, dans la catégorie d’âge entre 60 et 64 ans, ce sont encore les hommes qui sont les plus nombreux.

Les préférences gastronomiques des Tchèques : le prix ou la qualité ?

Photo: Filip Jandourek, ČRo
La demande en produits alimentaires de qualité demeure en Tchéquie toujours assez faible. C’est ce qu’a constaté un article publié dans un des récents numéros du quotidien Mladá fronta Dnes qui a donné la parole à Bohumil Volf, chef de l’une des plus grandes sociétés alimentaires dans le pays, Divest, qui fournit mensuellement près de 11 millions de kilogrammes de denrées alimentaires à des chaînes de magasins et à quelques 33 000 restaurants, depuis ceux de luxe jusqu’aux cantines. Les clients peuvent choisir parmi des produits de trois qualités différentes répartis en trois catégories, à des prix variés. Il illustre son constat avec plusieurs exemples :

« S’agissant par exemple de saucissons, ce sont ceux de la moindre qualité qui sont aussi meilleur marché qui se vendent toujours le mieux. En outre, nous avons récemment ouvert au centre de Prague un magasin proposant au public des produits d’excellente qualité qui ne sont disponibles que pour les chefs-cuisiniers. Au bout d’un an cependant, tout en étant situé dans une localité attrayante, le magasin a dû fermer faute d’un manque de clientèle. »

L’expert interrogé admet tout de même que concernant leurs habitudes gastronomiques, les Tchèques exigent une qualité supérieure dans les restaurants et moindre dans les supermarchés. L’article rappelle également que selon un récent sondage effectué par l’Inspection agricole et alimentaire nationale, 90% des personnes interrogées estiment que la qualité des produits alimentaires importés en Tchéquie est inférieure à celle des produits identiques existant en Occident. Une observation qui a d’ailleurs été confirmée par toute une série de tests comparatifs.

Les mini-brasseries peuvent coexister avec les grands producteurs

Photo: Jagro, CC BY-SA 3.0 Unported
La République tchèque est un pays reconnu pour sa bière et ses grandes marques mais est aussi une puissance au niveau des mini-brasseries. C’est ce que constante un texte paru dans l’un des derniers numéros de l’hebdomadaire Týden qui note à ce sujet :

« En Tchéquie, pays qui compte près de 10,5 millions d’habitants, il existe aujourd’hui environ 350 brasseries ce qui range le pays à la pointe mondiale. Parmi elles on trouve, aux côtés des marques reconnues comme Budvar de Budějovice, Staropramen ou Prazdroj Plzen, une grande quantité de mini-brasseries qui connaissent depuis quelques années un véritable boom. Tandis qu’à ce jour, le nombre de mini-brasseries existant en Tchéquie se situait autour de 300, cette année l’apparition d’une cinquantaine de nouvelles marques est prévue. Ce phénomène répond à la demande des clients et aux aspirations des producteurs de bière qui veulent essayer de nouveaux goûts et différentes combinaisons. »

L’article cite en conclusion les paroles d’un responsable de l’Union tchèque des brasseries qui insiste sur « la symbiose mutuellement profitable entre les mini-brasseries et les grands producteurs, les uns ne constituant pas pour les autres une concurrence ».